USA : les "non-médecins" autorisés à pratiquer des avortements

Publié le 13 Juin 2019 par Sophie Raffin, journaliste santé
Si plusieurs états américains ont voté des lois limitant l'accès à l'avortement, le Maine vient d'adopter un décret qui autorise les infirmières et les assistants médicaux à pratiquer des IVG. Ce texte a été mis en place pour offrir une plus grande égalité d'accès aux soins entre toutes les femmes de cet état du Nord-est des États-Unis.
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Si plusieurs états américains ont restreint le droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG), la gouverneur du Maine, Janet Mills, a pour sa part signé un décret facilitant l'accès à l'avortement. Ce texte, porté par Sara Gideon présidente de l'Assemblée de l'état américain, permet aux professionnels de santé qui ne sont pas médecins comme les infirmières et les assistants médicaux de pratiquer la procédure.

La gouverneur a expliqué dans un communiqué publié le 10 juin 2019 : “permettre aux professionnels de santé qualifiés et agréés de pratiquer des avortements, assurera que les femmes du Maine - et plus particulièrement celles qui habitent dans des zones rurales - aient un accès aux services essentiels de santé en matière de procréation quand et où elles ont besoin d'un professionnel qualifié, qu'elles connaissent et en qui elles ont confiance”.

Janet Mills précise également que ces “non-médecins” sont formés pour conseiller et informer les femmes sur leur santé et leurs droits. Ils savent, par ailleurs, “pratiquer des avortements, dont la très grande majorité se déroule sans complications”.

Elle conclut "En signant ce projet de loi, le Maine défend les droits des femmes et fait un pas en avant vers l'égalité d'accès aux soins alors que d'autres États cherchent à saper, réduire ou supprimer totalement ces services."

Le Maine suit ainsi l'exemple de 7 autres états américains dont ses voisins le Vermont et le New Hampshire qui avaient déjà pris une décision similaire. Ce texte était soutenu par de nombreuses organisations de la santé comme l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ou encore l'American College of Obstetricians and Gynecologists, et l'American Public Health Association.

Qui peut réaliser des IVG en France ?

Dans l'Hexagone, certains professionnels de santé sont autorisés à assister les femmes faisant face à une grossesse non-désirée. Les sage-femmes peuvent ainsi pratiquer des IVG médicamenteuses depuis le 6 juin 2016. En plus d'assurer la procédure, elles ont la possibilité de prescrire un arrêt de travail de 4 jours maximum à la patiente.

L'IVG médicamenteuse correspond à la prise de 2 médicaments différents (le premier interrompt la grossesse, le second conduit à l'expulsion de l'embryon). Ils sont donnés au cours de deux consultations médicales différentes.

Les femmes peuvent effectuer cette procédure en cabinet de ville auprès d'un médecin ou d'une sage-femme, en centre de santé ou en centre de planification et d'éducation familiale, jusqu'à la fin de la 5e semaine de grossesse (ou 7e semaine d’aménorrhée). Le délai est prolongé de deux semaines si l’avortement médicamenteux est effectué dans un hôpital ou une clinique.

En revanche, l'IVG chirurgicale (ou par aspiration) ne peut être réalisée que dans un établissement de santé. C’est-à-dire un hôpital ou une clinique autorisée à pratiquer l’avortement.

25 millions d’avortements non sécurisés dans le monde

En septembre 2017, l'OMS estimait que 25 millions d’avortements non sécurisés ont été pratiqués chaque année dans le monde entre 2010 et 2014. Cela représente 45% de l’ensemble des IVG. La majorité des ces interruptions volontaires de grossesse non sécurisées, (97%), ont été réalisées dans des pays en développement en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

Le Dr Bela Ganatra, auteur principal de l’étude de l’OMS et scientifique au Département Santé reproductive et recherche a expliqué “Lorsque les femmes et les filles ne peuvent pas avoir accès à des services de contraception et d’avortement sécurisé, cela entraîne des conséquences graves pour leur propre santé et celle de leur famille. Cela ne devrait pas être le cas. Malgré les récents progrès technologiques et en matière de bases factuelles, beaucoup trop d’avortements non sécurisés sont toujours pratiqués et un nombre trop important de femmes continue de souffrir et de mourir”.

L'organisation précise que lorsque les avortements sont pratiqués conformément aux lignes directrices et aux normes qu'elle recommande, le risque de complications graves ou de décès est négligeable.

L'étude de l'OMS remarque également qu'il y a un fossé selon la législation des pays. Seul un avortement sur quatre était sécurisé dans les nations où l'IVG est totalement interdite ou autorisée uniquement lorsque la vie de la femme est en jeu. Par contre, au sein des pays où la procédure est légale pour des motifs plus larges, près de neuf avortements sur dix étaient pratiqués dans des conditions sûres. Le rapport précise également que le fait de limiter l’accès à l’IVG ne réduit pas le nombre d’avortements pratiqués.

La répartition des avortements non-sécurisés et sécurisés dans le monde Copyright : OMS/WHO