Travail de nuit et horaires variables : quels risques ?

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 23 Août 2005 : 02h00
Mis à jour le Mercredi 29 Avril 2015 : 11h43
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Près de 20% de la population des pays industrialisés exerce une activité professionnelle postée les amenant à travailler de nuit ou à adopter des horaires de travail variables. Les troubles du sommeil constituent une première conséquence de taille.

Travail de nuit : de quoi parle-t-on ?

On parle plutôt aujourd’hui de travail en horaires atypiques, terme qui permet de regrouper ce que l’on appelle le travail de nuit, le travail posté, à horaires étalés, variables, décalés et le temps partiel.

Aujourd’hui, près de deux salariés sur trois sont concernés au moins occasionnellement.

Horaires atypiques

On qualifie d’horaires atypiques les aménagements du temps de travail qui ne sont pas « standards » (c’est-à-dire : 5 jours réguliers par semaine du lundi au vendredi, travail entre 7 et 20 heures, avec 2 jours de repos hebdomadaire).

Selon l’INRS, sont ici regroupés les horaires de nuit (de 20 h à 6 h du matin), le travail les samedis, dimanches et jours fériés, les journées de plus de 8 heures, les journées fragmentées par des coupures de plusieurs heures et autres rythmes de travail irréguliers.

Travail de nuit

Est considéré comme travailleur de nuit tout salarié qui effectue au moins trois heures de travail quotidien entre 21 heures et 6 heures au moins deux fois par semaine ; ou qui accomplit un nombre minimal de 270 heures de travail de nuit pendant une période de 12 mois consécutifs.

Quelles sont les professions concernées ?

  • Les personnels de soins.
  • Les agents de surveillance.
  • Les transporteurs routiers (conducteurs de poids lourd), aériens (personnel navigant), maritimes, ferrés (conducteurs de train).
  • Les travailleurs dans la restauration, l’industrie agroalimentaire, les boulangers.
  • Le personnel des collectes des ordures.
  • Les agents de police, de l’armée, les pompiers.
  • Le personnel des centres de tri postal.
  • Le personnel autoroutier.
  • Les agents de fabrication dans l'industrie.
  • Les conducteurs de chaufferie.

Près de 20 % de la population des pays industrialisés exerce une activité professionnelle postée les amenant à travailler de nuit ou à adopter des horaires de travail variables.

Quels sont les risques pour la santé du travail en horaires atypiques ?

Les troubles du sommeil constituent une première conséquence de taille.

Ces troubles s’associent à des accès de somnolence diurne et à des perturbations psychiques. Mais les répercussions somatiques et psychologiques du travail à horaires atypiques sont bien plus larges : avec notamment un risque plus élevé d'ulcère gastro-duodénal, d'accidents liés à la somnolence, d'absentéisme, de dépression, de troubles dans les activités familiales ou sociales.

Pourquoi ?

Nos activités physiologiques (tension artérielle, fréquence cardiaque, température corporelle, consommation d’oxygène, excrétion urinaire, sécrétions hormonales…) sont rythmées par des cycles de 24 heures. L’être humain étant diurne, la plupart de ces activités sont maximales le jour et minimales la nuit. Toute perturbation de ce rythme entraîne des troubles plus ou moins importants, selon le décalage et le maintien dans le temps de ces variations horaires.

Liste des troubles possibles :

  • Les troubles du sommeil

    Ils sont aggravés par un environnement bruyant, les postes à des horaires variables, la prise de somnifères avec risque de somnolence d'autant plus grand si le travail à accomplir est monotone (surveillance d'un écran, conduite…).

    Les troubles du sommeil sont liés à une perturbation du rythme circadien (cycle veille-sommeil) ayant d’autres conséquences importantes sur l’état de santé.

  • Les accidents du travail

    Les accidents du travail sont plus fréquents la nuit, tout comme les accidents de la circulation pour les chauffeurs routiers.

  • Les troubles psychologiques

    Les travailleurs de nuit sont nettement plus à risque d’irritabilité, stress, fatigue chronique (dette de sommeil, longs trajets domicile-lieu de travail), anxiété, dépression pouvant nécessiter une prise de médicaments antidépresseurs ou anxiolytiques.

    L’impression d'isolement, d'être en retrait par rapport à la vie de l'entreprise contribuent à renforcer ces troubles psychologiques.

  • La consommation d’excitants et de drogues

    Il existe un risque élevé de consommation excessive de café, de tabac, de nourriture (favorisant l'apparition de l’obésité chez les travailleurs de nuit ou à horaires décalés), d'alcool, de drogue pour lutter contre la somnolence et le stress.

  • Les troubles digestifs et cardiovasculaires

    En cas de travail en horaires décalés, les risques de développer des troubles digestifs, dont des ulcères gastro-duodénaux, et des troubles cardiovasculaires sont plus importants.

  • Les troubles intellectuels et de la vigilance

    Les performances intellectuelles et de la vigilance sont diminuées en cas d’exercice d’une profession à horaires décalés.

  • Les troubles sociaux et familiaux

    La vie sociale et familiale est fortement perturbée, avec notamment l’impossibilité de participer à certains évènements familiaux, de faire du sport, etc.

  • Les perturbations hormonales et biologiques

    La perturbation du rythme circadien conduit à des anomalies des paramètres biologiques, notamment hormonaux : mélatonine, cortisol, testostérone, etc., mais également cholestérol, prolactine… pouvant favoriser de très nombreux troubles.

  • Les risques de cancer

    Le travail nocturne s’accompagne d’un risque accru de cancer.

    En 2008, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé le travail posté comme « probablement cancérogène ».

Au final, les travailleurs en horaires atypiques présentent davantage de troubles du sommeil, lesquels affectent autant le comportement que l'état de santé.

Outre l'impact sur la morbidité, le retentissement de ces troubles est considérable sur les performances sociales et professionnelles.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 23 Août 2005 : 02h00
Mis à jour le Mercredi 29 Avril 2015 : 11h43
Source : Drake C.L. et coll., Sleep, 27 : 1453-1462, 2005 ; Czeisler C.A. et coll., N. Engl. J. Med., 353 : 476-486, 2005.
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