Régime... avec ou sans sucre ? Le point de vue du Dr Dominique Boute, médecin nutritionniste

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mercredi 19 Février 2003 : 01h00
Mis à jour le Vendredi 01 Août 2014 : 09h50
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On est foutu, on mange trop ! En fait, on mange surtout très mal.

L'obésité gagne du terrain et on ne sait plus à quel type de régime se fier.

Dominique Boute, médecin-nutritionniste a accepté de répondre à nos questions pratiques.

A contre-courant d'une idée très répandue, vous plaidez en faveur du maintien du sucre dans le cadre des régimes amincissants. Quels sont vos arguments docteur Boute ?

La nutrition a toujours fait l'objet d'un grand nombre d'idées reçues, chacun y allant de sa méthode ou de son "truc" pour maigrir. Les recommandations nutritionnelles actuelles, pour équilibrer son alimentation ou pour perdre du poids, visent avant tout à contrôler les apports en graisses (30% à 35% des apports énergétiques) et à privilégier les apports glucidiques (50 à 55% de l'apport énergétique).

Une des premières remarques des personnes venant me voir en consultation pour perdre du poids est de surtout me rassurer en me disant : "Docteur, j'ai déjà supprimé le sucre." Cette idée ne résout en aucun cas leur problème de poids car dans notre mode d'alimentation actuel, c'est l'alimentation de forte densité énergétique qui conduit le plus à la prise de poids.

Les aliments de forte densité énergétique sont avant tout ceux qui contiennent des graisses (1 gr de graisses apportent 9 kcal tandis qu'1 gr de sucres apportent 4 kcal). Avec des aliments de forte densité énergétique, on peut avoir l'impression de ne pas manger beaucoup en volume mais de finalement manger riche en calories. Le problème concerne les corps gras mais surtout les aliments gras.

Parmi ces derniers, on peut effectivement trouver des aliments gras et sucrés comme des cookies, biscuits au chocolat, etc. Le sucre n'est pas indispensable au plan nutritionnel mais il n'y a aucune raison à le supprimer car il procure un plaisir nous permettant de plus facilement consommer les laitages ou les fruits (en particulier chez les enfants).

Bref, le sucre peut nous aider à mieux diversifier notre alimentation ce qui est une étape importante pour réduire la densité énergétique et gagner en vitamines, fibres, minéraux et oligoéléments. Il peut nous aider à réduire notre apport calorique, en remplaçant par exemple le matin au petit-déjeuner le beurre ou la margarine par du miel ou de la confiture.

Dernier point, si le fait de garder le sucre nous permet aussi de ne pas avoir l'impression d' "être au régime", nous pouvons beaucoup y gagner.

Pour nombre d'entre nous, régime minceur, ou parfois simplement maîtrise pondérale, rime avec restrictions. Etes-vous en accord avec cette méthode docteur Boute ?

Le mot régime signifie "action de diriger" ce qui est un élément de base pour maîtriser ou perdre du poids. Or, il est devenu avec la mode "minceur" synonyme de restriction.

La restriction est le meilleur moyen d'entrer dans le cercle vicieux du yoyo ou des fluctuations pondérales. Je me restreins, je craque, je me culpabilise d'avoir craqué et finalement abandonne tout : on perd du poids et on en reprend parfois plus.

L'autre point est que la restriction conduit souvent à une hypersensibilité au stimulus alimentaire ce qui signifie que l'on a plus de mal à résister à la vue, à l'odeur et à la pensée de l'aliment. Certaines personnes en sentiment de restriction peuvent avoir des réactions paradoxales vis-à-vis des aliments, certaines mêmes se mettant à avoir envie d'aliments qu'elles n'aiment pas particulièrement.

Un dernier point me paraît important : si certaines personnes sont en réelle restriction calorique, d'autres sont en restriction cognitive c'est-à-dire ont l'impression permanente de se restreindre sans forcément réduire leur apport énergétique, conduisant à ce paradoxe : "je me restreins et pourtant ne perds pas de poids voire j'en prends"...

Ce qui me paraît important est ne pas avoir peur des aliments. Avec des aliments de plus faible densité énergétique, on peut MANGER (c'est-à-dire avoir un bon volume d'aliments dans son assiette, ce qui signifie ne pas se restreindre mais diversifier son alimentation pour mieux contrôler son apport énergétique), afin de garder un sentiment de rassasiement et de satiété.

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mercredi 19 Février 2003 : 01h00
Mis à jour le Vendredi 01 Août 2014 : 09h50
Source : Merci au docteur Dominique Boute, médecin nutritionniste.
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