Entre inconscience et anxiété

Publié par Dr Catherine Solano le Mardi 15 Février 2005 : 01h00
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Adeline s'inquiète dès que son fils de onze ans part seul à l'école en bicyclette. Clothilde, elle, ne s'inquiète jamais et laisse même le sien se déplacer sur son vélo sans lumière, en vêtements sombres, alors qu'il fait nuit à l'heure où il rentre…

Entre s'inquiéter pour peu de chose et ne pas voir un danger là où il est évident, il y a toute une panoplie de comportements possibles. Nous avons souvent du mal à trouver le point d'équilibre, à étalonner notre régulateur d'anxiété avec justesse. Pourquoi ?

C'est que si nous voulons nous angoisser pour tout, c'est facile : nous connaissons tous quelqu'un de malade, qui a eu un accident relativement grave, qui vit le chômage ou un divorce Et nous ne pouvons pas perpétuellement voir le côté négatif de la vie, sous peine de devenir dépressifs. Nous possédons donc une force intérieure qui nous permet de laisser toute la noirceur de la vie de côté, afin de pouvoir profiter du plaisir de vivre. Cette force est bien plus puissante chez certaines personnes que d'autres.

Ainsi, Isabelle laisse ses enfants nager en mer sans surveillance, alors qu'ils sont encore tout petits. Elle adore nager et ne voit pas le danger qui pourrait survenir.Son esprit est systématiquement tourné vers le plaisir, et cela dans tous les domaines de la vie. Elle sait apprécier, profiter, s'amuser. Mais elle est capable de mettre quelqu'un en danger sans même en avoir conscience. Deux de ses amies ne veulent d'ailleurs jamais lui confier leurs enfants.

L'idéal, ce n'est pas d'oublier le plaisir, mais de se regarder en face sans complaisance. Suis-je négligent ? Si c'est le cas, un effort volontaire est possible et vaut vraiment la peine. Il n'est pas nécessaire de s'entraîner à s'angoisser, il suffit de se servir de sa raison. Un enfant qui boit la tasse seul, peut se noyer. Un enfant sans siège auto adapté risque gros en cas de petit choc. Même si l'on ne ressent pas la peur de l'accident, on sait que c'est vrai.

L'angoisse au contraire, elle, stimule et entraîne à prendre des précautions. En cela, elle est très positive. C'est bien, mais quand ces précautions sont démesurées et envahissent, empêchent de vivre avec le sourire, c'est l'excès inverse. Il faut, là encore, se forcer à utiliser la raison. Quelles sont, dans chaque cas, les précautions logiques indispensables ? Et à partir de quand faut-il laisser un peu aller ?

En comprenant ces mécanismes, cette oscillation entre angoisse et inconscience, il est possible de mieux se comprendre soi-même, et aussi de mieux comprendre les autres, ceux qui ne sont pas faits comme nous. Un peu plus d'indulgence et de remise en question personnelle permettent de vivre plus facilement en communauté. C'est essentiel, car, même en utilisant sa raison, personne ne choisit de positionner son régulateur d'anxiété au même niveau.

Publié par Dr Catherine Solano le Mardi 15 Février 2005 : 01h00
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