Alimentation : la chasse au sel

Publié le 19 Février 2007 à 1h00 par Gilles Goetghebuer, journaliste santé
Un squelette sain et solide est essentiel pour mener à bien toute activité sportive. Pour le préserver, on pense qu'il suffit de suivre une alimentation riche en calcium. Ce qu'on ignore souvent, c'est l'influence néfaste d'autres aliments. Le sel, par exemple.
© Adobe Stock
Cet article vous a intéressé ?

Recevez encore plus d'infos santé, en vous abonnant à la quotidienne de E-sante.

Votre adresse mail est collectée par E-sante.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.

La faute à l'agroalimentaire

L'alimentation moderne nous amène à assimiler beaucoup trop de sel. Nos besoins en sel de table ("chlorure de sodium") oscillent entre 1 et 2 grammes par jour. Or, notre consommation quotidienne moyenne tournerait plutôt autour de 10 à 20 grammes. Soit dix fois plus ! La faute en incombe en partie au réflexe de saler tous les plats mais aussi et surtout à l'industrie alimentaire. L'incorporation d'un maximum de sel dans nos aliments répond aux intérêts des filières. Car le sel retient l'eau, ce qui permet de gagner facilement du poids sur des aliments vendus au kilo. Voilà pourquoi les jambons sont de plus en plus salés ! Même chose pour le pain, les céréales, les fromages. Autre avantage : le sel donne soif. En même temps qu'un paquet de chips ou de cacahuètes, on videra quelques canettes de bière ou de coca, ce qui est tout bénéfice pour un secteur agroalimentaire de plus en plus concentré au sein d'une poignée de groupes gigantesques. Les 120 marques les plus connues appartiennent en réalité à 6 compagnies multinationales !

Circonstances aggravantes

De toute évidence, la teneur en sel des aliments ne cesse de grimper. Surtout dans ce que l'on appelle la "junk food" : hamburgers, frites, pizzas industrielles, etc. Jusqu'à présent, on craignait surtout les effets sur le coeur. Mais les os sont aussi victimes de ce déséquilibre. L'excrétion de tout ce sel excédentaire par les urines entraîne d'autres minéraux dans sa fuite. Ainsi, chaque gramme de sodium éliminé par les reins se traduit par la perte conjointe de 60 mg de calcium. Or, nous avons besoin de calcium pour consolider notre squelette. Cela n'a l'air de rien. Mais, à la longue, cette fuite de calcium représente un peu plus de 20 g par an, soit 400 g en vingt ans, c'est-à-dire la moitié de notre réservoir osseux ! Notez bien que le sel n'est pas seul en cause dans la fragilisation du squelette. Un déséquilibre acide de la ration joue le même rôle néfaste. Il faut donc éviter de manger trop de viande et privilégier aussi souvent que possible les fruits et les légumes.

Le sel sous toutes ses formes

Méfiez-vous aussi de tous les additifs qui exercent un effet aussi dévastateur que le sel de cuisine : le glutamate de sodium (présent dans la plupart des plats orientaux), le phosphate disodique, les alginates et benzoates de sodium, le nitrate de sodium, le propionate et le sulfite de sodium. Enfin, il faut se méfier de l'acide phosphorique contenu dans certaines boissons gazeuses comme les colas. Cette conclusion ressort d'un travail d'une équipe de chercheurs du Massachusetts (1) qui indique une relation très nette entre la consommation de boissons gazeuses et les fractures osseuses. Ainsi, en mangeant des chips et en buvant du coca, vous ne pouvez pas infliger pire souffrance à votre squelette !(1) Jean Mayer US Dept of Agriculture Human Nutrition Research Center on Aging, Tuft University, Boston, MA, American Journal of Clinical Nutrition, 84 (4) : 936 - 942, 2006.