La pollution atmosphérique tue

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 15 Juillet 2002 : 02h00
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Réduire de moitié la pollution éviterait 1.800 morts prématurés chaque année dans neuf grandes villes. Près de 40% des décès sont dus à des troubles cardiovasculaires et 11% à des troubles respiratoires.

La pollution de l'air que nous respirons peut être mortelle. Cette affirmation était particulièrement difficile à prouver tant les facteurs susceptibles d'intervenir sont nombreux. Aujourd'hui, c'est officiel, confirmé et chiffré. En collaboration avec l'Institut de Veille Sanitaire, le programme de surveillance Air et Santé (PSAS-9), installé dans neuf grandes villes de France (Bordeaux, Le Havre, Lille, Lyon, Marseille, Paris, Rouen, Strasbourg, Toulouse), a rendu ses conclusions. L'état de santé d'une population de plus de 11 millions de personnes a été mis en relation avec les indicateurs d'exposition à la pollution atmosphérique (taux de dioxyde de souffre, particules fines en suspension, oxyde d'azote et ozone). Les taux de décès varient en fonction du niveau de pollution.

Une élévation de 10 microgrammes par mètre cube d'air des taux de polluants accroît de 1% le risque de mortalité en cas d'exposition de courte durée. Ce risque est 1,2 à 4,6 fois plus élevé lors d'une exposition prolongée (5 jours). La pollution agit comme un facteur aggravant certaines pathologies cardiaques et respiratoires. Jusque-là, on pensait que respirer un air pollué avançait une mortalité prématurée de quelques jours. Or, les résultats de cette analyse sont beaucoup plus effrayants : la pollution peut accélérer le décès d'un patient souffrant de troubles respiratoires de trois semaines et d'un patient atteint de troubles cardiovasculaires de plusieurs mois ! Ainsi, réduire les polluants atmosphériques de moitié éviterait chaque année dans ces neuf villes, 705 décès par troubles cardiovasculaires et 209 par troubles respiratoires. La pollution se répercute également sur les taux d'admissions hospitalières. Même si les données sont encore insuffisantes, on pense immédiatement à la survenue des bronchites chroniques, de l'asthme et de l'allergie.

Conseils aux personnes sensibles

En période de forte chaleur et de pic d'ozone, il est recommandé aux personnes sensibles (enfants, personnes âgées, femmes enceintes, sujets allergiques, asthmatiques, cardiaques …) d'éviter toute activité physique intense, de respecter rigoureusement son traitement en cours et de consulter un médecin en cas de gêne respiratoire inhabituelle.

Conseils pour tous

Il est également recommandé de ne pas fumer, ni d'utiliser de solvant, afin de ne pas aggraver l'état atmosphérique en ajoutant des facteurs irritants. Et enfin, réduisez au strict minimum vos déplacements en véhicule à moteur.

Espérons que ces données puissent servir aux décideurs, comme à chacun d'entre nous, pour inverser ce phénomène.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 15 Juillet 2002 : 02h00
Source : Rapport disponible sur le Site de l'Institut de Veille Sanitaire : www.invs.sante.fr
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