Scooters : dans la vraie vie, il n'y a pas toujours de deuxième chance...

Publié le 26 Juillet 2005 à 2h00 par Rédaction E-sante.fr
Confrontés jour après jour à l'arrivée aux urgences de jeunes conducteurs de scooter accidentés, qui se sentaient pourtant invulnérables, un chirurgien orthopédiste et traumatologue, le Dr Laurent Pidhorz et un urgentiste, le Dr Patrick Serre, ont décidé de réagir en s'impliquant personnellement dans la prévention.

e-sante : Scooters et accidents, quelle réalité ?

Dr Laurent Pidhorz : Il y en a beaucoup, voire trop. Selon une étude menée en 2000 à l'hôpital du Mans, 1.000 accidentés de la voie publique ont été admis durant les cinq mois de l'étude aux urgences, dont 69 scootéristes, parmi lesquels 18 ont été hospitalisés et 14 opérés par un collègue du service. Pour nous, les accidents de scooters représentent 7% de la traumatologie routière, sachant que les motos représentent 15%, les voitures 53%, le reste étant des piétons, les vélos, les poids lourds et les indéterminés, comme les Quads qui commencent à arriver. C'est pour montrer cette réalité que nous sommes allés sur le terrain. Une nouvelle étude est en cours, dont les résultats devraient être prochainement disponibles.

e-sante : Quelles sont les conditions accidentelles spécifiques ?

Dr Laurent Pidhorz : Premièrement, la prise de risque. Ce sont des gamins qui possèdent un véhicule limité à 50 km/h, qu'ils pouvaient autrefois débrider de façon « normale ». Au final, ils se retrouvent avec un engin pouvant monter à 70-80 km/h, mais avec une sécurité passive qui n'est plus du tout adaptée au véhicule. Ils ont ainsi dans les mains un objet roulant qui n'est plus adapté à la vitesse à laquelle ils roulent. Deuxièmement, le port du casque, souvent mal utilisé (inadapté en taille, non fixé, voire pas mis du tout). Il existe de multiples histoires de gamins n'utilisant pas le casque à bon escient, avec un risque de lésions associées du crâne ou de la colonne vertébrale, occasionnées par celui-ci, alors que ces casques devraient les protéger. Troisièmement, les vêtements. L'été, c'est plus confortable de porter un tee-shirt et un short, mais si ça glisse par terre, les blessures ne sont plus du tout les mêmes, les fractures sont plus ouvertes, la peau est râpée et on peut se retrouver marqué à vie. Quatrièmement, l'alcool et la drogue. On commence à voir de plus en plus d'ados qui en prennent et qui augmentent ainsi leur risque d'accident. Et enfin, l'ordinateur. Nous sommes dans la génération ordinateur et les jeunes essaient de reproduire dans la vie de tous les jours un jeu d'ordinateur. Le problème est qu'ils oublient vite, qu'une fois le jeu terminé, c'est-à-dire une fois l'accident survenu, il n'y a pas de nouvelle vie, « le game n'est pas over » mais définitif et laisse souvent de vraies séquelles.

e-sante : Quelles sont les traumatismes spécifiques ?

Dr Laurent Pidhorz : Peu de statistiques sont disponibles. Ce dont on est sûr, c'est qu'en cas de fracture, une fois sur cinq, c'est une frature des deux os de la jambe. Pourquoi ? Parce qu'elles traînent. Il suffit d'observer : quand ils roulent vite et qu'ils tournent, ils se penchent dans les virages, et mettent une jambe dehors pour équilibrer leur centre de rotation, c'est alors que survient l'accident.Sinon, c'est très polymorphe, allant de la simple contusion ou à la fracture banale, jusqu'au traumatisme crânien grave, à la paraplégie, tétraplégie, amputation, contusion, fracture banale, entorse, etc. On observe le plus souvent une ou deux lésions, rarement plus. Mais en cas de multiples lésions, la vie est souvent en danger et les séquelles importantes.

e-sante : Quels messages préventifs peut-on donner aux jeunes scootéristes ?

Dr Laurent Pidhorz : Divers messages sont délivrés parmi lesquels les suivants sont imortants :

  • Le respect des autres. S'ils respectent les autres, ils se respecteront.
  • Le débridement des scooters : si ils les débrident, ils auront des engins trop rapides n'assurant plus la sécurité passive nécessaire.
  • Le port du casque et des protections vestimentaires.

e-sante : Comment sensibiliser les jeunes ?

Dr Laurent Pidhorz : Tout à commencé il y a 6 ans par un « ras le bol » de prendre en charge des jeunes traumatisés en raison d'accidents de scooter, lesquels semblaient de plus en plus graves, puisque les gamins roulaient de plus en plus vite, avec des moyens de protection de moins en moins importants. Avec Patrick Serre, un urgentiste qui travaille avec moi, nous avons entrepris une analyse des dossiers, afin de concrétiser un plan de communication. Ensuite, nous avons décidé d'aller sur le terrain en accord avec l'inspection de l'académie. Le message véhiculé par un professionnel ne serait pas le même que celui d'un professeur, ce qui se vérifie à chaque intervention dans les collèges et lycées. Pourquoi ? Parce que nous sommes bénévoles, nous déplaçant sur nos heures de travail, et en mission avec l'accord de l'hôpital. Nous bénéficions d'un respect important et notre message porte. Nous présentons notamment un diaporama avant de discuter avec la salle. Nous avons actuellement touché environ 6.000 personnes, dont 4/5e d'enfants. Chaque année, 4 ou 5 interventions sont réalisées pendant la semaine de la sécurité routière.Depuis, c'est l'effet boule de neige, nombre de personnes nous contactent pour des interventions spécifiques. Et après les scooters et les enfants, nous nous adressons de plus en plus aux adultes.Le monde du travail fait appel à nous, comme c'était le cas de Siemens, qui a complètement arrêté la production de l'usine durant une heure lors de notre intervention. Elle a donc perdu de l'argent, mais cette somme a ensuite été rattrapée pour deux raisons : il y a eu moins d'accident lors des trajets et des visites par les VRP, et moins d'accidents de la voie publique hors trajet, car les gens faisaient davantage attention Et enfin, il y a eu une diminution de leur côte part d'accident du travail, en raison d'un moindre besoin de remboursement par la Sécu pour accident du travail.Aujourd'hui nous sommes appelés régulièrement par la CPAM, par des entreprises, et plus récemment, par une association à but non lucratif, Aramis (Association pour la récupération des points perdus lors de la conduite). Maintenant, lorsque ce sont des récidivistes, les juges leur retirent leur permis, et les condamnent, entres autres peines, pour le récupérer, à passer un stage payant dans lequel on m'a demander d'intervenir en tant que médecin.

e-sante : Quel est l'impact ?

Dr Laurent Pidhorz : Comme pour toute action de prévention, c'est impalpable. Mais si parmi l'auditoire, une seule personne qui devait avoir un accident ne l'a pas grâce à notre message, alors Patrick Serre et moi-même aurons gagné, mais nous ne le saurons jamais…

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Mots-clés : Scooter, Accident