Loi anti-avortement : l’actrice Alyssa Milano appelle à une grève du sexe

Publié le 16 Mai 2019 par Mathilde Polivka, journaliste santé
L’actrice Alyssa Milano appelle à une grève du sexe en réponse à une loi adoptée par l’état de Géorgie aux Etats-Unis interdisant la pratique de l’IVG.
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Alyssa Milano, célèbre actrice ayant joué notamment dans la fameuse série Charmed, a lancé un appel à la grève du sexe après la loi adoptée interdisant sous certaines conditions la pratique de l’IVG (interruption volontaire de grossesse) le 30 avril 2019 par la Géorgie, état républicain du sud des Etats-Unis. C’est la loi votée la plus contraignante du pays en matière d’interruption volontaire de grossesse.

"Nous ne pouvons pas risquer de tomber enceintes"

Avec un grand X rose sur fond blanc et un hashtag #SexStrike crée pour l’occasion, l’actrice, déjà à la pointe du mouvement MeToo, appelle à la grève du sexe pour l’"indépendance physique", révèle le quotidien 20minutes: "Tant que nous les femmes n’auront pas un contrôle légal sur notre corps, nous ne pouvons pas risquer de tomber enceintes. Rejoignez-moi boycottant les relations sexuelles jusqu’à ce que nous retrouvions notre indépendance physique", a tweeté la comédienne.

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Interdiction de l’IVG après détection d’un rythme cardiaque

La loi qui a été adoptée le 30 avril 2019 par l’Etat de Géorgie est connue sous le nom d’"Heartbeat Bill" (en français "battement de cœur"). Elle prévoit l’interdiction de l’IVG après la détection d’un rythme cardiaque chez l’embryon, possible à partir de la sixième semaine de grossesse sachant que la plupart des femmes n’ont pas encore connaissance de leur grossesse à cette période. En France, l’avortement est légal jusqu’à la 12e semaine de grossesse. Aux Etats-Unis, le durcissement de l’accès à l’avortement inquiète ses défenseurs.

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L’appel à la grève du sexe fait polémique

L’appel au boycott du sexe n’a pas fait l’unanimité. La polémique suite à la proposition de Alyssa Milano a même touché le gouvernement français. Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations a réagi : "menacer de grève du sexe en réaction aux régressions du droit à l’IVG, c’est comme nous punir nous-mêmes une deuxième fois. Il est temps de considérer que les femmes aussi ont droit à une sexualité libre et épanouie et de cesser d’envisager la sexualité des femmes comme quelque chose qui aurait pour but d’être agréable pour… les hommes !"

Cependant, selon Camille Froidevaux-Metterie, chargée de mission égalité-diversité au sein de l’Université de Reims, la secrétaire d’État Marlène Schiappa est "à côté du sujet." Elle aussi étant hostile à cet appel à la grève du sexe, elle explique sa raison sur tweeter, différente de celle de la secrétaire d’État : "cela véhicule une série de représentations dommageables" notamment en "invisibilisant le fait que l’IVG peut être consécutive à un viol" et que "la contraception passe par l’abstinence et, surtout, que ce sont les femmes qui sont responsables des grossesses non-désirée."

La chargée de mission estime tout de même que "les débats suscités par Alyssa Milano donnent un écho utile à la multiplication des mesures de restriction du droit à l’IVG aux États-Unis".

Les conditions d’accès à l’avortement de plus en plus difficile

"Depuis début 2019, 300 mesures restrictives ont été votées aux Etats-Unis, rendant les conditions d’accès à l’avortement de plus en plus difficiles. Ce droit, pourtant garanti par un arrêt de la Cour Suprême, est menacé par le durcissement en cours", confirme Camille Froidevaux-Metterie. "Les droits des femmes sont réversibles. Le droit à l’avortement, on peut le perdre à nouveau", conclut Geneviève Fraisse, philosophe française et historienne de la pensée féministe.

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