Les chutes : ces grands chocs !

Publié le 12 Février 2001 à 1h00 par Dr Stéphanie Lehmann, gérontologue
En France, près de 10.000 personnes de plus de 65 ans décèdent à la suite d'une chute, ce qui est un chiffre comparable à celui des accidents de la route. Un tiers des personnes âgées de plus de 65 ans et la moitié personnes âgées de plus de 85 ans, font une ou plusieurs chutes par an… On peut voir ces informations comme des statistiques, mais il faut les comprendre comme un facteur d'entrée dans la dépendance, puisque 40% des patients hospitalisés pour une chute seront ensuite orientés vers une institution.
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La chute n'est pas un événement normal, même pour une personne âgée

Elle est souvent provoquée par la combinaison de plusieurs facteurs, qui sont autant de pistes de prévention.

Les facteurs liés à la personne : trouble de l'équilibre, de la marche, diminution de la force musculaire, troubles de la vision, altération des fonctions cérébrales, troubles du sommeil, situation de stress et d'isolement, prise de certains médicaments (surtout les tranquillisants et les antihypertenseurs), etc., mais aussi toute situation relevant d'une maladie, en particulier cardiovasculaire et neurologique.

Les facteurs liés à l'environnement de la personne : planchers inégaux, tapis usés aux coins retournés, objets qui traînent, sols glissants ou humides (salle de bains), animaux domestiques, mauvais éclairage, etc.

Il va de soi que lorsqu'on multiplie les risques, comme un trouble de l'équilibre (inhérent au vieillissement), un mauvais éclairage et des troubles visuels, il tient du miracle qu'il n'y ait pas d'accident !

Que faire quand on a chuté pour la première fois ?

Le risque absolu est de banaliser, ou de minimiser un événement que l'on considère sans signification.

Plus que jamais, il faut en parler à son médecin, parce que la chute n'est pas un diagnostic, mais un symptôme. Le praticien se renseignera longuement sur les circonstances, les facteurs déclenchants, sur la survenue ou non de vertiges, sur le type de médicament utilisé, etc.

Il procèdera ensuite à un examen physique : mesure de la pression artérielle et du pouls en position couchée puis debout, auscultation cardiaque, examen neurologique complet, et parfois une prise de sang.

Ce n'est que lorsqu'il y a récidive de chutes sans cause retrouvé, qu'il faut pousser le bilan.

Quand la perte d'autonomie est progressive, l'hospitalisation s'impose.

Les conséquences des chutes ne sont pas négligeables et sont de plusieurs types

Traumatiques : allant du simple hématome à la fracture. Cette complication est relativement rare et ne survient que dans 6 à 8% des chutes.

Psychologiques : ce n'est pas rien pour une personne âgée que de tomber ; elle se rend compte qu'elle est fragile et il peut alors naître un véritable sentiment d'insécurité, une perte de confiance en soi. La pérennisation de ce phénomène entraîne peu à peu une démotivation, un repli sur soi, une baisse des activités. Pour l'entourage, il faut veiller à ne pas aggraver une perte d'autonomie, en surprotégeant le proche qui l'inquiète.

Psychomotrices : appelées "le syndrome post chute". C'est une des conséquences les plus fréquentes et les plus graves de la chute. En l'absence de prise en charge immédiate, on peut aboutir à la perte totale de la marche (les sujets cherchent à s'agripper au mobilier et sont incapables de marcher sans aide) et parfois, même la station debout est impossible. Le syndrome post chute est un vrai risque pour l'avenir du malade, car dans 40% des cas, il aboutit à une hospitalisation de longue durée, ou au décès.

Comment prévenir les chutes : 10 conseils pour échapper à l'accident

1. Évitez d'encombrer les lieux de passage par des petits meubles, plantes ou autres objets, sur lesquels on bute forcément en se dépêchant de répondre au téléphone, ou d'ouvrir la porte…

2. Fixez tous les fils électriques qui traînent (au mur ou dans des ranges fils), sans oublier ceux de la télé, du lampadaire, du téléphone, et même "là-bas, dans le coin" !

3. La moquette est le revêtement de sol qui est le moins dangereux. Si vous le pouvez, faites-la installer dans la salle de bain pour ne plus glisser sur le sol mouillé. Si votre intérieur est pourvu de parquet, lino, carrelage que vous estimez glissants, recouvrez-les de tapis antidérapants fixés au sol par des rouleaux adhésifs. Il existe aussi des modèles adaptés aux fonds de baignoires ou de douches pour la salle de bain. Vérifiez les tapis les uns après les autres : ils ne doivent pas faire de plis et aucun coin ne doit se relever.

4. Disposez des barres d'appuidans tous les endroits un peu critiques : le long de quelques marches lorsqu'il n'y a pas de rampes, au-dessus de la baignoire, à côté des toilettes…

5. Si vous utilisez une canne pour sortir, servez-vous en également chez vous. Un bon équilibre est à ce prix.

6. Attention aux affaires placées en hauteur : préférez un rangement accessible et… ne grimpez plus sur une chaise pour faire les vitres ou du bricolage ! (un escabeau de deux ou trois marches est plus stable). Mais surtout, attendez la présence d'une autre personne pour ce genre de tâche.

7. Utilisez un bon éclairage : les plafonniers ne suffisent pas toujours à éviter les zones d'ombre, alors multipliez les éclairages indirects.

8. Dans votre jardin, évitez les obstacles (plantes rampantes, tuyau d'arrosage, dalles mal posées) et quand l'échelle est nécessaire ne l'utilisez jamais seul.

9. Choisissez des chaussons et des chaussures bien adaptés à vos pieds : le mieux est de choisir des modèles de bonne pointure (pas trop grande) qui englobent le talon.

10. Et surtout, apprenez à vous relever : le faire avant d'être tombé rassure et donne confiance en soi. Vous pouvez apprendre en groupe (gymnastique volontaire ou ateliers équilibre, dont les coordonnées sont connues de votre Caisse Primaire d'Assurance Maladie) ou avec un proche. Le but est d'arriver à se tourner sur le ventre, puis de passer à quatre pattes pour se déplacer jusqu'à un appui stable avant de se hisser debout.

Après la première chute, il est essentiel de prévenir une récidive

Elle pourrait avoir une conséquence désastreuse. Cette prévention est fonction de la bonne évaluation de l'ensemble des problèmes. En effet, selon une étude sur ce sujet, une évaluation complète diminue le risque de chute.

Sur le plan social, il est important de garantir l'intervention d'un proche et de mettre un système de surveillance au point (visites fréquentes, système de sonnettes d'appel ou de téléalarme). Le but est d'éviter à la personne tombée qui ne peut se relever de longues heures d'attente au sol, ce qui arrive encore trop souvent et est absolument dramatique…

Ainsi la chute de la personne âgée est un phénomène grave, mais pas une fatalité !

Le maintien d'un bon état général (activités quotidiennes, bonne alimentation), l'identification des problèmes spécifiques et une attention régulière aux facteurs environnants sont les garants d'un vieillissement moins risqué, donc plus facile au quotidien.

Source : Close J., Ellis M., Hooper R. et al., Prevention of falls in the elderly trial : a randomised controlled trial. Lancet 353 (9147) : 93-7, 1999. O'LOUGHLIN JL. et al., Incidence of and risk factors for falls and injurius falls among the community-dwelling elderly. Am. J. Epidemiol, 137 : 342-354, 1993. LESTOURNELLE A., La chute de la personne âgée : quelle prévention ? IGD Revue de l'UDIAGE et des CODERPA de l'Isère et de la Loire, 25 : 5, 1999.