Saignements féminins : réagissez promptement !

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 09 Octobre 2000 : 02h00
Mis à jour le Lundi 09 Mai 2016 : 11h53
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Dès l'arrivée de leurs premières règles, les femmes subissent stoïquement ces quelques jours d'hémorragies menstruelles. Toutefois, le cycle féminin peut parfois devenir défaillant. Des pertes de sang se produisent alors de façon anormale. Des saignements peuvent avoir lieu en dehors des périodes de règles, être trop abondants ou se prolonger au-delà de la durée habituelle, qui est normalement de 2 à 8 jours selon les femmes. De tels symptômes inquiètent toujours, et en effet, s'ils sont parfois anodins, ils peuvent également être beaucoup plus graves. Dans tous les cas il faut consulter un médecin pour se rassurer et surtout pour se faire soigner.

A quoi peuvent être dus des saignements anormaux chez les toutes jeunes filles ?

  • Des saignements anormaux chez la jeune fille peuvent être dus à une mauvaise ovulation :

    Chez les très jeunes filles, âgées de 10 à 13 ans, les saignements anormaux peuvent être dus à un mauvais fonctionnement du cycle hormonal.

    C'est la cause la plus fréquente avec 70% des cas. Ces jeunes filles souffrent d'hémorragies espacées, douloureuses et très abondantes.

    Il s'agit d'une mauvaise ovulation entraînant un déséquilibre des hormones sexuelles (œstrogène et progestérone).

    La première partie du cycle menstruel, qui correspond à la sécrétion d'œstrogène, est normale, en revanche, l'ovulation n'étant pas de bonne qualité, le reste du cycle féminin est perturbé.

    La progestérone, hormone essentiellement sécrétée pendant la deuxième partie du cycle, est absente ou insuffisante. Ce déséquilibre déclenche des hémorragies abondantes tous les 30 à 60 jours.

    Dans certains cas, ces saignements anormaux disparaissent spontanément, mais du fait de leur abondance, ils peuvent évoluer vers une carence en fer entraînant une anémie, avec malaises et vertiges, avant des complications plus sévères.

    Prescrire la pilule n'est pas une solution, car sous l'apparence d'un cycle régulier, elle pourrait masquer certaines anomalies hormonales. Un bilan avec courbe de température et prise de sang permet de détecter facilement l'ovulation et sa qualité, et de rechercher une anémie éventuelle. L'administration de progestérone pendant 10 jours par cycle permet de rétablir les cycles et de diminuer les saignements.

  • Plus rarissime, ces saignements peuvent être aussi dus à une maladie de la coagulation du sang :

    Certaines hémorragies peuvent être dues à une maladie de la coagulation du sang (troubles des facteurs de la coagulation, des plaquettes). Dans ce cas, les cycles sont réguliers mais les règles sont particulièrement abondantes.

    Par ailleurs, une blessure provoque également un saignement important. Le traitement n'est pas hormonal mais sanguin. Une dystrophie ovarienne est parfois impliquée chez des jeunes filles plus âgées, de 14 à 18 ans.

    Ce trouble du fonctionnement des ovaires provoque des hémorragies espacées et une hyperpilosité. Il s'agit d'anomalies hormonales traitées par la progestérone et si nécessaire un anti-androgène pour atténuer la pilosité.

A quoi peuvent être dus des saignements anormaux chez la jeune femme ?

Chez les femmes, en plus des troubles hormonaux, toutes les parties de l'appareil génital peuvent causer des lésions hémorragiques (col, vagin, utérus).

Rappelons que des saignements abondants et répétés entraînent avec eux une perte de fer, pouvant provoquer une anémie dont les premiers symptômes sont, la fatigue, l'insomnie, les essoufflements et une faible résistance aux infections.

Il est donc nécessaire en cas de saignements anormaux de consulter un médecin, de suivre un bilan (dosages hormonaux, analyse sanguine et échographie) et de se faire traiter.

Les troubles hormonaux : ils sont dus au stress, à l'ovulation ou au syndrome prémenstruel.

