Travailleurs de nuit : n'oubliez pas les siestes !

Publié le 29 Septembre 2008 à 2h00 par Dr Philippe Presles
Le travail de nuit est délétère. Notre organisme n'est pas programmé pour veiller la nuit et dormir la journée. D'ailleurs, de nombreux risques pour la santé sont accrus chez les travailleurs de nuit. Quelques conseils pour mieux vivre le rythme décalé.
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Les horaires décalés ne sont pas compatibles avec notre physiologie

Restauration, spectacle, sécurité, santé… près de 4 millions de Français travaillent de nuit ou en poste, soit 14 % de la population.

Physiologiquement, le travail de nuit est délétère.

C'est ainsi que les personnes qui exercent une profession nécessitant des horaires décalés ou des rotations de poste de travail présentent des risques pour leur santé plus importants que dans la population générale.

C'est le cas :

  • des risques d'accidents (multipliés par 2 à 5,5 chez les travailleurs de nuit),
  • des risques cardiovasculaires (X 1,5 à 2,8 chez l'homme),
  • de troubles endocriniens et de surpoids (X 2 à 3,5),
  • de cancers (celui du cancer du sein est multiplié par 1,1 à 1,6),
  • de fausses couches en cas de grossesse (X 1,6)
  • de prématurités (X 2 à 5,6).

Insomnie et autres troubles du sommeil chez les travailleurs de nuit

Mais le risque de troubles du sommeil est sans doute le plus fréquent.

La moitié des travailleurs de nuit se plaignent de problèmes de sommeil, contre un tiers de la population générale, et 25 à 30 % d'entre eux ont des insomnies, contre 15 à 20 % pour le reste de la population. Il faut dire qu'en moyenne un salarié qui travaille la nuit dort 1 à 2 heures de moins par jour qu'un salarié " de jour ".

La première conséquence directe est une dette de sommeil importante.

Cette réduction du temps de sommeil entraîne une fatigue chronique, des difficultés d'endormissement, des réveils multiples, des troubles digestifs, un défaut de la vigilance, un risque accru d'accident, une surconsommation de café, d'alcool, etc.

Mais ce n'est pas uniquement la durée du sommeil qui est néfaste, c'est également le rythme veille / éveil.

De plus, la période de 2 à 5 heures du matin est la meilleure pour le sommeil. Les travailleurs de nuit n'en bénéficient pas, ce qui contribue encore à accentuer leurs troubles.

Quels conseils donner aux travailleurs nocturnes pour améliorer leur adaptation ?

  • S'imposer une sieste pour compenser le manque de sommeil.
  • Encore mieux, faire deux types de siestes : une sieste courte de 20 minutes environ contre la fatigue et une sieste d'au moins un cycle de sommeil, soit d'environ 1h15 à 1h45. Cette dernière sieste longue permet de récupérer du sommeil profond.
  • Utiliser la lumière pour faciliter la synchronisation du rythme circadien (alternance jour / nuit) avec vos horaires. Pour cela, maintenez une lumière puissante sur votre lieu de travail et n’hésitez pas à porter des lunettes de soleil pour rentrer chez vous et ainsi diminuer progressivement l’intensité lumineuse avant d’aller vous coucher.
  • En cas de difficultés, un traitement ponctuel par hypnotiques (faible dose et courte période) peut être envisagé avec son médecin afin de faciliter la prise de nouvelles habitudes de sommeil.
  • La prise d'un repas chaud la nuit fait partie des mesures hygiéno-diététiques du travailleur de nuit.
  • Privilégier les rotations de poste de travail dans le sens des aiguilles d'une montre. Par exemple, un poste du soir facilitera ensuite l'adaptation à un poste de nuit.
A noter également qu'un âge inférieur à 40 ans, l'absence d'antécédents de troubles du sommeil et un environnement personnel et domestique confortables sont des facteurs qui contribuent à améliorer la tolérance aux horaires décalés.
Source : Impact médecin, Dossier les pathologies liées au travail, 18 septembre 2008.