Pourquoi le corps gratte pendant la grossesse ?
Publié le 23 Janvier 2019 à 9h01 par Dr Anne-Christine Della Valle, médecin généraliste

Comment les démangeaisons se manifestent-elles au cours de la grossesse ?

Les démangeaisons, ou prurit, au cours de la grossesse correspondent à un phénomène très fréquent puisque près de 40% des femmes enceintes en souffrent mais ce symptôme est, la plupart du temps, totalement bénin. Le prurit peut survenir à n’importe quel stade la grossesse, de manière continuelle ou intermittente. Il touche principalement le ventre, les cuisses et les bras mais peuvent s’étendre à la totalité du corps. Il peut aller de simples picotements à des sensations de démangeaison intenses. Celles-ci s’intensifient généralement la nuit, ce qui aggrave les troubles du sommeil déjà souvent présents au cours de la grossesse. Normalement, le prurit de la grossesse ne s’accompagne pas de lésions cutanées, en dehors des lésions de grattage lorsque celui-ci est intense. On peut tout au plus observer des vergetures.

Comment expliquer les démangeaisons au cours de la grossesse ?

Au cours de la grossesse, d’importants bouleversements hormonaux ont lieu et ils se manifestent par différents "petits symptômes" plus ou moins gênants. Sur le plan dermatologique, les changements hormonaux provoquent une sécheresse cutanée. Le taux d’oestrogènes élevé modifie l’aspect de la peau, qui devient plus sèche. C’est cette sécheresse qui entraine les démangeaisons de la grossesse et qui est à l’origine de l’apparition des vergetures, sur les zones où la peau est étirée (seins, ventre, fesses).

D’autre part la peau du ventre et des membres est déjà naturellement plus sèche donc ce sont ces zones qui vont démanger davantage. Puis, en fonction du type de peau, le prurit sera plus ou moins intense. Si dans la majorité des cas, les démangeaisons sont bénignes et réversibles, elles peuvent avoir parfois une origine pathologique, non liée aux bouleversements hormonaux.

Quelles sont les causes pathologiques des démangeaisons au cours de la grossesse ?

Lorsque les démangeaisons sont isolées et liées seulement à la sécheresse cutanée, aucun examen complémentaire n’est nécessaire. Cependant, si d’autres signes tels que l’apparition d’un ictère (ou jaunisse) ou encore la localisation préférentielle des démangeaisons aux mains ou aux pieds accompagnent le prurit, il est indispensable de rechercher une cholestase gravidique. Il s’agit d’un dysfonctionnement du foie et de la vésicule, survenant au cours du troisième trimestre de grossesse. Les sels biliaires ne sont plus éliminés et s’accumulent sous la peau, ce qui provoque un prurit. On observe également une décoloration des selles et des urines foncées. Cette cholestase est sans danger pour la future maman et disparait spontanément après l’accouchement mais elle peut entrainer des complications pour le bébé. C’est pourquoi, au moindre doute, un bilan biologique doit être fait pour établir le diagnostic et traiter cette cholestase.

Enfin, des allergies peuvent également provoquer des démangeaisons pendant la grossesse, mais elles sont habituellement accompagnées de lésions cutanées telles qu’un urticaire ou un eczéma.

Comment lutter contre les démangeaisons au cours de la grossesse ?

Le prurit de la grossesse lié à une sécheresse cutanée ne nécessite aucun traitement médicamenteux. Une bonne hydratation de la peau est généralement suffisante et si besoin, on peut y associer une crème apaisante.

Porter les ongles courts permet d’éviter les lésions de grattage. L’hydratation est la meilleure prévention contre les vergetures. Le port de vêtements amples en coton et l’utilisation d’un savon doux peuvent limiter les sensations de picotements. Ces démangeaisons disparaissent immédiatement après l’accouchement.

En cas de cholestase gravidique, un traitement médicamenteux est nécessaire pour éliminer les sels biliaires. Une prise de sang par semaine est recommandée, jusqu’à l’accouchement pour vérifier l’efficacité du traitement. Enfin, des monotorings (enregistrements du rythme cardiaque du bébé) plus fréquents sont nécessaires pour s’assurer de l’absence de souffrance fœtale. Si le traitement médicamenteux est insuffisant, il peut être nécessaire de déclencher l’accouchement, si le terme est proche, pour éviter les complications foetales.

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