Interview : "j'ai enfin maigri !"

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Vendredi 17 Février 2006 : 01h00
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Le yoyo infernal que tout le monde connaît, NathalieTraisnel-Impératori l'a très souvent subi. Aujourd'hui, elle a perdu plus de 50 kilos. En racontant les nombreuses épreuves qu'elle a traversées, son récit témoigne aussi de la part importante des blessures psychologiques dans l'obésité.

e-sante : Au-delà de l'obésité, votre histoire est celle d'une blessure psychologique. Pourriez-vous l'expliquer ?

Nathalie Traisnel-Impératori : Je suis une mère au foyer de 4 enfants. Lorsque j'étais petite j'ai été violée à plusieurs reprises par un voisin de mon quartier, et je n'avais que 5 ans. Aujourd'hui, j'en ai 37 et c'est trop tard. Il n'a jamais été puni. Je n'avais jamais osé parler jusqu'à ce jour car la peur et la honte étaient au rendez-vous. Mais aujourd'hui j'ai décidé que j'avais le droit d'exister et de devenir une femme à part entière et non un déchet. Un déchet qui, de longs mois, s'est retrouvé derrière les barreaux d'un hôpital psychiatrique voulant à chaque instant mettre fin à sa vie. Tout cela à cause du violeur qui, lorsque j'étais petite, me disait : « si tu parles, tes parents vont te gronder » (il me donnait des bonbons pour que je me taise.) Voilà le drame de ma vie... Il n'y a pas de mots face à de tels actes. Surtout qu'à l'âge adulte, à cause des viols de mon enfance, je suis devenue obèse morbide (117 kilos pour 1m69), pouvant à chaque seconde basculer dans la mort, car j'ai continué à manger bonbons et autres friandises pour continuer à me taire. Pendant des années j'ai refusé de voir la vérité en face. Je pensais être malheureuse parce que j'étais grosse. Maintenant j'ai appris à faire la différence entre la cause de mon mal-être intérieur et la conséquence, l'obésité, mon bouclier. Ce bouclier (la graisse, censée me protéger inconsciemment contre toute nouvelle agression) était un peu vicieux car pendant des années, j'ai subi les « qu'en dira-t-on ? » insupportables. De plus, ma santé en prenait un coup, je me mourais lentement... Peur, honte, culpabilité, manque de confiance en moi, voilà les empreintes indélébiles gravées au corps et à l'âme d'un enfant violé, un enfant qui un jour devient « adulte »...Un violeur m'a arraché ma joie de vivre... J'ai dû me la réinventer pour le bien de mes enfants.

e-sante : Pourquoi avoir raconté par écrit votre histoire ?

Nathalie Traisnel-Impératori : J'ai décidé de ne plus me taire et de me détacher de ce trop lourd passé insupportable. Le livre est pour moi une étape très importante qui m'a permis d'aller à la rencontre de ma vérité, de la regarder, puis de la comprendre. Le choix de l'héroïne « Nath » m'a permis de me détacher de cette personne qui a tant souffert dans le passé pour enfin renaître en Nathalie. Nathalie qui aujourd'hui mord la vie à pleines dents pour ne plus voir que le présent et l'avenir. De plus, cet ouvrage représente pour moi le procès de mon agresseur qui ne pourra jamais avoir lieu car il y a prescription.Ce livre est donc le cheminement thérapeutique que j'ai été obligée de faire pour devenir une personne « normale » et renaître à la vie autant psychologiquement que physiquement car, maintenant, je ne pèse plus que 67 kilos. Aujourd'hui je n'ai plus honte de dire que j'ai été violée.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Vendredi 17 Février 2006 : 01h00
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