Attention à l'allergie aux moustiques

Publié le 13 Mars 2006 à 1h00 par Rédaction E-sante.fr | Mis à jour le 29 Octobre 2018 à 22h09 par Camille Barault, journaliste santé
Si on parle beaucoup des moustiques, l'allergie aux piqûres de ses insectes est moins connue. Le Dr Etienne Bidat, pneumopédiatre et allergologue, répond à nos questions.
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En dehors des grandes maladies tropicales (dengue, paludisme, chikungunya), le moustique peut-il entraîner d'autres pathologies ?

Dr Etienne Bidat : Il existe des allergies immédiates aux piqûres de moustiques, ces manifestations sont plus fréquentes dans les pays infestés de moustiques. Les réactions d'allergie immédiate sont le plus souvent de type « réaction locale étendue » avec une papule (lésion comme une piqûre d'ortie) qui peut atteindre 3 à 12 cm, pouvant persister plus de 24 heures.

Au début, cette réaction est difficile à distinguer d'un phénomène purement histaminique lié à une réaction toxique normale. Cependant, le prurit (démangeaisons) est plus intense, volontiers récurrent et peut durer plusieurs jours. Un œdème peut accompagner la papule et parfois être très important, notamment si la piqûre siège sur le visage. De rares réactions anaphylactiques sont possibles.

Urticaire généralisé, allergies retardées...

Chez l'adulte, des urticaires généralisées ont été décrites, ainsi que des bronchospasmes et des chocs anaphylactiques. A côté de ces réactions d'allergie immédiate, il existe des réactions allergiques retardées. Les papules sont alors plus fermes, toujours très prurigineux (elles grattent), parfois hémorragiques, bulleuses ou nécrotiques. Ces réactions peuvent durer plusieurs jours, voire quelques semaines.

Prurigo

Chez l'enfant, un aspect de prurigo (éruption provoquant une vive démangeaison et de petites élevures rougeâtres surmontées de vésicules) est fréquent avec des lésions persistantes, souvent eczématisées ou surinfectées par grattage.

D'autres réactions ont été décrites, elles sont difficilement classables (réactions à type de phénomène d'Arthus, le syndrome de Skeeter). Des formes mixtes sont possibles : papule de type immédiat suivie d'une lésion chronique. Enfin, il est classique d'assister lors d'une nouvelle piqûre à une réactivation des points de piqûre anciens qui redeviennent prurigineux (qui grattent).

Comment distinguer une réaction normale d'une réaction pathologique ?

Dr Etienne Bidat : La réaction normale après piqûre est localisée et d'ordre histaminique. Elle est liée à la libération de médiateurs vaso-actifs par un effet direct de certains composants de la salive du moustique, indépendamment de la présence d'anticorps allergiques. Un prurit est immédiatement ressenti, s'accompagnant d'une papule et d'un érythème tout à fait conformes à la triade de Lewis [prurit, érythème, papule]. La papule est habituellement de taille modérée et disparaît en quelques heures.

Quels sont les traitements d'urgence ?

Dr Etienne Bidat : En cas de piqûre et de réaction inflammatoire importante, la prise en charge est comparable à celle d'une piqûre d'hyménoptère. Une désinfection locale simple est conseillée et des compresses alcoolisées sous pansement occlusif apportent un bon confort. L'usage de corticoïdes locaux, en tenant compte de leur précaution d'emploi, notamment pour le visage, peut être proposé sur des réactions inflammatoires extensives ou eczématisées.

Anihistaminiques

Par contre, les antiprurigineux et antihistaminiques locaux doivent être évités en raison d'un risque de réaction allergique. La mise sous antihistaminique est possible. Parfois, la mise sous antibiothérapie par voie générale est discutée si on suspecte une surinfection. Une corticothérapie en cure courte par voie orale peut être indiquée en cas de réaction locale très intense.

Enfin, le traitement des réactions anaphylactiques repose sur l'injection intramusculaire ou sous-cutanée d'adrénaline.

Quelles sont les mesures de prévention ?

1/ Porter des vêtements couvrants. Près de 40% des piqûres surviennent à travers les vêtements, il y a donc intérêt à les imprégner de répulsif en zone exposée.

2/ Appliquer des répulsifs (produits pour éloigner les insectes). On utilise des produits différents en fonction de l'âge de l'enfant, certains sont contre-indiqués durant la grossesse.

3/ Imprégner les vêtements et les moustiquaires chez les enfants de plus de 3 ans.

4/ Prendre un antihistaminique durant la période d'exposition pour diminuer l'intensité des réactions en cas de piqûres.

5/ La désensibilisation aux moustiques est actuellement déconseillée. Des travaux avec de nouveaux extraits sont en cours.

6/ Attention à l'allergie de contact. Eviter des produits type Eurax® ou Phenergan®, qui exposent à un risque de sensibilisation (allergie de contact).

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Source : Feuillet-Dassonval C. et coll., Archives de pédiatrie, 13 : 93-9, 2006.
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