Sida : les régions françaises les plus à risque

Publié le 09 Juillet 2019 par Sophie Raffin, journaliste santé
La Cour des Comptes a mené une enquête sur la politique de prévention et de prise en charge du VIH dans l'Hexagone. Dans leur rapport publié le 9 juillet 2019, les sages de la rue Cambon soulignent que l'épidémie du Sida est toujours très active, notamment en Île-de-France et dans les régions d'outre-mer. Ils remarquent également que la France a mis en place une “stratégie très ambitieuse” pour éradiquer les nouveaux cas d'ici 10 ans mais qu'”elle ne s’est pas donnée les moyens d’atteindre ses objectifs”.
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Sida : la Cour des comptes se penche sur la stratégie française

Avec le développement des traitements, le sida n'inspire plus les mêmes craintes que dans les années 80 et 90, où la maladie était pour beaucoup synonyme de mort. Toutefois, l'épidémie est toujours active. 172 700 personnes environ vivaient avec le VIH en France en 2016. La Cour des Comptes qui a réalisé une enquête sur la politique de prévention et de prise en charge du VIH dans l'Hexagone à la demande du Sénat, précise dans son rapport que 31 000 malades vivaient - selon les estimations - sans prise en charge.

Par ailleurs, elle ajoute “le nombre de cas découverts, estimé à 6 424 en 2017, demeure à un niveau élevé”. Par ailleurs, 30% d'entre eux étaient des diagnostics tardifs. Santé Publique France précise, de son côté, que les personnes ayant découvert leur séropositivité il y a deux ans avaient eu le virus lors de rapports hétérosexuels dans 56%. Les contaminations lors de relations intimes entre hommes représentaient 41% des cas. L'usage de drogues injectables étaient à l'origine de la maladie dans 2% des cas.

Sida : l’Île-de-France et les DOM-TOM particulièrement touchés

La moitié des nouveaux cas diagnostiqués était concentrée sur deux zones : l'île-de-France et les régions d’outre-mer. La région parisienne qui représente à elle seule 42% des découvertes annuelles de séropositivité affichait, en 2016, un nombre de nouveaux cas de 206 par million d’habitants contre 55 pour le reste de la France métropolitaine. Cela représente ainsi un niveau quatre fois plus élevé par rapport au reste du territoire.

Le rapport précise “coexistent en Île-de-France une épidémie parisienne principalement chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) et une autre affectant la population migrante hétérosexuelle, originaire d’Afrique subsaharienne, dans les départements de petite et grande couronne, en particulier en Seine-Saint-Denis”.

Les départements d’outre-mer sont également particulièrement touchés par le virus. On y a enregistré 8% des découvertes de séropositivité pour 3% de la population. Le groupe le plus touché par la maladie est celui des adultes hétérosexuels de 25 à 49 ans.

Par ailleurs, les régions Provence-Alpes Côte d’Azur (PACA) et Auvergne-Rhône-Alpes ne sont pas épargnées par la maladie. Elles regroupent 14% des nouvelles découvertes, avec respectivement 6% et 8%. Le document ajoute “L’épidémie est également présente dans les régions méridionales de la France métropolitaine, selon un axe Bordeaux-Nice. Ainsi les régions Occitanie – et singulièrement l’ancienne région Languedoc-Roussillon – et Nouvelle Aquitaine doivent porter une attention particulière à l’évolution de l’épidémie. La dynamique épidémique est aussi prononcée dans le Centre Val de Loire”.

Le sida, une épidémie encore insidieuse

Malgré les messages de prévention, le nombre de personnes ayant le VIH continue de croître chaque année de 3% environ. Selon les chiffres présentés par la Cour des Comptes, sur les 172 700 personnes vivant avec le virus en 2017, 24 000 ignoraient leur séropositivité, et enfin 7 425, bien que diagnostiquées, ne suivaient pas de traitement.

Les experts estiment que cette “l’épidémie cachée” serait à l’origine de plus de 60% des nouvelles contaminations. En 2017, le malade “non-averti” était un homme dans 7 cas sur 10. En outre, la moitié des découvertes de séropositivité (52%) a concerné des personnes déclarant n'avoir jamais été testées auparavant.

