Mort subite : n’ayez pas peur du défibrillateur !

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Mercredi 18 Mai 2016 : 13h10
Mis à jour le Mardi 24 Mai 2016 : 15h13

Le débat est tranché : suite à un arrêt cardiaque, la réanimation précoce par massage et défibrillation cardiaque sauve des vies. Avec les années, de plus en plus de personnes se forment aux gestes qui sauvent afin d’intervenir avant même l’arrivée des secours, augmentant ainsi considérablement les chances de survie en cas de "mort subite". Deux problèmes : les défibrillateurs automatiques externes ne sont pas judicieusement disposés en France et encore trop peu de personnes osent s’en servir. Conseils pratiques.

Le défibrillateur externe double les chances de survie en cas de mort subite

Chaque année, entre 40 000 et 50 000 personnes décèdent d’un arrêt cardiaque inopiné (ou mort subite) liée à un trouble du rythme cardiaque appelé fibrillation ventriculaire. C’est dix fois plus que les accidents de la route. En Ile-de France (Paris et Petite couronne) par exemple, 3 500 personnes en sont victimes chaque année : 450 seulement bénéficieront d’une prise en charge médicalisée et 150 survivront.

En France, le taux de survie stagne aux alentours de 5%. Le défibrillateur automatisé externe (DAE) est autorisé en France dans les lieux publics depuis 2007 seulement. L'application d'un courant électrique pour que le cœur batte efficacement de nouveau (défibrillation) au cours des toutes premières minutes suivant l'arrêt permet une survie de la personne dans 85% des cas voire plus, contre 3 à 5 % si l'on ne fait rien**.

Les décideurs politiques ne sont pas encore sensibilisés à la mort subite de l’adulte.

Pourtant, la preuve de l’efficacité de la défibrillation précoce, sans attendre l’arrivée des secours n’est plus à faire : toute minute de perdue pour défibriller représente 10% de chance de survie en moins. L’analyse de la répartition sur le territoire japonais du défibrillateur cardiaque a mis un point final à la question de leur utilité : les témoins d’un arrêt cardiaque administrent plus souvent les chocs (défibrillation) avec un DAE avec une nette augmentation de la survie à un mois et avec des séquelles neurologiques minimes (survie de 14,4% contre 31,6% lorsqu’il y a une défibrillation précoce) (1).

Dr François Braun, président du Samu-Urgences de France : « Le massage cardiaque et la défibrillation précoce sont les leviers majeurs pour améliorer les chances de survie après un arrêt cardiaque, avec un taux de survie plus que doublé à 30 jours (2). Néanmoins, les Français hésitent à intervenir, de peur d'une erreur de manipulation, lequel est inexistant. Aujourd’hui, il faudrait plutôt s’interroger sur les conséquences d’une non-utilisation d’un DAE en cas d’arrêt cardiaque sous nos yeux alors même qu’un DAE se trouve à portée de main ! ».

Des défibrillateurs efficaces, mais insuffisamment utilisés

En France, la survie après un arrêt cardiaque au cours d’une activité sportive est extrêmement hétérogène sur le territoire, allant de moins de 10 % à 40 % (3). Il s’avère que le nombre de défibrillateurs automatisés externes disponibles est très clairement lié à une meilleure survie.

Pr Xavier Jouven, cardiologue à l’Hôpital George Pompidou (Paris),responsable du Centre d’Expertise Mort Subite (Inserm, Université Paris-Descartes, Paris) : « L’autre explication à ces disparités géographiques vis-à-vis de la survie après une mort subite est que les campagnes régionales de formation aux gestes qui sauvent sont aussi plus efficaces que les campagnes nationales. Malgré tout, y compris dans les départements où la survie après une mort subite est la plus élevée, le taux d’utilisation du défibrillateur automatique externe reste faible. Les Suédois ont testé l’utilisation des téléphones portables pour géolocaliser les "bon samaritains" formés à l’utilisation des défibrillateurs : en effet, avec ce système, les DAE sont plus souvent utilisés (4) ».

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Mercredi 18 Mai 2016 : 13h10
Mis à jour le Mardi 24 Mai 2016 : 15h13
Source : *Resuscitation 95 (2015) 1–80 ; **www.cfrc.fr/defibrillation.php
(1) N Engl J Med 2010; 362:994-1004 ; (2) N Engl J Med 2015; 372:2307-2315 ; (3) Marijon E. et al. Eur Heart J 2013 ; (4) N Engl J Med 2015; 372:2316-2325 ; (5) Circulation AHA 114.010198
D’après des interviews avec le Dr François Braun, président du Samu-Urgences de France et le Pr Xavier Jouven, cardiologue à l’Hôpital George Pompidou (Paris) et responsable du Centre d’expertise de la Mort Subite de l’adulte (Paris).
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