L'Ibuprofène peut réduire le flux des règles… mais pas sans danger !

Un tweet expliquant que l’ibuprofène réduit le flux des règles de 50% est devenu viral. Un vif débat entre les internautes s’en est suivi. Quand est-il vraiment ? Est-ce dangereux ou une vraie solution contre les règles trop abondantes ?
© Istock

L’internaute Girlziplocked a découvert mi-janvier que l'ibuprofène réduisait le flux des règles de 50%. N’ayant jamais entendu parler de cet effet secondaire auparavant, elle a fait part de son agacement sur Twitter. 

“J'ai appris que l'ibuprofène réduit le flux menstruel de 50% et la seule raison qui expliquerait que personne d'autre ne le sait, est que nous sommes dans une telle culture misogyne que nous ne pouvons pas parler de quelque chose que les femmes doivent gérer toutes les quatre semaines pendant 30 ans”.


Plusieurs internautes ont répondu qu’ils étaient déjà au courant de cet effet, et que sa méconnaissance du sujet venait plutôt de son manque de recherche d’information que d’une conspiration patriarcale. Toutefois, plusieurs femmes semblaient également surprises à la lecture de son message et avaient alors des interrogations. Le défaut d'information envers le grand public semble ainsi être une réalité.

Ibuprofène et règles : qu’est-ce qu’il se passe ?

Plusieurs études et expériences ont mis en évidence que les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS), comme l'ibuprofène, peuvent en effet réduire le flux menstruel

Les femmes qui ont des règles abondantes et douloureuses ont un niveau élevé d'hormones appelées prostaglandines. Ces molécules jouent un rôle important dans la régulation de la pression artérielle ainsi que la dilater les vaisseaux sanguins. Elles interviennent entre autres dans le ralentissement du processus de coagulation et ainsi aident le corps à se débarrasser de la muqueuse utérine en induisant des contractions musculaires. Ainsi, si plus le taux de prostaglandines est élevé, plus les saignements risquent d’être importants et les crampes graves

Or, il a été démontré que l'ibuprofène réduit les niveaux de prostaglandine dans la muqueuse de l'utérus. Le médicament peut ainsi diminuer le flux menstruel, bien que le mécanisme exact en place soit encore assez méconnu. 

C’est pourquoi, l’ibuprofène est recommandé par de nombreux médecins comme solution temporaire contre les règles douloureuses ou abondantes. La gynécologue américaine Jennifer Gunter, auteur du livre “The Vagina Bible” et très active sur les réseaux sociaux, l’a d’ailleurs souligné à l’auteur du tweet viral. "J’explique depuis des années que les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS) réduisent le débit des règles de 30 à 40%, j’ai écrit à ce sujet et en ai discuté dans ma récente conférence TED. Donc j’essaie (d’informer les femmes)". 


Les spécialistes l’assurent l’ibuprofène ne représente pas de danger pour les femmes qui ont leurs règles, s'il est pris ponctuellement. Mais ils ajoutent que ce n’est pas une solution sur le long terme pour celles qui souffrent de menstruations abondantes ou longues.

Ibuprofène : il réduit les règles, mais il y a des risques

Si l’ibuprofène réduit bien le flux des règles, les expériences menées semblent infirmer le chiffre de 50% avancé par l’internaute. Une seule étude, réalisée en 1986, a mesuré l’effet du médicament sur les menstruations. 24 femmes y ont participé. Une moitié prenait de l’ibuprofène tandis que l’autre recevait un placebo. Les scientifiques ont remarqué que celles prenant l’anti-inflammatoire non-stéroïdien avaient un flux réduit en moyenne de 36 ml, soit environ 25%. Par ailleurs, les participantes avaient toutes des règles abondantes. Il n’y a donc pas de preuve que le médicament puisse réduire significativement les pertes des femmes ayant des menstruations régulières et normales.

Selon la recherche, les médicaments ayant pour molécule l’acide tranexamique (Exacyl ou Spotof) sont bien plus efficaces pour diminuer les règles. Ils affichent pour leur part une réduction des pertes de sang de 54%. Mais ces derniers ne sont pas disponibles en vente libre. 

Règles abondantes : l’importance de consulter

Les femmes qui ont des règles abondantes ou très longues, doivent consulter un spécialiste, non pas miser sur l’automédication. En effet selon les experts, l'ibuprofène n'est pas efficace pour réduire le flux menstruel chez les femmes où une condition médicale préexistante est à l'origine de saignements abondants comme les fibromes utérins, les troubles de la coagulation ou encore les déséquilibres hormonaux

Par ailleurs, prendre de l’ibuprofène sur le long terme peut provoquer des complications comme des problèmes de tension artérielle, des maladies rénales ou des ulcères à l'estomac. Les autres effets secondaires sont entre autres des maux de tête et la somnolence, surtout lorsque le médicament est pris à forte dose. L’ibuprofène est aussi contre-indiqué pour les personnes ayant des problèmes au foie, aux reins ou à l’estomac. 

Le médecin est le plus à même de trouver le traitement le plus approprié pour la patiente souffrant de règles abondantes ou douloureuse. Il y a plusieurs options possibles selon les cas comme prendre ma pilule ou opter pour un stérilet hormonal.

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