Manger moins de viande : "Penser que la meilleure protéine est la viande est une idée-reçue absurde"

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Dans son livre Moins de viande, le docteur Jean-Paul Curtay, nutrithérapeute, appelle à une consommation raisonnée de protéines animales. Maladies cardiovasculaires, cancer, épidémies, substances toxiques… Les arguments sanitaires en faveur d’une alimentation moins riche en viande sont nombreux.  

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E-santé : Votre ouvrage Moins de viande (Editions Solar, 2018) et la tribune Lundi Vert dont vous êtes signataire appellent à réduire notre consommation de viande. À quelles maladies une consommation excessive de viande expose-t-elle ?

Dr Jean-Paul Curtay :Moins de viande et Lundi vert sont des appels aux gens à consommer plus raisonnablement les protéines animales. Personnellement, je me positionne en tant que médecin et donc principalement sur les raisons sanitaires de cette démarche. Il faut d’abord remarquer que toutes les études menées sur ce sujet sont incontestables : les régimes hyper protéinés ne sont pas bénéfiques pour la santé et ne font pas maigrir, bien au contraire, puisque chaque augmentation de consommation de 250 grammes de viande par jour est associée à un gain de poids de 2 kg tous les 5 ans. En effet la viande favorise l’inflammation intestinale qui joue elle-même un rôle dans la survenue du surpoids et de diabète.Outre ces problèmes métaboliques, les personnes qui consomment de la viande présentent des risques plus élevés de cancer – et pas uniquement de cancer du côlonet de maladies cardiovasculaires que les végétariens. Mais je trouve que le plus impressionnant est l’augmentation considérable du risque de maladie d’Alzheimer : les personnes qui consomment de la viande, même en petite quantité, souffrent deux à trois fois plus de cette maladie neurodégénérative que les végétariens.

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"Au regard de ce qu’elle renferme, on aurait tout intérêt à manger moins de viande"

E-santé : Polluants, antibiotiques… quelles sont les substances contenues dans la viande qui peuvent être dangereuses pour la santé des consommateurs ?

Dr Curtay : Au regard de ce qu’elle renferme, on aurait tout intérêt à manger moins de viande. La viande contient tout d’abord beaucoup de bactéries pathogènes et de bactéries résistantes aux antibiotiques. En parallèle, plusieurs molécules toxiques peuvent être présentes : les viandes roussies ou noircies contiennent des réactifs de Maillard, celles cuites au barbecue des vapeurs d’hydrocarbures et les viandes frites des acrylamides. Mais d’une manière générale, quel que soit le mode de cuisson, les viandes mais aussi les poissons possèdent plus de polluants accumulés que les végétaux car la graisse associée aux produits animaux est un piège à polluants et à perturbateurs endocriniens. Cela s’observe notamment avec l’exemple du mercure présent dans les poissons et les fruits de mer. On a longtemps estimé ces aliments comme bénéfiques pour la santé mais aujourd’hui la pollution modifie le jeu et il faut donc se pencher sur le rapport bénéfice/risque des produits de la mer. Mieux vaut privilégier les petits poissons comme le hareng, les sardines ou le maquereau et éviter les poissons prédateurs comme le thon et l’espadon qui sont malheureusement devenus quasiment incomestibles. Les crustacés sont encore pires car ce sont des animaux filtreurs qui récupèrent et accumulent toutes les substances polluantes présentes dans l’eau , qui se concentrent sur les microplastiques qu’ils avalent.

Publié le 18 Janvier 2019
Auteur(s) : Laurène Levy, journaliste santé
Validé par : Dr Jean-Paul Curtay, Nutrithérapeute
Source : Merci au docteur Jean-Paul Curtay, nutrithérapeute et co-auteur avec Véronique Magnin de l’ouvrage Moins de viande– je me fais du bien, je préserve ma planète, je contribue au bien-être animal, Editions Solar 2018. 
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