USA : la langue des bébés est (trop souvent) coupée pour faciliter l'allaitement

Publié le 12 Juillet 2019 par Sophie Raffin, journaliste santé
Des médecins américains tirent la sonnette d'alarme. Trop de nouveau-nés voient le frein de leur langue coupé. Cette opération, réalisée pour faciliter l'allaitement, a vu son chiffre multiplier par dix depuis 2017.
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Certains bébés naissent avec une ankyloglossie. Il s'agit d'une malformation congénitale du frein de la langue qui en diminue la mobilité et peut entre autres compliquer l'allaitement. Il est possible de couper ce tissu qui joint la langue au fond de la bouche pour résoudre ce problème.

Lorsque un bébé a des difficultés pour téter le sein de sa mère ou qu'il ne gagne pas assez de poids, les parents cherchent de l'aide auprès du corps médical. La solution qui leur est souvent proposée est cette opération, baptisée frénectomie. Toutefois, une étude réalisée par l’hôpital américain, Massachusetts Eye and Ear, montre que l’intervention pourrait ne pas être nécessaire, aussi souvent, que cela.

"Nous avons constaté une augmentation spectaculaire du nombre de frénectomies sans aucune preuve sérieuse démontrant l'efficacité de la procédure pour l'allaitement", a expliqué Christopher J. Hartnick, MD, directeur de la Division d'oto-rhino-laryngologie pédiatrique et du centre pédiatrique des voies respiratoires, de la voix et de la déglutition du Massachusetts Eye and Ear.

Un nombre d'opérations multiplié par 10

Près de 63% des enfants envoyés consulter un pédiatre pour subir une éventuelle frénectomie en raison de leurs difficultés à téter n'en avaient finalement pas besoin. Ils ont été capables de se nourrir au sein de leur mère après avoir été suivis par l’équipe pluridisciplinaire mis en place pour cette étude. Composée de pédiatres en oto-rhino-laryngologie, pneumologie ou encore des gastro-entérologues ainsi que des spécialistes du langage, elle a établi un programme d'évaluation de l'alimentation.

Le chercheur se réjouit "Nous n’avons pas de boule de cristal qui puisse nous dire quels bébés pourraient bénéficier le plus des chirurgies, mais cette étude préliminaire prouve que la voie d'une évaluation pluridisciplinaire de l'alimentation aide à empêcher des bébés de subir cette procédure."

Et le nombre de bébés américains ayant subi une chirurgie sur le frein de leur langue est passé de 1 279 en 1997 à 12 406 en 2012 selon les données du registre américain Kids’ Inpatient Database.

Les auteurs de la recherche souhaitent que des directives sur les meilleures pratiques dans ce domaine soient élaborées afin de faciliter la prise de décision des médecins. Par ailleurs, de nouvelles études sont prévues. Elles compareront les effets à long terme de ces chirurgies sur les nourrissons.

L'ankyloglossie, une malformation congénitale

L'ankyloglossie toucherait selon les études entre 3,2% et 4,8% des nouveau-nés à terme. Les bébés atteints de cette malformation congénitale ont un frein de la langue trop court.

Elle peut avoir d'importantes conséquences sur son alimentation, et principalement sur l'allaitement. En effet, la mobilité réduite de la langue entraîne une mauvaise prise du sein de la mère ainsi que des problèmes de succion et de déglutition.

Les enfants ont cette malformation peuvent aussi avoir des problèmes d'élocution plus grand. Un frein labial trop court peut en effet les empêcher de former certains sons ou à articuler.

Source : Association of Feeding Evaluation With Frenotomy Rates in Infants With Breastfeeding Difficulties, JAMA Otolaryngology–Head & Neck Surgery, le 11 juillet