Prise de poids : le long chemin des traumatismes

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Voici une nouvelle histoire qui relate le cercle vicieux des traumatismes psychologiques. La construction de notre personnalité dépend en grande partie d'apprentissages qui se constituent depuis notre plus tendre enfance. Les traumatismes psychologiques précoces perturbent ce « bagage » et nous rendent parfois plus vulnérables face aux évènements de la vie.

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Dépression et problèmes thyroïdiens précèdent ici la prise de poids

Mme Muriel Z, 33 ans, me consulte, envoyée par son médecin pour un problème de thyroïde. Elle a deux enfants : un garçon de 10 ans et une fille de 2 ans.Parmi ses antécédents, elle me signale un problème de dépression à l'âge de 20 ans avec suivi en psychothérapie pendant 2 ans. Son problème thyroïdien commence fin 2003 lorsqu'elle ressent une fatigue, des sueurs et accuse une prise de poids de 4 kg (elle passe de 56 à 60 kg pour 1,67m). Elle ressent alors une gêne cervicale sans véritable douleur, avec mal-être, pleurs, impression selon elle de « devenir folle ». A l'époque, le bilan thyroïdien détecte une hyperthyroïdie discrète c'est-à-dire une élévation des hormones thyroïdiennes. A l'échographie, on voit une légère inflammation de la glande thyroïde. Son médecin lui prescrit une corticothérapie et elle prend 20 kg en 3 mois. Sa deuxième grossesse se passe difficilement car elle ne se sent pas bien « nerveusement ». Après l'accouchement en 2005, elle continue de se sentir mal, ce que l'on attribue à son problème de thyroïde : nouveau traitement par cortisone sans effets.

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Une histoire personnelle difficile

Je la vois pour la première fois en novembre 2006. Je suis d'emblée intrigué par la discordance entre son problème thyroïdien assez minime et les signes qu'elle présente. Mme Z est littéralement épuisée. Elle présente des signes de dépression, elle ne se supporte plus Son bilan thyroïdien est normal. Je la questionne alors un peu plus sur son histoire :Elle est fille unique. A l'âge de 6 ans, Mme Z est enlevée à la sortie de l'école et emmenée de force dans une voiture par un pervers sexuel qui la force à le regarder et à le toucher. Elle réussit à se sauver et à rentrer chez elle. L'agresseur n'est jamais retrouvé. Elle me signale également ses difficultés familiales : un père violent avec sa mère, des interdictions de sortie, des privations Elle ne fait pas les études qu'elle aurait alors souhaitées. Elle est enceinte à l'âge de 23 ans mais quitte son conjoint à 3 mois de grossesse en raison "de l'emprise qu'il exerce sur elle". Elle élèvera seule son enfant pendant 6 ans. Elle rencontre ensuite son mari et se trouve enceinte en 2004. Elle ne comprend pas pourquoi elle se sent aussi mal alors que sa vie est plus stable. En dehors de son épuisement, elle présente également une perturbation de la libido : une véritable « répulsion physique » à l'égard de son partenaire. Elle me signale avoir depuis plusieurs années des lésions de grattage importantes au niveau des fesses car elle s'arrache la peau. Elle n'osait pas en parler jusque-là car elle avait honte.

Publié par Dr Dominique Boute, médecin spécialisé en endocrinologie le Lundi 17 Décembre 2007 : 01h00