Infarctus : les enceintes connectées vont pouvoir vous sauver la vie

Publié le 20 Juin 2019 par Sophie Raffin, journaliste santé
Que cela soit Amazon Echo ou Google Home, les enceintes connectées se sont faits une place parmi nous. Généralement, nous les utilisons pour allumer la lumière, lire nos messages ou commander nos courses. Nous allons aussi bientôt pouvoir demander à ces assistants vocaux intelligents de surveiller notre respiration et prévenir les secours en cas d'infarctus.
© getty

Selon l'Inserm, on dénombre 120 000 infarctus du myocarde – plus communément appelé crise cardiaque – par an en France. 10% des victimes décèdent dans l'heure tandis que le taux de mortalité à un an est de 15%.

La réactivité face à un arrêt cardiaque est un enjeu fort de la survie des malades. Pour améliorer la prise en charge, les chercheurs de l'Université de Washington (UW) se sont tournés vers les nouvelles technologies et plus précisément le dernier objet connecté à la mode : l'enceinte connectée.

L'équipe américaine a développé une fonctionnalité pour les appareils de type Alexa d'Amazon ou Google Home, qui leur permet de détecter si la personne présente certains symptômes d'un arrêt cardiaque pendant son sommeil. Ce service est ainsi capable d'identifier les souffles haletants ainsi qu'une respiration agonale. Il s'agit d'une façon anormale de respirer. Le malade halète laborieusement et émet des vocalisations étranges. C'est un symptôme présent dans près de 50% des crises cardiaques. Si la machine décèle ces signes d'un infarctus, elle appelle les secours.

Selon les résultats de l'expérience publiés dans le journal npj Digital Medicine du 19 juin, l'assistant personnel vocal est parvenu à identifier 97% du temps les respirations agonales à une distance maximale de 6 mètres.

"Beaucoup de gens ont des enceintes intelligentes à la maison et ces appareils ont des capacités incroyables dont nous pouvons tirer parti", a expliqué le co-auteur, Shyam Gollakota, professeur associé à la faculté d'informatique et d'ingénierie Paul G. Allen de l'UW. "Nous envisageons un système sans contact qui fonctionne en surveillant de manière continue et passive la chambre à coucher, si l'utilisateur n'a pas une respiration agonale. Il demandera à quiconque à proximité de venir effectuer les gestes de premiers secours. S'il n'y a pas de réponse, l'appareil pourra appeler automatiquement les services de secours”.

Alexa doit encore distinguer les respirations sans erreur

Pour vérifier que les appareils étaient bien capables de faire la différence entre une respiration normale et anormale, l'équipe a utilisé 83 heures de sons de personnes qui dorment et 236 enregistrements de respirations agonales, obtenus via des appels passés au 911 (le numéro des secours aux USA) entre 2009 et 2017. De plus, des sons quotidiens - comme les miaulements d'un chat ou le bruit d'une voiture - ont été ajoutés pour plus de réalisme. La fonctionnalité a réussi à distinguer les uns des autres dans 97% des cas. Ainsi les chercheurs vont désormais vérifier que l'algorithme ne va pas "accidentellement" classifier des respirations saines comme les ronflements comme des respirations agonales par erreur.

"Nous ne voulons pas alerter inutilement les services d'urgence ou leurs proches, il est donc important de réduire notre taux de faux positifs", a ajouté Justin Chan, un étudiant doctorant de l'Allen School qui a travaillé sur l'étude. En plus de la fonctionnalité pour Amazon Echo ou Google Home, les chercheurs envisagent aussi de développer une application pour iPhone avec leur algorithme.

La santé connectée inquiète les Français

Si le monde médical s’intéresse fortement aux objets connectés et à l'intelligence artificielle. Les Français sont plus mitigés.

Selon une enquête, menée par l'Assistance publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP) et publiée le 14 juin dans la revue Nature Digital Medicine, 47% des 1200 Français participants à la cohorte "Communauté de patients pour la recherche" (ComPaRE), reconnaissent que l’intelligence artificielle (IA) et les objets connectés sont une grande opportunité de progrès pour la santé. Toutefois ils se montrent méfiants envers l'IA.

Le questionnaire à remplir leur présentait 4 nouveautés : une intelligence artificielle capable détecter un cancer de la peau grâce à des photos, des capteurs pouvant suivre et analyser l'évolution d'une maladie chronique, un chatbot (chat robotique) capable d'établir des diagnostics ou encore une chemise connectée pour piloter les soins de kinésithérapie.

Plus d'un tiers des participants (35%) ont indiqué qu'ils refuseraient au moins une de ces quatre innovations. Quatre personnes sur 10 sont prêtes à les utiliser sous le contrôle d'un humain. Certains sont plus ouverts aux nouvelles technologies. 22% des sondés ont dit qu'ils auraient recours à l’un de ces nouveaux outils sans contrôle humain. Toutefois, il y a du chemin avant d'arriver à un monde médical 100% connecté et de pointe : seulement 3% des personnes interrogées étaient d’accord pour utiliser les quatre inventions sans contrôle humain.

La rédaction vous recommande sur Amazon :