Mort subite du nourrisson : un test pour dépister les bébés à risque ?

Des médecins strasbourgeois planchent actuellement sur un test sanguin qui permettrait de détecter les bébés présentant des risques de mort subite du nourrisson. Ce syndrome est la première cause de mortalité chez les enfants de moins d'un an.
© Istock

La mort subite du nourrisson, première cause de décès des enfants de moins d'un an, angoisse de nombreux parents. Le travail de médecins du CHRU de Strasbourg pourrait diminuer leurs craintes et surtout le nombre de morts.

Dans une étude publiée mi-juillet par la Public Library of Science, l'équipe indique qu'il existe un lien entre l'hyperactivité vagale (ralentissement cardiaque brutal) et les malaises répétés. Cette découverte pourrait permettre selon les chercheurs de mettre au point un test capable de dépister une partie "non-négligeable" des nourrissons présentant des risques de mort subite. 

Un lien biologique fait avec les malaises

Après une première étude menée sur des lapins, les médecins ont analysé le sang de 136 adultes et enfants dont 83 faisaient des syncopes. Après avoir comparé les résultats des individus qui ont des malaises et ceux en bonne santé, ils ont découvert qu'il y avait un lien entre la surexpression (présence importante) de récepteurs muscariniques et les syncopes.

Le Dr Charlie De Melo, réanimateur-pédiatre qui a travaillé sur cette recherche, a confié à l'AFP "Il y a des récepteurs localisés au niveau cardiaque et parfois, le mécanisme qui contrebalance le système de stress (l'accélération de la fréquence cardiaque, l'augmentation de la tension) est excessif, le cœur ralentit trop et le cerveau est moins perfusé".

Ces découvertes peuvent expliquer certains cas de morts subites du nourrisson. Si les adultes ayant des surexpressions muscariniques pathologiques perdent seulement connaissance quelques secondes, cela peut entraîner chez les nourrissons "jusqu'à l'arrêt cardiaque complet".

Le scientifique a ajouté "c'est la première étude qui apporte une preuve biologique, aussi bien chez des adultes que chez des enfants qui font des malaises à répétition, qu'il y a chez certains une hyperactivité vagale et qu'on pourra leur proposer des traitements".

Une piste pour un dépistage de la mort subite du nourrisson

Le cardiopédiatre Angelo Livolsi qui a également collaboré à la recherche se réjouit : "Jusqu’à présent, on était un peu perdu devant ces malaises car on était seulement sur des signes cliniques, mais là, en faisant une prise de sang, on peut mesurer l’importance de la surexpression et comment l’enzyme agit".

Ainsi si le patient montre un taux élevé de récepteurs et de l’enzyme, il pourra être traité avec "un anti-muscarinique de synthèse".

Désormais, l'équipe effectue – avec l'accord des parents - des prélèvements sur des bébés de moins d'un an ayant fait des malaises. Les médecins veulent ainsi établir des valeurs de référence pour les nouveau-nés et les prématurés. Ce travail pourrait leur permettre de mettre au point un test sanguin de dépistage des risques de mort subite. S'il voit le jour, il pourrait être effectué sur les enfants âgés de 3 jours.

Le docteur Charlie De Melo ajoute "L’idée serait de détecter ces patients avant qu’ils fassent des malaises graves et de les traiter pendant leur première année de vie, c’est-à-dire la période de risque maximale".

Les précautions à prendre pour éviter ces décès 

En France, entre 400 et 500 bébés décèdent de façon brutale et inattendue pendant leur sommeil tous les ans. Si des causes biologiques peuvent expliquer une petite partie de ces morts, le couchage des enfants semble être le principal facteur de risque. Le nombre de cas a chuté de 75% lorsque les autorités sanitaires ont préconisé de faire dormir les bébés sur le dos, et non le ventre en 1994.

Il est ainsi recommandé de :

  • coucher les nourrissons bien à plat sur le dos aussi bien la nuit que pour les siestes.
  • de ne pas utiliser de dispositif pour maintenir son enfant sur le dos comme une serviette roulée ou coussin (ils peuvent entraver sa respiration) ;
  • avoir un lit adapté à l'âge de l'enfant. Pour les lits à barreaux, l'espace entre les barreaux doit être entre 4,5 cm et 6,5 cm selon les normes européennes ;
  • privilégier les matelas fermes et aux dimensions du lit ;
  • éviter les couettes, édredons, couvertures et oreillers et choisir une gigoteuse à la taille de l'enfant ;
  • placer tous les jouets et peluches hors du berceau ;
  • placer l’enfant seul dans son lit, dans la chambre parentale.

En effet, une étude américaine publiée en avril 2019 révélait que le co-sleeping était aussi un facteur de risque.

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