Additifs alimentaires : les pièges à éviter

Publié le 22 Mai 2017 à 10h40 par Rédaction E-sante.fr
Colorants, exhausteurs de goût, conservateurs, émulsifiants, édulcorants, les additifs se cachent dans la plupart des produits alimentaires de consommation courante. Or on peut considérer qu’un sur quatre présente des risques potentiels pour la santé, voire avérés pour certains. Pour aider les consommateurs à faire les meilleurs choix alimentaires, Anne-Laure Denans, docteur en pharmacie et spécialiste en nutrition, propose un guide pratique répertoriant 90 additifs alimentaires auxquels un code couleur a été attribué pour facilement identifier ceux à éviter.
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Quelles sont les grandes familles d’additifs alimentaires et à quoi servent-ils ?

Anne-Laure Denans : Certains additifs sont utilisés pour donner plus de couleurs, ce sont les colorants ; d’autres apportent plus de goût, plus de saveur, ce sont les exhausteurs de goût ; une meilleure texture avec les agents de texture et les émulsifiants qui permettent une meilleure homogénéité des mélanges huile/eau. Une autre grande famille d’additifs alimentaires est représentée par les conservateurs qui permettent d’allonger la durée de conservation des produits. Les antioxydants protègent de l’oxydation et évitent le goût rance des aliments. Et enfin les édulcorants apportent une saveur sucrée.

Comme leur nom l’indique, ils sont tous ajoutés pour toutes les fonctions évoquées ci-dessus. Ils n’ont aucun intérêt nutritionnel. Par ailleurs, plus il y a d’additifs dans un même produit, plus ce produit a été transformé, voire « ultra-transformé ». Et plus il a été transformé, moins il est bon pour la santé, entrainant des problèmes d’obésité, de diabète, d’hypertension artérielle. De plus, certains additifs peuvent entrainer des problèmes de santé spécifiques. C’est de cas par exemple de certains conservateurs qui ont été déclarés par le Centre international de la recherche contre le cancer comme potentiellement cancérogène pour l’homme. Pour d’autres additifs, ce sont majoritairement des expérimentations in vitro ou chez l’animal qui alimentent les fortes présomptions.

Additifs : en quoi peuvent-ils être dangereux ?

Anne-Laure Denans : On peut considérer qu’un additif alimentaire sur quatre pose potentiellement problème. Le dioxyde de titane ou E171 par exemple, un colorant employé dans de nombreuses confiseries, mais pas uniquement a fait l’objet d’une étude de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) sur des rats, montrant que les animaux qui en consomment développent des lésions précancéreuses au niveau de l’intestin. Ce dossier est actuellement réexaminé par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), mais sans attendre l’avis des autorités, deux confiseurs se sont déjà engagés à enlever cet additif de leurs produits. Ce retrait témoigne des présomptions sur cet additif et de l’impact des consommateurs sur les décisions des entreprises. En effet, un consommateur qui s’inquiète de la présence de cet E171 dans ses produits va logiquement en consommer moins, incitant les fabricants à ne plus l’utiliser.

Autre exemple, le glutamate ou E621, dont on parle de plus en plus en raison de suspicions de neurotoxicité chez des souris, qui entrainerait également des troubles de l’appétit et qui favoriserait l’obésité et l’intolérance au glucose. Il s’agit d’un exhausteur de goût employé justement pour stimuler l’appétit, que l’on trouve un peu partout, aussi bien dans des soupes toutes prêtes que dans des biscuits apéritifs, des plats préparés, des sauces. En raison de cette omniprésence dans l’alimentation, ça vaut le coup de lire les étiquettes afin d’éviter une bonne partie des produits qui en contiennent.

