Hypersensibilité au gluten : une vraie maladie

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Lundi 06 Février 2017 : 11h49
Mis à jour le Mercredi 08 Février 2017 : 11h54
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Bannir le gluten de son alimentation est devenu à la mode. Pourtant, cette protéine du blé n’est pas dangereuse, sauf pour les personnes qui souffrent de maladie cœliaque ou d’allergie au blé. Pourtant, chez d’autres, supprimer le gluten soulage considérablement leurs symptômes d’intestin irritable. Depuis quelques années à peine, leur trouble est enfin reconnu : il s’agit de l’hypersensibilité au gluten. Les scientifiques commencent à y voir plus clair.

Gluten : il n’y a pas que la maladie cœliaque

Le gluten est le terme générique désignant les protéines des céréales (blé, orge, seigle avoine). De nombreuses personnes excluent toute trace de gluten de leur alimentation et disent s’en porter mieux. Or toutes ne sont pas, loin de là, d’authentiques malades cœliaques. Une petite frange d’entre-elles seraient plutôt « hypersensibles au gluten », une nouvelle entité physiopathologique. Les contours de cette « intolérance au gluten non cœliaque » décrite en 2009 pour la première fois se dessinent, même si de nombreuses zones d’ombre demeurent.

Du côté des mécanismes, l’inflammation de la muqueuse intestinale, une perméabilité intestinale accrue ou une perturbation de la composition du microbiote intestinal seraient impliqués.

« Hypersensibilité au gluten », une définition encore vague

La définition de l’hypersensibilité au gluten date de 2015 : il s’agit d’une « entité clinique au cours de laquelle l’ingestion de gluten entraîne des symptômes digestifs ou extra-digestifs qui régressent sous régime sans gluten ».

De façon approximative, entre 0,5% et 6% de la population seraient concernés, les études sont en cours. Rare chez l’enfant, elle touche essentiellement les jeunes femmes (cinq femmes pour un homme) aux alentours de la quarantaine.

Pour l’instant, aucun marqueur sanguin n’a été mis au point pour identifier à coup sûr la maladie. C’est pourquoi l’hypersensibilité au gluten n’est envisagée seulement qu’après avoir écarté une maladie cœliaque et une allergie au blé. Lorsque celles-ci sont exclues, la démarche est alors de tester un régime sans gluten pendant six semaines.

Pr Frank Zerbib, du service d’Hépato-gastro-entérologie et oncologie digestive (CHU Bordeaux) : « Si la réponse à l’éviction totale du gluten est complète, alors l’hypersensibilité au gluten est fortement probable, en particulier en cas de récidive lors de la réintroduction de doses minimes de gluten. En revanche, si l’amélioration n’est que partielle, sur certains symptômes comme les ballonnements ou les douleurs, et que la consommation de faibles doses d’aliments contenant du gluten est possible, une intolérance aux sucres qui fermentent dans l’intestin (FODMAPs) est bien plus plausible ».

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Lundi 06 Février 2017 : 11h49
Mis à jour le Mercredi 08 Février 2017 : 11h54
Source : D’après l’intervention du Dr Corinne Bouteloup, gastro-entérologue-nutritionniste (CHU Estaing Clermont-Ferrand) lors de la session « Hypersensibilité au gluten » des Journées Francophones de Nutrition (30 novembre 02 décembre 2016, Montpellier) et un entretien avec le Pr Frank Zerbib, du service d’Hépato-gastro-entérologie et oncologie digestive (CHU Bordeaux).
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