Méningiome : après 12 ans sous Cerazette, Sophie raconte son parcours
À 54 ans, Sophie vit en Normandie, entre Rouen et Le Havre. Lorsqu’elle commence à prendre Cerazette en 2011, cette contraception répond à une nécessité médicale précise. Douze ans plus tard, elle doit être opérée d’une tumeur cérébrale de plus de cinq centimètres. Ce n’est qu’en 2026 qu’elle découvre l’existence d’une association entre l’utilisation prolongée du désogestrel et certains méningiomes.
Son témoignage intervient au moment où les autorités sanitaires renforcent l’information délivrée aux femmes utilisant Cerazette, Optimizette, Antigone, Elfasette ou leurs équivalents génériques.
Une contraception prescrite après un cancer de la thyroïde
Sophie n’avait jamais pris la pilule avant l’âge de 40 ans. Entre 2001 et 2005, elle avait suivi un parcours de procréation médicalement assistée, qui avait abouti à la naissance de son fils par fécondation in vitro en 2006.
Son histoire médicale prend un autre tournant en 2011, lorsqu’un cancer de la thyroïde lui est diagnostiqué. Le traitement par iode radioactif impose alors d’éviter strictement toute grossesse. Son médecin lui prescrit Cerazette, une pilule microprogestative contenant 75 microgrammes de désogestrel.
Prévue initialement pour quelques années, cette contraception restera finalement dans son quotidien pendant douze ans. À l’époque, le lien entre le désogestrel et le méningiome n’est pas encore clairement établi dans les recommandations officielles.
En 2023, une tumeur de plus de cinq centimètres
En 2023, Sophie doit subir une opération pour retirer un méningiome dépassant cinq centimètres. Cette tumeur se développe à partir des méninges, les membranes qui entourent le cerveau. La plupart des méningiomes évoluent lentement et ne sont pas cancéreux, mais leur taille et leur localisation peuvent comprimer les structures cérébrales et provoquer des troubles importants.
Selon son témoignage recueilli par Le Figaro Santé, Sophie n’apprend que trois ans après son intervention que sa contraception a pu favoriser la croissance de la tumeur, une action qu’elle compare à celle d’un « engrais ».
Son exposition prolongée correspond effectivement au profil dans lequel le risque statistique augmente. Cela ne permet toutefois pas d’affirmer que Cerazette constitue l’unique cause de son méningiome : à l’échelle individuelle, ce lien de causalité demeure impossible à établir avec certitude.
Un risque très rare, mais plus élevé après cinq ans
L’étude française Epi-Phare a comparé 8 391 femmes opérées d’un méningiome entre 2020 et 2023 à près de 84 000 femmes témoins. Les chercheurs ont identifié une faible augmentation du risque chez les utilisatrices actuelles et prolongées de désogestrel.
À l’échelle de la population, les estimations correspondent à :
- Un méningiome opéré supplémentaire pour environ 67 300 utilisatrices ;
- Un cas supplémentaire pour environ 17 300 femmes après plus de cinq ans d’utilisation ;
- Un risque qui augmente encore au-delà de sept années de traitement ;
- Une association principalement observée chez les femmes de plus de 45 ans.
L’étude n’a pas détecté d’excès de méningiomes opérés un an après l’arrêt du désogestrel. Ce résultat statistique ne signifie cependant pas qu’une tumeur déjà présente disparaît automatiquement : chaque situation nécessite un suivi médical individualisé. Les résultats complets sont disponibles auprès d’Epi-Phare.
Pourquoi 1,6 million de femmes sont-elles informées ?
En septembre 2026, une information est adressée aux 1,6 million de femmes majeures ayant bénéficié d’au moins une délivrance remboursée de désogestrel 75 µg au cours des douze derniers mois.
Cette campagne fait suite aux conclusions de l’Agence européenne des médicaments. En juillet 2026, son comité de pharmacovigilance a reconnu une faible augmentation du risque de méningiome lors d’une utilisation actuelle et prolongée du désogestrel ou de l’étonogestrel. Les notices des médicaments concernés doivent désormais mentionner ce risque. L’EMA souligne néanmoins que sa probabilité globale reste très faible.
L’objectif du courrier n’est donc pas de provoquer un arrêt généralisé de la contraception, mais de permettre aux patientes de prendre une décision éclairée avec leur médecin ou leur sage-femme.
Les symptômes qui doivent conduire à consulter
Un méningiome peut évoluer longtemps sans manifestation particulière. Certains signes neurologiques doivent néanmoins conduire à demander rapidement un avis médical :
- Des maux de tête inhabituels ou persistants ;
- Une baisse de la vision ou une vision double ;
- Une perte d’audition ou des acouphènes persistants ;
- Une diminution ou une perte de l’odorat ;
- Des troubles de la mémoire ;
- Une faiblesse inhabituelle d’un bras ou d’une jambe ;
- Une première crise convulsive.
La prise de désogestrel ne justifie pas, à elle seule, une IRM systématique chez toutes les utilisatrices sans symptôme. Le médecin apprécie la nécessité d’un examen selon la durée d’exposition, les antécédents hormonaux et les manifestations observées.
Faut-il arrêter immédiatement sa pilule ?
En l’absence de méningiome diagnostiqué, il ne faut pas interrompre sa contraception sans solution de remplacement. Un arrêt non préparé expose principalement à une grossesse non désirée. Un rendez-vous avec le prescripteur permet de réévaluer le traitement, notamment après cinq ans d’utilisation ou à partir de 45 ans.
En revanche, le désogestrel et l’étonogestrel sont désormais contre-indiqués chez les femmes ayant actuellement, ou ayant déjà eu, un méningiome. Lorsqu’une tumeur est diagnostiquée, le traitement doit être interrompu et remplacé rapidement sous contrôle médical.
Le parcours de Sophie ne signifie pas que toutes les utilisatrices développeront une tumeur. Il rappelle surtout l’importance de réexaminer régulièrement une contraception prescrite depuis plusieurs années et de transmettre aux patientes une information actualisée, compréhensible et complète.
Sources
- Le Figaro Santé — « Opérée d’un méningiome, Sophie alerte sur les risques de sa pilule », 11 septembre 2026
- EPI-PHARE et ANSM — Rapport sur la contraception orale progestative et le risque de méningiome
- The BMJ — Étude nationale sur le désogestrel, le lévonorgestrel et le risque de méningiome, juin 2025
- Agence européenne des médicaments — Nouvelles mesures concernant le désogestrel et l’étonogestrel, juillet 2026
- Agence européenne des médicaments — Information destinée aux professionnels de santé, août 2026