Violence obstétricale : Marlène Schiappa raconte son accouchement "boucherie"

Publié le 18 Juillet 2019 à 17h49 par Sophie Raffin, journaliste santé
Pour son documentaire "Tu enfanteras dans la douleur", la réalisatrice Ovidie a recueilli les témoignages des femmes ayant subi des violences obstétricales pendant leur accouchement. L'une d'elles est Marlène Schiappa. La secrétaire d'État raconte sur son accouchement “boucherie”.
© abacapress

Dans le reportage sur les violences obstétricales de la réalisatrice Ovidie, Marlène Schiappa ne mâche pas ses mots. La mère de deux filles âgées de 12 et 17 ans, se rappelle que l'un de ses accouchements était "de l’ordre de la boucherie".

En effet, cette naissance ne ressemblait en rien au moment – certes éreintants mais magiques – de la rencontre avec son enfant que les jeunes mamans se plaisent à raconter. La secrétaire d'État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes qui a eu un déclenchement, se rappelle "On ne m’a pas prévenu qu’on me déclenchait. En fait, on m’a oubliée dans une pièce pendant plusieurs heures, quand on est revenu la tête était en train de sortir".

Et une fois l'équipe médicale présente, les difficultés ont continué. Elle se raconte “L’ascenseur était occupé donc on m’a fait descendre à pied de plusieurs étages jusqu’à la salle d’accouchement. Ensuite, l’anesthésiste n’a pas voulu me faire de péridurale parce qu’il trouvait que je me plaignais trop de douleurs".

Si elle ne souhaite pas s'étendre sur les autres événements survenus pendant cette naissance traumatisante, la membre du gouvernement précise que l’hôpital lui a envoyé par la suite une lettre d’excuses.

Violences obstétricales : non-respect du consentement

La réalisatrice du documentaire "Tu enfanteras sur la douleur", diffusé sur Arte le 16 juillet 2019 à 22h40, ajoute est avant tout un film sur le consentement. C'est assez curieux.Vu le titre du film, on pourrait penser que c'est sur les souffrances de l'accouchement. En réalité, c'est plutôt sur le problème de consentement qui se pose au moment de la grossesse et au moment de l'accouchement".

Revenant sur les témoignages des mamans qu'elle a recueillis, Ovidie ajoute "Ce qu'elles vivent mal, ce n'est pas nécessairement la douleur en tant que telle (…) c'est le non-respect du consentement pour certains actes. C'est l'infantilisation".

Pour celles et ceux qui ont loupé cette première diffusion, le reportage est actuellement disponible en replay. Il est également reprogrammé sur la grille de la chaîne franco-allemande le jeudi 25 juillet à 2h15.

Violences obstétricales : la parole se libère

Si les femmes sont longtemps restées silencieuses au sujet des gestes brutaux ou dégradants du corps médical obstétrique et gynécologique, les langues se délient depuis l’avènement des réseaux sociaux. Le hashtag #PayeTonUtérus - lancé sur Twitter le 19 novembre 2014 – avait recueilli plus de 7 000 témoignages de femmes en 24 heures dénonçant par exemple des propos porteurs d’injonction sur leur physique ou leur volonté ou non d’avoir un enfant, des examens vaginaux brutaux ou pratiqués sans leur consentement, jusqu’à des violences sexuelles.

Le rapport du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes sur les actes sexistes et gynécologie et obstétrique, publié juin 2018, liste 6 types d’actes sexistes durant ces suivis dont “certains relèvent des violences” :

  • non prise en compte de la gêne de la patiente, liée au caractère intime de la consultation ;
  • propos porteurs de jugements sur la sexualité, la tenue, le poids, la volonté ou non d’avoir un enfant ;
  • actes (intervention médicale, prescription, etc.) exercés sans recueillir le consentement ou sans respecter le choix ou la parole de la patiente ;
  • actes ou refus d’acte non justifiés médicalement ;
  • violences sexuelles : harcèlement sexuel, agression sexuelle et viol.

L’épisiotomie : source de traumatisme

Par ailleurs, l'instance a également étudié de plus près les pratiques entourant l'épisiotomie. Cette intervention, qui consiste à inciser le périnée au niveau de la vulve pour éviter sa déchirure au moment du passage du bébé, est pratiquée dans 1 accouchement sur 5. La moitié des femmes qui en ont eu une, déplorent un manque ou l’absence totale d’explication sur le motif de cet acte.

De plus, le rapport précise "Les taux d’épisiotomie — toutes grossesses confondues — sont très variables d’une maternité à l’autre, de 0,3% (dans une maternité de type 3 - accueillant les grossesses pathologiques et à grands risques) à 45% (dans une maternité de type 1 - accueillant des grossesses normales ou à bas risque), selon la cartographie 2018 Le Monde/ Fédération française des réseaux de santé en périnatalité".

Après ce travail de recherche, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes a appelé à "une prise de conscience des pouvoirs publics pour reconnaître les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical, les prévenir, faciliter les procédures de signalements et condamner les pratiques sanctionnées par la loi".

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Source : "Tu enfanteras dans la douleur", réalisé par Ovidie et diffusé pour la 1ère fois sur Arte le 16 juillet 2019.
Les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical : Des remarques aux violences, la nécessité de reconnaître, prévenir et condamner le sexisme, rapport publié par le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, le 26 juin 2018