Voyager à en perdre la raison

Publié par Dr Catherine Feldman, psychothérapeute le Mercredi 13 Août 2003 : 02h00
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Voyager rime parfois, selon les conditions du voyage et la personnalité du voyageur, avec perte des repères, choc culturel, étrangeté, dépaysement, stress, fatigue, décalage horaire… Un voyage, qui commence le plus souvent comme un rêve devenant enfin une réalité, se transforme parfois en un cauchemar, au service des urgences d'un hôpital. Explications…

Il n'est pas exceptionnel que certains troubles psychologiques apparaissent au décours d'un voyage. Selon les cas, ils sont indépendants de toute maladie psychiatrique avérée. Parfois, ils sont révélateurs de celle-ci ou d'une fragilité psychologique sous-jacente. Plus rarement, c'est la maladie psychiatrique elle-même qui pousse l'individu au voyage.

Une fragilité psychologique qui se révèle à l'arrivée...

Cette situation est la plus fréquente. Un touriste, une fois arrivé à destination, se met à se comporter bizarrement et de façon inhabituelle : il harangue la foule, il déambule au milieu de la voie publique, il n'arrive plus à dormir, etc. Dans ce cas, le voyage, accompagné du choc culturel et de l'éloignement des habitudes, agit comme un puissant facteur de stress qui vient révéler une fragilité psychologique sous-jacente, dont le sujet ou son entourage n'avait pas toujours conscience. Le trouble du comportement vient révéler le plus souvent une angoisse, une dépression, un mal-être antérieur au voyage, ce dernier facteur agissant comme un catalyseur.

Un voyage qui s'inscrit dans un délire dès le départ...

Lorsque le voyage s'inscrit dès le départ dans le délire de la personne, les médecins parlent de « voyage pathologique ». Ainsi en est-il d'une femme qui se sent appelée, victime d'hallucination auditive au cours d'un délire mystique, par la voix de la vierge Marie à se rendre à Notre-Dame. Ainsi en est-il aussi d'un homme, qui, se prenant pour le Messie, part sauver l'humanité en se rendant au Mur des Lamentations à Jérusalem. Evidemment, dans ces situations, la maladie psychiatrique est préexistante au voyage et c'est même elle qui conduit au départ lors d'une bouffée délirante, dans un moment de rupture avec le réel. Plus rarement, le voyage est à l'origine d'un premier épisode de bouffée délirante, qui vient révéler une maladie psychiatrique comme la schizophrénie, affection qui apparaît surtout chez des jeunes adultes, population adepte de voyage.

Publié par Dr Catherine Feldman, psychothérapeute le Mercredi 13 Août 2003 : 02h00
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