Obèse " à l'insu de mon plein gré "
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e-sante : Retrouver le chemin des marchés et de la cuisine est pour vous la meilleure des solutions. Finalement, c'est une question de mode de vie ?

Paule Neyrat : C'est essentiellement une question de mode de vie, mais pas seulement d'alimentation. Retrouver le chemin des marchés certes, mais en y allant à pied ! Il faudrait marcher plus, au moins 1 heure par jour. C'est-à-dire oublier un peu sa voiture. C'est tout bénéfice, non seulement pour la stabilité du poids mais aussi pour le cholestérol et autres joyeusetés, de nombreuses études le démontrent. En plus, on contribue ainsi à moins polluer l'atmosphère.Manger trois fois par jour un repas équilibré, avec suffisamment de pain de façon à avoir son quota de glucides lents (ils doivent apporter la moitié des calories quotidiennes), c'est le secret de l'équilibre alimentaire et en conséquence de la stabilité du poids. Après un déjeuner suffisamment riche en glucides, on n'a pas de petit creux qui incite à grignoter un produit gras et sucré, on ne rentre pas affamé chez soi avec l'envie de dévaliser le frigo. Les plats industriels, toujours trop gras, doivent être réservés aux dépannages. On reproche beaucoup aux femmes qui travaillent de ne plus faire la cuisine. Je crains que ce soit un faux procès. Il n'y a jamais eu autant de magazines consacrés à la cuisine (et ce ne sont pas les hommes qui les achètent !), deux chaînes de télé viennent de se créer. En fait, on cuisine trop gras. On y est largement encouragé par la médiatisation des "bonnes graisses" telles que celles de l'huile d'olive ou des margarines anti-cholestérol. Au risque de choquer, je préfère que l'on déglace la poêle de son bifteck avec un peu de vin blanc et qu'on y ajoute une cuillère de crème fraîche (20g soit 6g de lipides) de façon à se faire une bonne sauce que l'on saucera avec du pain plutôt que de manger un bifteck grillé avec une salade (qui apporte 10 à 15g de lipides grâce à l'huile d'olive) et pas de pain !On a encore beaucoup de travail sur la planche en matière d'informations culino-nutritionnelles. Il faudrait aussi arriver à préserver les adolescentes et les jeunes femmes des régimes aberrants pour perdre quelques kilos en vitesse. Elles les reprennent inévitablement et, en accumulant ces régimes, elles courent un grand risque de devenir obèses. Mais comment faire ? On rêve de vraies campagnes de prévention, intelligentes.

e-sante : L'enfance n'est pas épargnée. Quels sont vos principaux conseils pour les mamans et les papas soucieux de la santé de leurs enfants ?

Paule Neyrat : C'est vraiment dès l'enfance et même la toute petite que l'on peut faire de la prévention. Quand de bonnes habitudes alimentaires s'installent, elles durent toute la vie. Un enfant règle spontanément son alimentation de façon équilibrée. Quand il n'a plus faim, il s'arrête de manger. En effet, nous sommes parfaitement équipés pour nous nourrir seulement à notre faim et pas au-delà. Nous disposons de relais d'informations physiologiques, métaboliques, cérébraux qui gouvernent notre appétit. Mais très vite, nous ne savons plus les écouter.Le premier principe est de ne jamais forcer un bébé à terminer son biberon, ni un enfant à finir son assiette. Sinon, on perturbe cet équipement, tant sur le plan physiologique que sur le plan psychologique. L'enfant va manger sans faim pour faire plaisir à Maman ou à Papa. Et il gardera cette habitude, il ne saura plus distinguer s'il a vraiment faim ou pas. C'est le cas de bien des obèses : ils mangent sans faim car ils ne savent plus depuis longtemps reconnaître la sensation de satiété.Le deuxième principe : imposer quatre repas (petit déjeuner, déjeuner, goûter et dîner) à des heures régulières et ne pas tolérer qu'un enfant grignote n'importe quoi à n'importe quel moment. Or, c'est hélas une habitude que trop de parents donnent à leurs enfants, habitude largement encouragée et même suscitée par la médiatisation des produits. Ces grignotages sont très pervers : ils apportent trop de sucre et ils coupent l'appétit. L'enfant n'a plus assez faim lors du repas pour manger les aliments contenant les éléments nutritionnels nécessaires à sa croissance et à sa bonne santé. La carence en fer est largement observée chez les enfants : elle va toujours de pair avec une alimentation déséquilibrée trop riche en sucres et en graisses. Il en est de même pour les boissons sucrées : un enfant a besoin d'eau. Point barre. Pas d'eaux sucrées et aromatisées qui le déséquilibrent. Une boisson sucrée ou un produit sucré devraient rester une exception : une récompense, une fête.Le troisième principe : donner l'habitude à son enfant de marcher, dès qu'il a acquis cette faculté. Quand je vois un enfant de 2 ans dans une poussette avec une sucette ou un pain au chocolat à la main, j'ai immédiatement l'image de l'obèse qu'il risque de devenir ! L'école est rarement loin de la maison. Il doit y aller à pied le plus tôt possible. Dès qu'il est en âge, et cela peut être à 4 ans, il faut s'organiser pour qu'il pratique un sport. Enfin, les séances télé-biscuits-coca sont vraiment à proscrire. Ca, c'est le surpoids assuré. Je préfère cent fois les jeux vidéo et l'ordinateur à la télé : là, ils ont les deux mains occupées, ils ne peuvent pas manger en même temps !Un enfant qui bouge et qui a de bonnes habitudes alimentaires ne devient pas obèse.

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