"Ferme ta gueule et pousse !" : un obstétricien jugé pour blessures involontaires

Publié le 21 Mai 2019 par Sophie Raffin, journaliste santé
Un gynécologue obstétricien de Montauban qui a crié "ferme ta gueule, et pousse" à sa patiente lors d'un accouchement difficile, est poursuivi pour blessures involontaires. La jeune femme ne peut plus avoir d'enfant aujourd'hui.
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© Istock

Même si la souffrance est bien présente lors d'un accouchement, les mamans se souviennent souvent de ce moment avec émotion et oublient la douleur. Mais l'histoire rapportée par La Dépêche le 16 mai 2019 fait froid dans le dos.

Un obstétricien de 54 ans est poursuivi en justice pour blessures involontaires après un accouchement dramatique qui s'est déroulé à l'hôpital de Montauban il y a 8 ans. Premier élément abordé dans la salle du tribunal : le docteur aurait crié à sa patiente "Ferme ta gueule et pousse !". Il a nié, assurant "En 25 ans, j'ai accouché plus de 10 000 enfants, j'ai toujours respecté les protocoles, je n'ai jamais insulté mes patients".

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Toutefois, la présidente du tribunal a rapidement rappelé "Même si vous n'avez pas la réputation d'être agréable avec les patients, vous n'êtes pas poursuivi pour cela…". En effet, les faits reprochés sont graves. La jeune femme qui accouchait de son premier enfant, est désormais stérile. Souffrant d'une importante hémorragie interne, elle a dû subir une ablation de l'utérus pratiquée par le SAMU de Toulouse.

Deux expertises - réalisées au cours des 8 années de procédures - ont déterminé que cette ablation a dû être pratiquée car le praticien a eu une "attitude inadaptée". Il a notamment tiré sur le cordon ombilical. Ce geste brusque a "provoqué une inversion utérine" chez la patiente, estiment les experts.

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La vie de la jeune femme a été bouleversée par cet accouchement cauchemardesque. En plus de ne plus pouvoir avoir d'enfant, elle s'était séparée de son compagnon. La partie civile réclame ainsi 20 000€ de préjudice moral.

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Le docteur encourt également 8 mois de prison sursis et une interdiction d'exercer pendant 8 mois, également. Le verdict est attendu pour le 2 juillet. 

Les violences obstétricales passées à la loupe

Au cours de ces dernières années, de nombreuses critiques ont été formulées à l'encontre de certaines pratiques des professionnels de la santé dans l'accompagnement de la naissance. L’Académie nationale de médecine a ainsi réalisé un rapport sur le fonctionnement des maternités en septembre 2018.

L'étude montre que 88% des patientes sont satisfaites par la prise en charge de la douleur lors de l'accouchement et du post-partum. Toutefois, elle relève aussi que des critiques ont pu être "légitimement formulées à l’encontre du fonctionnement des maternités" et que certains comportements individuels peuvent jugés "indignes et inacceptables".

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Les mamans qui ont des griefs sur la prise en charge de leur accouchement, ont principalement pointé du doigt :

  • Le caractère parfois imparfait de l’analgésie lors de la réalisation d’extractions instrumentales, d’épisiotomie, de gestes endo-utérins, voire de césariennes.
  • Le manque d’écoute et de prise en charge des femmes lorsqu’elles expriment leur douleur et leur ressenti que ce soit pendant le travail ou dans le post-partum.
  • Un mauvais dosage des anesthésiques entraînant une analgésie inadaptée, insuffisante ou excessive.

L’Académie ajoute "L’amélioration globale de la qualité des soins, la grande satisfaction de tous, imposent une relation étroite avec les usagers, dans un climat de confiance réciproque et au terme d’un dialogue apaisé sans jamais renoncer aux impératifs de sécurité".

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Elle recommande entre autres d'améliorer la formation des soignants à l’information et au respect de l’autonomie des femmes enceintes, d'optimiser la prise en charge de la douleur ou encore d'établir et respecter les normes des effectifs des personnels en salle de naissance.

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