Les oméga-3 dans l'alimentation : pour le senior aussi !

Publié le 11 Juin 2003 à 2h00 par Dr Stéphanie Lehmann, gérontologue
Depuis quelques temps, ces acides gras polyinsaturés essentiels sont les stars incontournables du monde diététique. Littérature scientifique ou publicités, l'unanimité semble de mise pour que l'on en mette dans son assiette. Mais qu'en est-il de ce grand espoir de prévention quand on a 60 ans et plus ?
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Un intérêt venu du froid…

C'est en 1990 que l'on découvre que l'alimentation riche en huiles de poissons protège les Inuits du Groenland des complications mortelles de l'infarctus. Cette notion est confirmée dans d'autres populations fortes consommatrices de poisson, notamment chez les Japonais. C'est finalement un type particulier d'acides gras qui est reconnu comme protecteur : les oméga-3.

Les OMEGA-3, c'est quoi ?

Ce sont des acides gras essentiels, c'est-à-dire indispensables à notre santé, que l'on ne peut fabriquer nous-mêmes. Ils doivent donc impérativement être apportés par la nourriture. Ils regroupent l'Acide Alpha-Linolénique (ALA), l'Acide eico-sapentanoïque (EPA) et l'acide docoshexanoïque (DHA).Une alimentation variée est nécessaire, parce qu'on n'en trouve pas dans toutes les graisses. Il s'agit d'un acide polyinsaturé, au contraire de certaines graisses animales qui sont, elles, dites saturées.

Ca sert à quoi ?

Depuis plusieurs années, l'implication des oméga-3 est reconnue dans bon nombre de fonctionnements biochimiques. Tout laisse supposer que d'autres preuves scientifiques s'ajouteront bientôt à celles déjà établies. Ainsi pour l'instant, on leur prête un rôle dans la stabilisation de la membrane des cellules cardiaques, dans les mécanismes de l'inflammation et de la coagulation du sang (au niveau de l'agrégation des plaquettes), mais surtout dans la baisse des triglycérides.

Ce qui est prouvé

Il est impressionnant de prendre conscience que dans une population ayant fait un infarctus, le taux de mort subite chute de 45% et le taux de mortalité globale de 20%, chez les malades qui ont été supplémentés en oméga-3. Chez les personnes diabétiques non dépendantes à l'insuline, l'apport d'oméga-3 fait baisser le taux de triglycérides de 30 à 50%. De même, on a pu prouver que la pression artérielle pouvait légèrement baisser. L'athérosclérose (c'est-à-dire l'encombrement des vaisseaux par les plaques graisseuse) n'est, quant à elle, pas ralentie.

Ce qui reste supposé

Les oméga-3 protègeraient de bon nombre de pathologies. Les niveaux de preuves étant encore insuffisants, il n'est pas encore possible de l'affirmer, mais beaucoup de travaux suggèrent une action bénéfique sur la polyarthrite rhumatoïde, l'ostéoporose, certaines maladies chroniques inflammatoires (Maladie de Crohn, Lupus, Colite ulcéreuse). En cas de consommation insuffisante, certains supposent un risque accru de développer certains troubles dépressifs ou une maladie d'Alzheimer.

Où les trouver ?

On l'aura compris : il faut manger du poisson. Si l'apport alimentaire est impossible (intolérance, allergie), il existe des moyens de supplémentation. Ainsi, 2g d'huile de poisson suffisent à faire baisser les risques.

Combien faut-il en consommer ?

Il faut, au minimum, manger du poisson deux fois par semaine pour obtenir de vrais bénéfices. Et si le plus tôt est le mieux pour optimiser une action préventive, ce rythme reste encore idéal, même au très grand âge La réduction de la mortalité des seniors est en effet statistiquement vérifiable, y compris au-delà de 88 ans. Même à un âge très avancé, une consommation régulière de 24g de poisson par jour serait liée à une moindre mortalité cardiovasculaire (Kromhout et al. Internatl J Epidemiology 1995).De plus, manger plus de poisson réduit la consommation d'autres graisses animales, souvent associées à une alimentation trop riche en graisses saturées.Finalement, manger du poisson régulièrement est efficace sur la prévention des risques cardiovasculaires. Mais l'intérêt d'un apport accru en oméga-3 est d'autant plus recommandable quand il y a eu infarctus du myocarde, maladie cardiovasculaire, hypertriglycéridémie ou diabète (non insulino-dépendant). L'âge est évidemment un facteur favorisant…Donc, en papillote, au bouillon ou grillé, il va bien falloir s'y mettre…et bien sûr, en évitant sauce au beurre, fritures et autres mayonnaises ! En cas de manque de motivation, une consultation chez son médecin permettra de faire le point sur les supplémentations possibles…

Source : Alix M., Intérêt des oméga-3 dans l'alimentation des personnes âgées. Gérontologie pratique janvier 2003 ; 142-143 : 8. Rosenberg IH. Fish-food to calm the heart. N Engl Med 2002; 346 : 1102-83.