Votre profil Facebook en dit beaucoup sur votre état de santé

Publié le 18 Juin 2019 par Sophie Raffin, journaliste santé
Nos états d’âme, notre déjeuner, nos vacances... Voilà ce que l'on partage généralement sur nos réseaux sociaux. Toutefois, notre Facebook révèle bien plus que cela sur nous. Selon une étude menée conjointement par les universités américaines Penn Medicine et Stony Brook, notre profil dévoile aussi notre état de santé.
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Notre page Facebook peut révéler notre état de santé. L'étude, menée par des chercheurs des universités américaines Penn Medicine et Stony Brook, révèle que l'analyse des statuts de nos profils permet de déterminer si nous souffrons de certaines maladies comme le diabète, l'anxiété, la dépression ou la psychose.

“Notre travail est à ses débuts, mais nous espérons que les informations recueillies dans les publications pourront être utilisées pour mieux informer les patients et les utilisateurs sur leur santé”, a expliqué Raina Merchant, directrice du Centre pour la santé digitale de Penn Medecine “Comme les publications sur les réseaux sociaux sont souvent à propos des choix de vie et des expériences de la personne ou encore de ses sentiments, ces éléments pourraient fournir des informations supplémentaires sur la gestion et la manifestation d'une maladie”.

21 états de santé diagnostiqués... sur les 21 testées

Les scientifiques de la recherche ont examiné l'historique des publications Facebook de près de 1000 patients ayant accepté que leur dossier médical soit lié à leur profil. Ils ont analysé ces données suivant trois modèles : l'un analysant uniquement le vocabulaire des posts, un autre se penchant sur les informations personnelles comme l'âge et le sexe tandis que le troisième étudiait les deux ensembles de données.

L'équipe scientifique devait ensuite déterminer si elle pouvait diagnostiquer 21 conditions médicales allant de la grossesse aux maladies de peau, de l'alcoolisme au diabète grâce au profil Facebook des malades. Et...ils sont parvenus à le faire pour l'ensemble des troubles étudiés. Par ailleurs, 10 de ces états de santé étaient mieux détectés via les publications du géant du net que les données médicales.

Cette recherche montre que le langage reflète certains comportements caractéristiques ou symptômes. Par exemple, les statuts mentionnant "boire", "ivre" ou "bouteille" témoignent d'un abus d'alcool. Toutefois, le champ lexical reflétant une maladie n'est pas toujours aussi évident. Selon la recherche, les personnes qui mentionnent souvent "dieu" ou "prière" dans leurs posts ont 15 fois plus de risques d'avoir un diabète que les autres.

"Notre langage numérique capture des aspects puissants de notre vie qui sont probablement très différents de ce qui est visible à travers les données médicales traditionnelles", a expliqué l'auteur senior de l'étude, Andrew Schwartz, professeur assistant invité à Penn Université en informatique et sciences de l'information ainsi que professeur assistant à l'université Stony Brook.

“De nombreuses études ont déjà montré un lien entre les schémas linguistiques et une maladie spécifique, tel que le langage prédictif de la dépression ou celui qui permet de déterminer si une personne vit avec le cancer. Cependant, en examinant de nombreuses conditions médicales, nous voyons la relation qui existe entre elles. Cela pourrait permettre de développer de nouvelles applications pour l'Intelligence Artificielle (IA) en médecine.”

De possibles applications dans l'univers de l'Intelligence Artificielle

L'année dernière, plusieurs membres de l'équipe de recherche avaient déjà montré que l'analyse des publications Facebook permettait de diagnostiquer une dépression jusqu'à 3 mois avant le monde médical. Ce travail et la nouvelle recherche laissent penser qu'il serait possible de développer un système analysant les activités sur les réseaux des patients (avec leur accord) pour donner des informations supplémentaires aux médecins.

Raina Merchant estime que ce type de dispositif pourrait "être utile" aux patients qui utilisent fréquemment les médias sociaux. La scientifique précise "Par exemple, si une personne essaie de perdre du poids et qu'elle a besoin d'aide pour comprendre ses choix alimentaires, demander à un professionnel de la santé d'examiner son dossier sur les réseaux sociaux pourrait lui permettre de mieux comprendre ses habitudes habituelles afin de les améliorer".

La chercheuse compte mener dans les prochains mois une nouvelle étude plus large. Elle demandera aux participants de partager directement les contenus de leurs réseaux sociaux avec leur médecin. L'objectif est de déterminer si la gestion et l'utilisation de ces données seraient faisables et utiles aux docteurs. Elle permettra aussi de voir si un tel dispositif serait facilement accepté par les malades.

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