Phlébite en avion : l'immobilité n'explique pas tout

Publié le 27 Mars 2006 à 2h00 par Dr Philippe Presles
Il est couramment admis que l'immobilité est la cause de phlébite survenant lors de voyage en avion. Une étude époustouflante vient de montrer qu'elle n'était pas vraiment coupable… Mais si ce n'est elle, qui est le fautif ?
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Impact de l'avion sur les jambes

On peut dire que le Pr Schreijer (Pays-Bas) est un vrai détective, car pour étudier l'impact de l'avion sur les jambes, il n'a pas hésité à louer un Boeing 757 pour un vol de 8 heures embarquant 71 passagers ! Deux semaines plus tard, il leur donnait rendez-vous pour une projection cinématographique de 8 heures ! Il a ainsi pu comparer l'effet de la position assise prolongée avec ou sans transport aérien.

Caillots sanguins et coagulation

Pour analyser l'impact de ces deux situations sur la coagulation sanguine, à l'origine des phlébites, il a mesuré dans le sang un paramètre directement lié à la formation des caillots : le complexe thrombine-antithrombine (TAT). Il a effectué cette mesure avant, pendant et après les expérimentations. Il a répété les mêmes mesures deux semaines plus tard, au cours d'une journée normale.

Pour éviter les effets parasites, il n'a sélectionné que des personnes n'ayant pas peur en avion et il leur a demandé de boire en abondance au cours du vol : stress et déshydratation étaient ainsi éliminés. L'alcool et le tabac étaient prohibés.

Six fois plus de troubles de la coagulation en vol qu'en position assise prolongée à terre.

Résultats ? L'augmentation en TAT a été très forte chez 17% des volontaires après le vol, chez 3% d'entre eux après le cinéma et chez 1% à l'issue de la journée normale.

Conclusion ? L'immobilité est innocentée !

Tout du moins, il ne s'agit pas de la cause première de l'augmentation des phlébites observées en avion. La cause majeure restante est « l'hypoxie hypobarique », c'est-à-dire la plus faible teneur en oxygène de l'air dans la cabine, elle-même sous une moindre pression.

En pratique, il est important de faire le nécessaire quand on est soi-même à risque de faire une phlébite en avion, c'est-à-dire quand on a des jambes lourdes, des varices, un antécédent de phlébite ou que l'on prend une pilule contraceptive. Dans ces cas-là, il faut :

  • porter des chaussettes ou bas de contention pour favoriser le retour veineux,
  • se lever régulièrement et marcher pendant le vol,
  • en position assise, réaliser souvent de petits mouvements des jambes,
  • boire suffisamment d'eau.
Source : Schreijer AJM et al. Activation of coagulation system during air travel: a crossover study. The Lancet 2006; 367:832-838.