Le carboxyméthylcelullose ou E466 est un agent de texture également expérimenté chez l’animal, qui perturbe la flore intestinale. Cette dernière désigne les bactéries « amies » qui peuplent nos intestins et qui ont réellement un impact sur notre immunité. Chez des souris, l’exposition au carboxyméthylcelullose engendre des problèmes d’immunité et des maladies inflammatoires de l’intestin connues pour favoriser le développement du cancer colorectal.

Quels sont les pièges que le consommateur peut facilement éviter ?

Anne-Laure Denans : Je recommande aux consommateurs de recourir à des produits les plus bruts possible. Ensuite, de faire les meilleurs choix en connaissance de cause.

Les fabricants sont obligés de mentionner les additifs dans la liste des ingrédients. Ils sont contraints soit d’indiquer le code de chaque additif par la lettre « E » suivi de 3 chiffres, soit d’indiquer le nom chimique de la molécule, ce qui est plus perturbant pour les consommateurs (but parfois recherché, d’où l’intérêt de connaitre certains noms chimiques), mais encore aujourd’hui c’est le code E avec chiffres qui prédomine. En lisant attentivement les étiquettes, on peut ainsi essayer de choisir les produits qui contiennent le moins d’additifs (donc les moins transformés) et/ou ceux qui contiennent les moins mauvais pour la santé.

Notre guide, réalisé en collaboration avec le collectif lanutrition.fr, une équipe de journalistes scientifiques spécialisés dans ce domaine, est basé sur la science. Plus de 150 publications de différents journaux de renoms et d’instances européennes ont été examinées. Au total, sur les 338 additifs autorisés en Europe, 90 ont été identifiés et répertoriés dans ce guide, dont 1 sur 4 pourrait potentiellement poser problème pour la santé.

Nous avons voulu apporter une source fiable d’informations aux consommateurs et vulgariser les dossiers scientifiques pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Les données ont été simplifiées pour qu’en quelques secondes le lecteur puisse savoir si tel ou tel additif peut poser un problème pour sa santé, via un code couleur :

  • rouge : à éviter,
  • orange : à éviter dans certaines circonstances,
  • gris : douteux,
  • vert : sans problème mais à consommer avec modération, car si aucun problème n’a été répertorié ce n’est qu’en l’état actuel des connaissances.

Mais attention de ne pas tomber dans la psychose ! En effet, il faut bien comprendre que ce n’est pas parce qu’on consomme occasionnellement un additif à code rouge que l’on va avoir les problèmes de santé évoqués dans le guide, lesquels ont le plus souvent été déterminés à partir d’expérimentations sur l’animal. Il s’agit de respecter un principe de précaution par rapport à la consommation démesurée de ces additifs. Il n’y a pas des additifs partout et certaines entreprises font vraiment attention à choisir des additifs dénués de suspicions d’effets sur la santé. Ce sont leurs produits qu’il faut choisir en priorité.

Ma volonté n’est pas d’effrayer les gens qui consomment un produit avec additif, mais de les aider à éviter les expositions régulières. Il n’y a pas de problème à manger les bonbons de sa marque préférée même si elle contient un additif de code rouge si c’est de façon occasionnelle, mais c’est aussi une ouverture pour changer de marque ou changer ses habitudes grâce à une meilleure information.

Les produits bio contiennent-ils eux aussi des additifs ?

Anne-Laure Denans : Les produits bio ne sont pas totalement dénués d’additifs, mais ils en contiennent beaucoup moins et peu d’entre eux seraient potentiellement problématiques. Sur les 50 additifs autorisés dans les produits bio, seulement 7 pourraient potentiellement poser problème pour la santé. Il est donc ici plus facile et plus sain de manger bio…

À lire

Anne-Laure Denans et la Nutrition, Le Nouveau Guide des additifs. Ceux qui sont sûrs, ceux qui ne le sont pas, Editions Thierry Souccar.

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Source : Interview d’Anne-Laure Denans, docteur en pharmacie, spécialiste en nutrition et auteur du livre « Le Nouveau Guide des additifs » aux Editions Thierry Souccar.