Ménopause : pourquoi le THS n’est-il toujours pas réhabilité ?

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 17 Décembre 2012 : 10h00

Prescrit il y a dix ans à quasiment toutes les femmes ménopausées, le traitement hormonal substitutif (THS) a ensuite été totalement discrédité.

Pourtant, en France, toutes les preuves sont aujourd’hui réunies pour réhabiliter le THS.

Seule une démarche des autorités pourrait permettre aux femmes de pouvoir à nouveau bénéficier de ce traitement et ainsi améliorer grandement leur qualité de vie à cette période charnière de leur vie…

Explications du Dr David Elia*, consterné par cette situation.

© getty

Discrédit total du THS en 2002

Dr David Elia :

Il y a dix ans, le traitement hormonal substitutif de la ménopause (THS) avait le vent en poupe. Celui-ci consiste à donner les hormones que les ovaires ne fabriquent plus, c’est-à-dire des œstrogènes et de la progestérone.

On lui prêtait toutes les qualités, à savoir :

  • effacement des symptômes désagréables de la ménopause (bouffées de chaleur, sécheresse vaginale, irritabilité…),
  • prévention de l’ostéoporose,
  • diminution du risque cardiovasculaire (infarctus et accident vasculaire cérébral).

Puis, en 2002, paraît une importante étude américaine, la WHI (Women’s Health Initiative), accusant le THS d’augmenter le risque cardiovasculaire, de cancer du sein et de ne pas diminuer les symptômes de la ménopause.

Branle-bas de combat, les médias se déchaînent pendant de longues années, les agences de sécurité des différents pays du globe émettent des recommandations restrictives, demandant aux femmes de ne prendre ces traitements que vraiment si besoin estet demandant aux médecins de faire très attention.

Très rapidement et, dès 2002, la plupart des experts mondiaux et des gynécologues ont émis des critiques concernant cette étude WHI :

  • Les femmes étaient trop âgées, en moyenne 65 ans et un tiers avaient plus de 79 ans, ce qui ne représente pas du tout les femmes auxquelles s’adresse ce traitement. La femme ménopausée qui prend un THS est âgée d’une cinquantaine d’années.
  • Les quantités d’œstrogènes administrées étaient très forteset la copie d’estrogènes et de progestérone de très mauvaise qualité, ne reflétant pas du tout les pratiques françaises.

    En effet, en France, nous n’utilisons pas de telles doses d’œstrogènes, ni le même type d’estrogènes et de progestérone.

Autrement dit en France, les femmes traitées n’ont pas le même âge que dans l’étude WHI et le traitement n’est pas le même (pas les mêmes hormones, pas les mêmes posologies).

Malgré ces critiques, le THS est boudé depuis dix ans avec une baisse de 73% des femmes utilisant ces traitements.

THS : l’accalmie de 2005

Dr David Elia :

En 2005, petite accalmie.

  • D’un côté, les auteurs de la WHI reconnaissent que si l’on considère uniquement les femmes les plus jeunes de leur étude, il n’existe pas d’augmentation du risque cardiovasculaire.
  • D’un autre, paraît en France l’étude E3N (étude de l’Inserm sur une cohorte française de 100.000 femmes de la MGEN suivie durant 15-20 ans) et s’agissant du risque de cancer du sein montrant que tout dépend de la progestérone utilisée.

    Autrement dit, si on emploie une progestérone bio-identique (la même molécule que celle fabriquée par les ovaires) ou de la dydrogestérone, donc très proche de la progestérone naturelle, le risque de cancer du sein n’augmente pas, ce qui est confirmé par une autre étude Européenne).

La nature de la progestérone employée dans le THS serait donc en cause dans l’augmentation du risque de cancer du sein.

Ainsi, si l’on donne des œstrogènespar voie cutanée (l’étude Esther de l’Inserm confirme que cette voie n’augmente pas le risque de phlébite ou d’embolie à l’inverse des estrogènes par voie orale de la fameuse étude WHI de 2002) à des femmes entre 50 et 60 ans (la vraie cible de ces traitements) et non pas entre 65 et 75 ans, on retrouve les bénéfices du THS annoncés jusqu’en 2002 :

  • Une diminution du risque cardiovasculaire.
  • Selon le type de progestérone, une augmentation ou une diminution du risque de cancer du sein.

    Et l’on, comprend pourquoi les médecins français ne prescrivent depuis des années que les deux molécules indiquées par l’étude E3N : progestérone et dydrogéstérone !

  • Parallèlement, le seul avantage jamais contesté du THS perdure, à savoir une diminution du risque d’ostéoporose.
  • Enfin, les symptômes désagréables de la ménopause comme les bouffées de chaleur étant les plus criants entre 50 et 60 ans pour disparaître naturellement ensuite chez la majorité (mais pas toutes), il était normal que la WHI ne note pas d’amélioration de la qualité de vie des femmes âgées de 60-75 ans.

    On ne peut pas améliorer des symptômes qui n’existent pas !

Toutes ces données rassurantes fournies entre 2005 et 2011 n’ont pas suffi pour que les autorités changent leurs recommandations. Elles sont aujourd’hui encore jugées comme insuffisantes. Or, seule cette démarche des autorités signerait définitivement la réhabilitation du THS.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Lundi 17 Décembre 2012 : 10h00
Source : * Le Dr David Elia est gynécologue, rédacteur en chef du magazine GENESIS, leader de la presse gynécologique, publie régulièrement dans les revues scientifiques et est l'auteur de plus de 35 livres grand public. Il a également créé un site internet à destination des femmes (www.docteurdavidelia.com) et une application iPhone gratuite avec beaucoup de ses livres tous en téléchargement gratuit : « Gynécologie Dr David Elia ». Et enfin, le Dr David Elia est membre du comité scientifique d'e-sante.
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