  • Le stress peut provoquer des saignements :

    Les hormones sexuelles sont contrôlées par le cerveau, notamment par deux structures, l'hypophyse et l'hypothalamus, lesquelles réagissent fortement à toutes variations psychologiques (un choc, une angoisse, voire même un voyage). Tout stress peut donc contribuer à perturber l'équilibre hormonal et induire des hémorragies. Dans ces conditions, il faut rechercher puis éliminer les causes, avec calme et patience.

  • L'ovulation peut provoquer des saignements :

    Des hémorragies minimes peuvent survenir au moment de l'ovulation. Elles sont anodines et traduisent simplement la réaction de l'utérus face aux modifications hormonales de cette période. Un traitement progestatif ou la pilule peut éliminer ces saignements du milieu de cycle.

  • Le syndrome prémenstruel peut provoquer des saignements :

    Le syndrome prémenstruel provoque parfois des saignements brunâtres juste avant l'arrivée des règles.

    Ce syndrome s'exprime de façon très différente d'une femme à l'autre. Il se caractérise par des symptômes très divers quelques jours avant le début des règles : fatigue, maux de tête, boulimie, déprime, irritabilité, insomnie, tension de la poitrine, etc. Il est probablement dû à un excès d'œstrogènes et se traite souvent par un progestatif qui rétablit l'équilibre hormonal.

  • Les contraceptifs peuvent provoquer des saignements :

    La pilule peut être responsable de saignements. S'ils sont légers en tout début de prescription, ils correspondent à l'adaptation de l'organisme. Ils s'observent surtout avec des pilules oestroprogestatives faiblement dosées et des progestatifs purs.

    Par la suite, après plusieurs années d'utilisation, la muqueuse qui tapisse l'utérus devient fine et peut alors saigner facilement. Une pilule mieux adaptée stoppera alors les saignements. Le stérilet, en contact permanent avec l'utérus peut également créer des hémorragies, en particulier des règles très abondantes. Il faut toutefois bien vérifier s'il ne s'agit pas d'une grossesse extra-utérine sous stérilet.

  • Des fibromes peuvent provoquer des saignements :

    Les fibromes sont des excroissances de fibres musculaires qui se trouvent dans la paroi utérine. Ils sont fréquents, les gynécologues les découvrent fortuitement chez une femme sur cinq au cours de l'examen annuel.

    Tant qu'ils ne provoquent pas d'hémorragies, les fibromes sont considérés comme bénins. Leur exploration (bilan, frottis, écographie) puis une surveillance par des examens gynécologiques réguliers suffisent. En revanche, ils ne sont pas anodins lorsque les règles sont trop abondantes, durent trop longtemps et sont accompagnées de caillots de sang.

    Ces saignements n'apparaissent pas en dehors des périodes de règles. Un traitement médical est alors proposé. Si celui-ci est inefficace, une intervention chirurgicale, si possible en évitant l'ablation de l'utérus, est proposée selon les désirs et l'âge de la patiente.

  • Des polypes peuvent provoquer des saignements :

    Ce sont également des excroissances présentes dans l'utérus, mais provoquant tous types de saignements, allant des hémorragies en dehors des règles (métrorragies), aux hémorragies trop abondantes et de durée trop longue (ménorragies).

    Les polypes sont détectés par l'échographie puis confirmés par l'hystéroscopie (examen de la cavité utérine réalisé à l'aide d'un tube muni d'un système optique). Il est nécessaire de les enlever afin d'éviter qu'ils n'évoluent en tumeur maligne, voire en cancer de l'utérus.

  • D'autres saignements sont causés par des atteintes globales de l'utérus : l'endométrite (inflammation de la muqueuse utérine provoquée par une infection) et l'adénomyose (tumeur bénigne favorisant les infections urinaires).
Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 09 Octobre 2000 : 02h00
Mis à jour le Lundi 09 Mai 2016 : 11h53
Source : Le livre de bord de la femme, Dr Claude Elia, Ed. Marabout. Lansac J. et coll. " Obstétrique pour le praticien " Masson éd., Paris 1997  : 267-280.
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