Bisphénol A : ses remplaçants favoriseraient l'obésité des enfants

Publié le 26 Juillet 2019 à 16h31 par Sophie Raffin, journaliste santé
Soupçonné d'être un perturbateur endocrinien, le bisphénol A avait été interdit dans les biberons en plastique pour nourrissons en 2011. Ce geste préventif pourrait ne pas avoir les effets protecteurs voulus. Selon une récente étude son remplaçant le bisphénol S ainsi que le bisphénol F seraient loin d'être bons pour la santé des enfants.
© Istock

Choisir le bisphénol S (BPS) et le bisphénol F (BPF) pour remplacer le bisphénol A (BPA) comme composant pour le plastique et les conserves n'était semble-t-il pas une bonne idée. Tout comme l'élément chimique interdit dans les biberons depuis 2011 et dans tous les contenants alimentaires depuis 2015, ils auraient un effet néfaste sur la santé des enfants.

Une expérience réalisée par des chercheurs de la faculté de médecine de l'Université de New York (NYU School of Medicine) révèle que les deux composés chimiques favorisent l'obésité des enfants.

Dans le cadre de ces travaux publié dans le Journal of Endocrine Study, ils ont relevé les taux de BPA, BPS et BPF retrouvés dans les urines de 1831 enfants âgés de 6 à 19 ans, puis les ont corrélés au poids des participants. Ils ont découvert que les jeunes ayant des concentrations élevés de BPS et BPF dans leurs urines ont plus de chance de souffrir d'obésité que ceux ayant des niveaux faibles.

Attention au risque d’exposition accru

L'auteure de l'étude Melanie Jacobson de la NYU School of Medicine explique "Cette recherche est importante parce que l'exposition à ces produits chimiques est très courante aux États-Unis. L'utilisation de BPS et de BPF est en augmentation parce que les fabricants remplacent le BPA par ces éléments, ce qui contribue au risque d'exposition". Elle ajoute "Bien que le régime alimentaire et la sédentarité soient toujours vus comme les principaux facteurs de surpoids, ces travaux suggèrent que les expositions aux produits chimiques courants peuvent également jouer un rôle, en particulier parmi les enfants".

Elle conclut "dans une étude précédente, nous avions découvert que leur prédécesseur le BPA était associé à un risque d'obésité plus élevé chez les enfants américains, et cette étude montre la même tendance chez ces nouvelles versions du produit chimique. Remplacer le BPA par des éléments similaires n’atténue en rien les méfaits d'une exposition aux produits chimiques sur notre santé".

Une étude toulousaine tout aussi inquiétante

Des chercheurs français se sont également penchés sur l'impact du bisphénol S sur la santé lors d'une expérience menée sur des cochons. Les travaux de l’École nationale vétérinaire de Toulouse et du laboratoire Toxalim, réalisés en collaboration avec les universités de Londres et de Montréal, révèlent que cet élément qui a aussi des effets de perturbations endocrines, reste plus longtemps dans l'organisme que son prédécesseur. En effet, le corps met 3,5 fois plus de temps pour éliminer cet élément que le BPA. 

De plus, les scientifiques ont enregistré chez les porcelets - choisis pour la similarité de leur système digestif avec l'homme - une concentration environ 250 fois supérieure à celle du BPA. Dans l'article paru le 17 juillet 2019 dans la revue Environmental Health Perspectives, les scientifiques concluent "le remplacement du BPA par le BPS pourrait conduire à augmenter l'exposition de l'homme à un composé hormonalement actif".

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Source : Urinary bisphenols and obesity prevalence among US children and adolescents, Journal of the Endocrine Society, 25 juillet 2019
Oral Systemic Bioavailability of Bisphenol A and Bisphenol S in Pigs, Environmental Health Perspectives, 17 juillet 2019

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