Dénutrition du senior : et si on parlait mensurations ?

Publié par Dr Stéphanie Lehmann, gérontologue le Mercredi 07 Mai 2003 : 02h00
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L'amaigrissement d'un aïeul est souvent perçu comme une conséquence normale et inévitable du vieillissement. Le phénomène est en fait beaucoup plus complexe et la dénutrition est un fléau qu'il faut apprendre à reconnaître. Pour cela, peu de choses suffisent : un bon sens de l'observation, un pèse-personne et…un mètre à ruban !

La fréquence de la dénutrition est élevée dans la population âgée, puisqu'elle touche 10% des personnes de plus de 80 ans vivant à domicile et près de 50% à l'hôpital ou en institution. Pourtant, il est facile de passer à côté d'un état dont les répercussions sont presque toujours dramatiques, parfois mortelles.

Entre la perte d'appétit et la perte de masse musculaire…

L'âge a des effets sur le comportement alimentaire et un impact indiscutable sur le fonctionnement de l'appareil digestif, c'est un fait. Tous les niveaux sont touchés (perte du goût, de l'odorat, diminution des fonctions d'assimilations des nutriments, sensation de satiété augmentée), ce qui explique l'apparition d'une anorexie dite « physiologique ». Pour autant, le temps qui passe ne peut être seul responsable de la dénutrition qui, elle, est toujours pathologique.C'est l'intrication de plusieurs causes (accumulations de maladies, prise conjuguée de médicaments, perte des capacités physiques permettant une bonne alimentation, isolement social, etc.), qui complique l'anorexie bénigne en perte musculaire.Un corps insuffisamment nourri est incapable de fabriquer certaines protéines. Il puise alors dans ses propres réserves : les muscles. Or la masse musculaire perd déjà la moitié de son poids entre 20 et 80 ans. Ne pas manger selon ses besoins, lutter contre une maladie aiguë ou chronique, précipitent encore cette consommation musculaire. Moins de muscles, c'est plus de difficultés à se mouvoir et le début des complications, à commencer par la perte de l'autonomie.

Peser, mesurer, interroger!

PeserIl faut arriver à mesurer le poids. C'est étonnant ce que les pèse-personnes disparaissent des salles de bain quand l'âge augmente. Le poids « d'avant » est souvent gardé en mémoire, sans que l'on pense à le vérifier en montant réellement sur la balance rangée soigneusement dans un placard. On se fie à une impression, souvent trompeuse…MesurerLa circonférence des mollets est un élément très utile de dépistage : inférieur à 31 cm, on peut presque assurer la dénutrition et la diminution anormale du capital musculaire. En dessous de ce chiffre, une consultation s'impose. D'autant que perte musculaire, signifie souvent troubles de la marche et peut-être même chute…InterrogerLe grand risque, c'est la banalisation. Il n'est pas « normal » de flotter dans ses vêtements, quand on a 80 ans. Ce premier signe doit interpeller… et amener à poser les bonnes questions.

Pour faire simple, on peut utiliser un test de dépistage bien utile, reconnu sur le plan international : le MNA (Mini Nutritional Assessment).Un score inférieur à 12 points à ce questionnaire doit, au minimum, déclencher une consultation chez un médecin qui se chargera alors de compléter le bilan.1) Perte d'appétit récente (inférieur à 3 mois) A- Anorexie grave. (0)B- Anorexie modérée. (1)C- Pas d'anorexie. (2)2) Perte récente de poids (inférieur à 3 mois) A- Perte de poids supérieur à 3 kg. (0)B- Ne sait pas. (1)C- Perte de poids entre 1 et 3 kg. (2) D- Pas de perte de poids. (3)3) MotricitéA- Peut aller du lit au fauteuil. (0)B- Se déplace seul à l'intérieur. (1) C- Sort du domicile. (2)4) Maladie aiguë ou stress psychologique lors des 3 derniers mois A- Oui. (0)B- Non. (1)5) Problèmes neuropsychologiquesA- Démence ou dépression grave. (0)B- Démence ou dépression modérée. (1)C- Pas de problèmes psychologiques. (2)6) Index de Masse Corporelle (IMC) : Poids en kg / taille2 en mètre)A- IMC inférieur à 19. (0) B- IMC compris entre 19 et 20. (1) C- IMC compris entre 21 et 22. (2)D- IMC supérieur ou égal à 23. (3)

Finalement, voir un sujet âgé s'amaigrir doit déclencher le réflexe « mensuration ». Au moindre doute, le médecin consulté pourra compléter le bilan par une prise de sang et éventuellement par d'autres examens complémentaires (radiographie, échographie, consultations spécialisée, etc.). Tarder à réagir, c'est limiter les chances de diagnostiquer le problème et du coup perdre du temps, ce qui est dommageable et parfois très risqué, d'autant qu'il est particulièrement difficile de se reconstituer un capital musculaire, quand celui-ci a déjà été entamé.

Publié par Dr Stéphanie Lehmann, gérontologue le Mercredi 07 Mai 2003 : 02h00
Source : CONSTANS T., Dénutrition des personnes âgées. La revue du Praticien, 2003 ; 53 : 275-279.
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