Audition déficiente : éviter la souffrance sociale et psychologique

Audition déficiente : éviter la souffrance sociale et psychologique

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Jeudi 10 Mars 2016 : 10h39
Mis à jour le Mercredi 16 Mars 2016 : 20h15
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La Journée Nationale de l’Audition 2016 a eu lieu le 10 mars dernier. L’occasion de rappeler que la déficience auditive peut s’accompagner d’une souffrance sociale et psychologique, et déstabiliser une vie sociale et professionnelle. L’image de soi prend un sérieux coup. Pourtant, un réseau de spécialistes est là pour diagnostiquer, accompagner le deuil de l’"ouïe d’avant" et favoriser le retour une vie la plus normale possible.  

Chez le senior, le risque d’isolement social

Un tiers des seniors aurait "souvent" ou "parfois" des difficultés à entendre. La perte de l’audition concerne 40% des 60-70 ans et plus de 50% des plus de 80 ans*. 70% des 50-74 ans se sentent plus exposés dans leur vie quotidienne qu’auparavant. Comme chez l’adulte actif, entendre moins bien induit une modification des comportements et le risque d’isolement social est grand (renoncement aux activités associatives par exemple), source d’anxiété et de dépression accélérant les effets du vieillissement tels le déclin physique et cognitif.

Chez les seniors du grand âge, mal entendre est de surcroit un facteur de risque de chute et de perte rapide d’autonomie. 44% des seniors éprouvent des difficultés de compréhension et un quart des vertiges et pertes de l’équilibre*. Pour autant, seulement 32% déclarent avoir réalisé un contrôle de leur audition il y a moins de 5 ans, et 52% ont effectué un test il y a plus de 10 ans voire jamais ! Difficile d’accepter la presbyacousie, ce signe inéluctable de vieillissement alors que l’espérance de vie en bonne santé dans nos sociétés occidentales s’est allongée.

Déficience auditive, les solutions pas à pas

  • Faire le premier pas. Prendre conscience de son trouble auditif et faire la démarche de consulter un oto-rhino-laryngologiste (ORL) pour un diagnostic par audiométrie ne coule pas de source. C’est pourtant essentiel.

Dr Didier Bouccara : « Les adultes jeunes ont une grande plasticité cérébrale : lorsque leur audition a tendance à baisser, ils vont inconsciemment augmenter leur attention, suivre les mouvements des lèvres des interlocuteurs. Dans cette zone frontière, ils vont compenser la baisse auditive. Mais lorsque l’ouïe baisse un peu plus, l’impact sur la communication s’accroît et là, les personnes pensent à consulter soit spontanément, soit poussées pas l’entourage. L’évaluation par l’ORL a un double but : tout d’abord établir un diagnostic précis de la cause de l’atteinte auditive (tests auditifs complémentaires, examens radiologiques…) et ensuite proposer le traitement le plus adapté : médicaments, intervention chirurgicale, appareillage auditif (aide auditive) … ainsi qu’éventuellement une rééducation orthophonique et un soutien psychologique ».

  • Trouver l’aide auditive appropriée. Les audioprothésistes interviennent sur prescription de l’ORL. Ils ne font pas qu’appareiller les personnes malentendantes mais sont sensibilisés à la détresse psychologique potentielle liée à l’appareillage et savent dédramatiser la situation. Ces aides auditives améliorent les perceptions auditives, la compréhension et la communication au sens le plus large mais sans retour à une "audition totalement normale". Bien que 93% des seniors interrogés accepteraient de s’équiper en aides auditives seulement 34% des personnes ayant besoin d’appareillage le sont réellement*. Côté technologie, les appareils ont pourtant fait leur mue. Pour rénover l’image d’un appareillage auditif voyant, peu performant et réservé à une population âgée et qui a les moyens financiers de s’équiper, les industriels ont fait des progrès. Ces concentrés de technologie sont désormais ultra discrets, voire quasi invisibles, connectés aux objets numériques du quotidien et affichent en général de bons taux de satisfaction.

  • Se faire aider. Selon le profil psychologique et le vécu de la personne, le verdict de troubles auditifs fait l’effet d’une douche froide. En milieu hospitalier, une évaluation globale de la communication et psychologique est très souvent réalisée.
Les ORL travaillent en équipe avec :
  • Le psychologue. Il accompagne l’étape d’acceptation du dispositif auditif, de deuil de l’audition normale, et prend en charge les souffrances propres à chacun et liées aux difficultés de communication.

  • L’orthophoniste. Une rééducation orthophonique, surtout lorsque la perte de l’audition est marquée, permet alors de développer les suppléances : attention auditive, compréhension dans le calme et le bruit, utilisation de la lecture labiale… L’orthophoniste apporte aussi une aide à l’adaptation de l’appareillage.

  • L’assistant social. Il peut aider à la constitution d’un dossier de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH), mais aussi orienter vers les structures permettant une aide financière pour l’acquisition des aides auditives.

  • Les associations de malentendants (Bucodes SurdiFrance, une union d'associations de malentendants et devenus sourds etc.)
Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Jeudi 10 Mars 2016 : 10h39
Mis à jour le Mercredi 16 Mars 2016 : 20h15
Source : Pour en savoir plus : www.journee-audition.org
*Références sondages JNA ISPOS 2011-2012-2015 ; ** Enquête Journée nationale de l’Audition 2016
(1) www.travailler-mieux.gouv.fr/Bruit-en-milieu-de-travail.html
D’après un entretien avec le Dr Didier Bouccara, médecin ORL, Groupe Hospitalier Pitié Salpêtrière (Paris) et la documentation fournie par les JNA www.journee-audition.org
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