Les nouvelles applications de l'hypnose en chirurgie

Publié le 04 Mai 2001 à 2h00 par Dr Renaud Guichard, chirurgien
Les 24 et 25 mars 2001 a eu lieu à Saint-Malo le deuxième séminaire national sur l'hypnose médicale. De nombreux anesthésistes-réanimateurs, mais également des chirurgiens et des chirurgiens dentistes étaient présents. Depuis maintenant quelques années, les techniques d'hypnose se développent en complément ou en remplacement de l'anesthésie classique, y compris l'anesthésie générale. A l'hôpital de Liège, plus de 2.000 interventions ont déjà été pratiquées avec succès sous hypnose, sous l'impulsion du docteur Elizabeth Faymonville, et en France, elle est de plus en plus utilisée, notamment au CHU de Rennes pour la chirurgie pédiatrique.
Cet article vous a intéressé ?

Recevez encore plus d'infos santé, en vous abonnant à la quotidienne de E-sante.

Votre adresse mail est collectée par E-sante.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.

Une technique comme une autre

Les techniques d'hypnose sont connues depuis plus d'un siècle. On se souvient que Charcot l'utilisait pour soigner l'hystérie. Elle s'est peu développée en médecine au vingtième siècle, où son image était plutôt négative, sur fond de charlatanisme et de spectacle de music-hall. Depuis les travaux d'un psychiatre américain, le docteur Erickson, se sont développées des techniques essentiellement verbales d'hypnose, ou plutôt d' « autohypnose », permettant au patient de se déconnecter volontairement de son environnement en créant en imagination un monde virtuel, les aller-retour entre ce monde imaginaire et le réel étant possibles en permanence. L'anesthésiste ou l'hypnothérapeute sont là pour guider le patient, lui "tenir la main" en quelque sorte. On voit bien quelles peuvent en être les applications lorsqu'il est possible de se déconnecter des influx douloureux: anesthésie, douleur aiguë, douleur chronique.

Comment ça fonctionne ?

Sur le plan de la recherche fondamentale, on commence à comprendre les mécanismes de blocage de la douleur lors de l'hypnose. Dores et déjà, on sait que les endorphines ne sont pas principalement en cause mais plutôt d'autres voies neurologiques qui permettent de bloquer la circulation de l'influx douloureux avant qu'il n'atteigne le cerveau. On sait aussi que les taux d'hormones de la douleur (kinines) sont diminués sans en comprendre complètement le mécanisme. A Liège, des études sont menées sur l'activité du cerveau lors de l'hypnose à l'aide de caméras à émission de positrons, permettant de voir quelles sont les zones du cerveau concernées.Sur un plan plus pratique, une anesthésie sous hypnose se fait grâce à une relation essentiellement verbale entre l'opéré et l'anesthésiste qui est présent durant toute la durée de l'intervention. L'anesthésiste utilise différentes techniques verbales permettant au patient de se créer un univers virtuel agréable. Il n'y a pas de barrière étanche avec le monde réel, si bien que certaines stimulations du monde réel, auditives par exemple comme les bruits de la salle d'opération, peuvent être intégrées sans problème par le patient, qui est tout à fait conscient d'être sous hypnose. Toutefois, le vécu de l'intervention se fera sans aucune angoisse, avec une distorsion du temps qui fait que l'intervention semblera n'avoir duré que quelques minutes alors qu'elle pourra avoir duré plusieurs heures. Si nécessaire, une anesthésie locale complémentaire est faite par le chirurgien. Les avantages sont évidents puisque si l'on peut éviter une anesthésie générale, on en évite aussi les risques et de plus, les phénomènes douloureux sont également diminués après l'intervention.

Les développements actuels de la technique

Le regain actuel d'intérêt pour les techniques d'hypnose doit beaucoup aux travaux des équipes belges. A Liège, plus de 2.000 interventions ont été pratiquées de cette façon, avec 1% d'obligations à revenir à une anesthésie classique en cours d'intervention, dont: chirurgie de la thyroïde, chirurgie plastique, chirurgie ORL. En France les chirurgiens plasticiens commencent à l'utiliser. A Rennes, qui est un peu l'université "leader" dans ce domaine, l'hypnose est utilisée en chirurgie pédiatrique et pour la prise en charge SAMU des accidentés de la route (afin de diminuer les douleurs lors du transport). L'hypnose est également pratiquée dans certains services de brûlés, lors des pansements. Certaines interventions abdominales sont aussi effectuées sous hypnose, comme la ligature des trompes et l'ablation de la vésicule biliaire (mais cette expérience est encore géographiquement limitée). Dans le Maine-et-Loire, un dentiste l'utilise depuis 15 ans avec succès, notamment chez les enfants qui se laissent arracher les dents sans douleur (et sans anesthésie locale) et dans la bonne humeur.

Que faut-il en penser ?

L'hypnose est à considérer comme une technique dont les avantages sont très prometteurs en matière de traitement de la douleur et d'anesthésie, mais qui nécessite une collaboration du patient. Son développement actuel doit être assuré essentiellement par le milieu médical et universitaire de façon rigoureuse, progressive et contrôlée. Ce n'est que de cette façon que cette technique pourra prendre sa place dans l'arsenal thérapeutique parmi les autres techniques.