Pour limiter ces contaminations insidieuses, la Cour des comptes recommande "d’améliorer rapidement l’offre de dépistage, en autorisant le remboursement par l’assurance maladie des sérologies en laboratoire de ville sans prescription médicale et en facilitant la diffusion des autotests et des TROD (Test Rapide d'Orientation Diagnostique)" ou encore "mettre en place un dépistage organisé du VIH pour la population générale, intégré dans une consultation de prévention ou de santé sexuelle, par les professionnels de santé libéraux”.

1,6 milliard d'euros de dépenses pour lutter contre le VIH

La Cour des comptes estime que le coût de la politique publique de prévention et de prise en charge du VIH a été 1,6 milliard d'eurosen 2016, dont 1,5 milliard d'euros pour l’assurance maladie.

Le dépistage a coûté 147 millions d'euros. Les sages de la rue Cambon déplore “Ce dernier, qui représente moins de 10% des dépenses totales, est pourtant le principal levier pour faire disparaître l’épidémie”.

Les dépenses de prise en charge de la maladie par le régime général, représentaient à elles-seules 1,4 milliard d'euros. Le document indique “Elles sont constituées à 86% par les médicaments (soit 1,2 Md€, ce qui représente 3,5% des dépenses de médicaments de ville). Elles ont augmenté de 8,4% en euros courants entre 2012 et 2016, en raison de l’augmentation du nombre de personnes prises en charge”. Les experts soulignent que cette hausse “marque un progrès dans le traitement de cette maladie”.

Toutefois, la Cour des comptes conclut ”Allant au-delà des recommandations de l’OMS, la France a mis en place une stratégie très ambitieuse visant à éradiquer les nouveaux cas à l’horizon 2030, mais elle ne s’est pas donnée les moyens d’atteindre ses objectifs, en particulier en matière de prévention et de dépistage. Une maîtrise renforcée des dépenses de médicaments permettrait de dégager des moyens supplémentaires pour développer les nouveaux outils de prophylaxie ou de dépistage”.

Sida : des chercheurs sont parvenus à éliminer le VIH chez la souris

Alors que les sages de la rue Cambon se penchait sur la stratégie française face au VIH, des scientifiques américains ont fait un pas en avant important dans la lutte contre le sida.

Des chercheurs de l'Université du Nebraska et de la Temple University de Philadelphie sont parvenus à éliminer le VIH chez des souris de laboratoire. L'étude publiée dans la revue Nature précise qu'ils ont utilisé deux techniques de pointe pour y parvenir. Dans un premier temps, ils ont administré aux rongeurs un traitement antirétroviral à libération lente et à action prolongée, baptisé LASER ART (c’est-à-dire "long-action slow-effective release antiviral therapy"). Il permet de limiter la prolifération du virus dans les zones de l'organisme où il peut rester latent comme la moelle épinière ou la rate.

Les chercheurs ont ensuite éliminé les traces restantes du VIH avec un ciseau génétique capable de modifier les parties problématiques d'un génome. Au terme de l'expérience, plus d'un tiers des souris infectées n'avait plus le virus dans leur organisme.

Les auteurs de la recherche estiment que leurs travaux “sont une démonstration de la faisabilité d'une élimination permanente du virus”. Toutefois ils ajoutent ”C'est un premier pas important, vers un chemin beaucoup plus long pour l'éradication du virus”. Ainsi, de longues recherches seront nécessaires avant une application de ce double traitement chez l'homme.

Source : La prévention et la prise en charge du VIH, Cour des comptes, 9 juillet 2019
Sequential LASER ART and CRISPR Treatments Eliminate HIV-1 in a Subset of Infected Humanized Mice, Nature, le 2 juillet 2019
Nouvelles données de surveillance du VIH en France, Santé Publique France, 28 mars 2019

Sequential LASER ART and CRISPR Treatments Eliminate HIV-1 in a Subset of Infected Humanized Mice, Nature, le 2 juillet 2019

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