Refuser une IVG à une femme impacte sa santé à long terme

Publié le 13 Juin 2019 par Sophie Raffin, journaliste santé
Si l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet controversé, une étude américaine montre que cette intervention protège les femmes. En effet, selon les résultats publiés, les femmes voient leur santé se détériorer au cours des 5 années suivant une grossesse non désirée.
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© Istock

La loi Veil, dépénalisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG), avait été votée le 17 janvier 1975 pour protéger la santé des femmes qui prenaient de nombreux risques sanitaires pour mettre un terme à leur grossesse non-désirée.

Une étude américaine montre qu'aujourd'hui encore les femmes à qui on a refusé une IVG, voient leur santé empirée au cours des 5 années suivantes. Cette recherche de l'université de San Francisco intervient alors que ce droit fait face à plusieurs attaques à travers le monde : Outre-Atlantique, plusieurs états ont, en effet, adopté ces dernières semaines des textes restreignant l'accès à l'IVG. En France, ce droit est aussi sujet de controverse puisque l'amendement sur l'allongement du délai légal de l'IVG, voté le 7 juin dernier, est soumis à une seconde délibération à la demande de la droite sénatoriale.

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L'équipe scientifique est parvenue à cette conclusion après avoir étudié les dossiers médicaux de 3000 femmes qui se sont rendues dans un des 30 centres dédiés aux USA entre 2008 et 2010. 874 femmes ont pu avorter (328 au cours du premier trimestre et 383 au cours du second). 163 femmes ont finalement accouché après s'être vues refuser l'accès à l'IVG.

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Deux femmes mortes après l'accouchement

Deux femmes sont mortes après l'accouchement. Cela représente un taux de mortalité de 1,2%, soit un niveau plus élevé que la moyenne nationale américaine. “1,2% des femmes s'étant vue refuser l'IVG sont décédées. C'est un événement rare. Nous ne pouvons pas évaluer cela statistiquement, mais nous pouvons dire que cela met en lumière l'un des problèmes les plus graves”, explique l'auteure principale de la recherche Dr Lauren Ralph.

Par ailleurs, près de trois participantes sur 10 n'ayant pas pu avorter, ont indiqué que leur santé s'est détériorée au cours des 5 dernières années. Le taux est de seulement 20% au sein du groupe ayant pu bénéficier d'une IVG.

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Elles sont ainsi plus nombreuses à indiquer avoir souffert de douleurs chroniques au cours des 5 dernières années.

Être plus attentif face à une grossesse non-désirée

Dans le texte éditorial accompagnant l'étude, les docteurs Lisa H. Harris et Vanessa Dalton de l'Université de Michigan estiment que ces résultats suggèrent que le simple fait qu'une femme ait demandé un avortement pourrait indiquer aux médecins qu'elle fait face à des risques de complications à l'accouchement plus élevés.

“Ces chiffres, faibles mais surprenants, sont insuffisants pour comparer les groupes qui ont eu un avortement et ceux qui ont accouché”, reconnaissent-elles. “Cependant, ils soulèvent la question de savoir si le fait de demander un avortement est en soi un élément révélateur de facteurs de risque non mesurés de décès prématuré”.

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Elles ajoutent “Ces facteurs de risque pourraient inclure, de manière plausible, les effets croisés du manque d’accès aux soins de santé (y compris la contraception), du racisme, du stress, de l’instabilité économique, de la violence entre partenaires, des quartiers dangereux, des troubles liés à l’utilisation de substances ou du trafic sexuel, tous liés indépendamment aux grossesses non-désirées et à la mort”.

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