Lymphoedème secondaire : quand l’après cancer est une nouvelle épreuve

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La chirurgie et la radiothérapie utilisées pour traiter le cancer peuvent endommager le système lymphatique et générer un lymphœdème post cancer. Ce gonflement chronique des jambes ou des bras constitue un nouveau bouleversement dans la vie des patients. Il peut intervenir 20 à 30 ans après une chirurgie. Le point avec la docteure Julie Malloizel-Delaunay, spécialiste en lymphologie.

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Il touche 250 000 personnes en France et peut être une conséquence des traitements du cancer. Le lymphœdème est dû à un dysfonctionnement du système lymphatique et se manifeste par un gonflement d’une partie du corps. "Il faut distinguer deux types de lymphœdème : le lymphœdème constitutionnel ou primitif, qui peut apparaître dès la naissance, et le lymphœdème secondaire acquis après une chirurgie, généralement dans le cadre d’un cancer" précise la docteure Julie Malloizel-Delaunay, spécialiste en lymphologie au Service de Médecine Vasculaire du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Toulouse Rangueil.

"Si le réseau est endommagé, la lymphe stagne à un endroit du corps"

Pour bien comprendre la survenue d’un lymphœdème, "il faut imaginer le système lymphatique comme un réseau autoroutier qui parcourt tout le corps : les vaisseaux lymphatiques et les ganglions qui le constituent jouent un rôle de drainage et d’épuration" décrit la docteure Malloizel-Delaunay. Mais si ce réseau est endommagé, la lymphe composée d’eau, de globules blancs et de grosses molécules ne peut plus circuler correctement dans le corps et va stagner à un endroit du corps, générant un lymphœdème. "Cette pathologie correspond à une stase de la lymphe dans le tissu interstitiel, c’est-à-dire juste sous la peau, à l’extérieur des vaisseaux lymphatiques" explique la spécialiste.

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En stagnant ainsi sous la peau, en dehors des vaisseaux lymphatiques, la lymphe va créer une inflammation qui, associée au surplus de liquide, entraîne un œdème (ou gonflement), un épaississement de la peau et une multiplication des cellules adipeuses (les cellules qui stockent la graisse). "La peau s’épaissit à l’endroit où le tissu est engorgé, le derme est plus gonflé, plus dense et cela n’est pas réversible même si on réussit à drainer la lymphe. C’est pour cette raison que le lymphœdème est une maladie chronique" remarque la docteure Malloizel-Delaunay.

Jusqu’à 30 ans après le curage ganglionnaire

Mais quel est précisément le lien entre le cancer et le lymphœdème ? Certains cancers nécessitent une radiothérapie qui endommage le système lymphatique, ou un curage ganglionnaire, une chirurgie qui consiste en l’ablation des ganglions lymphatiques atteints ou suspectés d’être atteints par le cancer.
Dans le cas d’un cancer du sein, une chirurgie peut avoir lieu au niveau des ganglions axillaires. "Situés à la racine du bras, ils sont responsables du drainage naturel du bras et du sein. Leur ablation peut occasionner un lymphœdème dans le bras mais également dans le sein" observe la docteure Malloizel-Delaunay. Ce gonflement est également appelé syndrome du "gros bras". De même, dans le cas d’un cancer gynécologique ou génital (utérus, col de l’utérus, prostate, testicules), le curage des ganglions inguinaux, au niveau de l’aine, peut entraîner un lymphœdème des jambes mais aussi des organes génitaux qui se drainent habituellement dans ces ganglions.

Plus rarement, "un cancer ORL qui nécessite une radiothérapie ou un curage des ganglions du cou peut être à l’origine d’un lymphœdème de la face et un lymphome traité par radiothérapie peut entraîner un lymphœdème en amont de la zone irradiée" ajoute la spécialiste en lymphologie.

Et à chaque cancer son risque de lymphœdème. "Pour le cancer du sein, 15 à 25% des curages axillaires donnent lieu à un lymphœdème, seulement 3 à 7% avec la technique du ganglion sentinelle" note la médecin. Cette technique d’exérèse du ganglion sentinelle est une intervention moins invasive que le curage qui "consiste à enlever le ou les premiers ganglion(s) lymphatique(s) de l'aisselle le(s) plus proche(s) de la tumeur pour vérifier, par analyse anatomopathologique*, s'ils contiennent ou non des cellules cancéreuses. Ce procédé permet de réserver le curage axillaire aux seules tumeurs qui le nécessitent, en cas d'envahissement ganglionnaire", rappelle l’Institut national du cancer (Inca).

Pour les cancers gynécologiques et génitaux, les incidences connues sont très variables car "les lymphœdèmes apparaissent plus ou moins vite après la chirurgie, jusqu’à 20 ou 30 ans", rapporte la docteure Malloizel-Delaunay. Ainsi, "si on réalise un suivi à deux ans on aura peu de patient·e·s concerné·e·s, mais si on fait un suivi à plus long terme on verra l’incidence grimper. Ce qui explique que les études scientifiques comptent de 5 à 40% de lymphœdème des membres inférieurs selon le temps de suivi" ajoute-t-elle.

*Analyse anatomopathologique : analyse au microscope des cellules ou des tissus prélevés sur un organe.

Publié par Laurène Levy, journaliste santé et validé par Dr Julie Malloizel-Delaunay, Spécialiste en lymphologie le Mardi 23 Octobre 2018 : 14h23
Source : Merci à la docteure Julie Malloizel-Delaunay, spécialiste en lymphologie au Service de Médecine Vasculaire du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Toulouse Rangueil. 
Lymphœdème. Institut national du cancer, site consulté le 19 octobre 2018
Prise en charge du lymphœdème secondaire du membre supérieur après un cancer du sein. Association Francophone des Soins Oncologiques de Support (AFSOS), mise à jour le 4 mars 2014 
Lymphœdème : après le cancer, une nouvelle épreuve pour des milliers de patientes. Communiqué de presse Sigvaris Lymphologie, octobre 2018
Exérèse du ganglion sentinelle. Institut national du cancer, site consulté le 19 octobre 2018

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