Chirurgie du vagin, des lèvres, de l'hymen : mode d'emploi

Publié le 31 Juillet 2019 à 17h04 par Dorothée Duchemin, journaliste santé
Il existe plusieurs chirurgies du vagin esthétiques et réparatrices, notamment en cas de béance vaginale. Mais les autres parties génitales de la femme peuvent aussi faire l’objet d’interventions intimes : atrophie des petites lèvres, hypertrophie des grandes lèvres… On fait le point sur ces techniques avec Benjamin Sarfati, chirurgien plasticien à Paris.
© Istock

La chirurgie intime chez la femme connaît un vif succès ces dernières années. En nette hausse dans le monde, le rajeunissement vaginal a connu la plus importante progression du nombre d’interventions par rapport à 2016, avec une croissance de 23% en 2017, selon un rapport de l’Isaps, la société internationale de chirurgie plastique. Esthétiques, réparatrices, reconstructrices, les chirurgies du vagin sont multiples. 

Les opérations génitales esthétiques

La vaginoplastie : pour rajeunir son vagin

La vaginoplastie vise à rajeunir un vagin parfois endommagé par une ou plusieurs grossesses. Le périnée peut être mis à rude épreuve et nécessiter une intervention pour contrer son relâchement. Béance vaginale, perte de sensation lors des rapports, perte de liquide après un bain, pets vaginaux… Cette distension des muscles périnéaux peut rapidement devenir difficile à supporter. 

La vaginoplastie permet de retendre les muscles du vagin et d’en resserrer l’orifice.  L’objectif de cette opération est de retrouver des sensations lors des rapports sexuels. 

Lors de l’intervention, le chirurgien procède à une réduction de la muqueuse vaginale qui permet d’en réduire le diamètre. L’opération n’est pas prise en charge par la Sécurité sociale, sauf dans des cas exceptionnels, et nécessite une anesthésie générale. 

La nymphoplastie : pour retrouver de petites lèvres

La nymphoplastie est une chirurgie de réduction des petites lèvres lorsque celles-ci sont hypertrophiées. Les petites lèvres peuvent alors être à l’origine de complexes. Outre la gêne esthétique, des petites lèvres hypertrophiées peuvent être handicapantes pour la marche à pied et même être douloureuses lors de rapports sexuels ou lors de la pratique d'un sport comme le vélo ou la course à pied. Dans ces cas, l’intervention est prise en charge par la Sécurité sociale. 

La chirurgie de réduction des petites lèvres hypertrophiées consiste en une résection de la muqueuse à ce niveau. Celle-ci n’aura aucun impact fonctionnel sur la qualité des rapports sexuels. 

L’augmentation des grandes lèvres

Elle s’adresse aux femmes qui souffrent d’une atrophie des grandes lèvres. Le chirurgien prélève de la graisse par liposuccion dans une réserve de graisse de la patiente. Cette graisse est ensuite réinjectée au niveau des grandes lèvres. Si une petite partie de cette graisse peut se résorber, l’autre partie restera en place à vie.

Cette opération peut être couplée à la nymphoplastie. Parfois, une hypertrophie des petites lèvres est associée à une atrophie des grandes lèvres. Coupler les deux opérations permet de rééquilibrer le sexe de la femme avec une meilleure proportion entre la taille des petites lèvres et celle des grandes lèvres.

Les interventions chirurgicales génitales reconstructrices 

Dans quel cas peut-on recourir à l’hyménoplastie ?

Outre les raisons religieuses, une patiente peut aussi avoir recours à l’hyménoplastie pour se reconstruire physiquement mais aussi psychologiquement après un viol. Dans ce cas, l’opération est alors prise en charge par la Sécurité sociale. 

Cette opération se pratique sous anesthésie locale. Il s’agit de reconstruire un hymen à partir de la partie restante du précédent. 

Le laser contre la sécheresse vaginale 

Avec la ménopause, ou après une radiothérapie ou chimiothérapie, certaines femmes souffrent de sécheresse vaginale. Une technique, avec un laser intre-vaginal, permet de retrouver une bonne hydratation du vagin.  

Le laser efface les couches superficielles et trop sèches du vagin. Elles sont alors remplacées par des cellules plus jeunes, meilleures productrices de collagène. Souvent pratiquée par un gynécologue, la technique n’est pas remboursée par la Sécurité sociale. 

La reconstruction du clitoris 

Cette chirurgie s’adresse à des femmes victimes d’excision, l’ablation partielle ou totale du clitoris. Mise au point pour l’essentiel par le docteur Pierre Foldès, cette technique permet de récupérer un clitoris et les sensations qui vont avec. 

Remboursée en partie par la Sécurité sociale, cette chirurgie réparatrice, tant physique que psychologique, consiste à récupérer la partie interne du clitoris qui n’a pas été coupée, à le repositionner et le ré-innerver.

Les mutilations génitales féminines sont pratiquées dans 30 pays répartis sur trois continents, mais la moitié des victimes de l’excision vivent en Égypte, en Éthiopie et en Indonésie. Selon l’Unicef, chaque année, dans le monde, plus de trois millions de filles sont exposées au risque de subir des mutilations génitales féminines. En France, selon des chiffres de l’Ined datés de 2004, il y aurait 53.000 femmes adultes excisées.

Chirurgies génitales : quels risques ? 

Les risques liés aux chirurgies intimes sont ceux d’une chirurgie classique comme le développement d’un hématome ou d’une infection

Le risque de ne pas satisfaire la patiente est peut-être le plus important. Le Dr Benjamin Sarfati voit arriver de plus en plus de jeunes femmes dans son cabinet pour une nymphoplastie. “Avec le développement des films pornographiques, elles peuvent parfois se rendre compte que leur vagin ne correspond pas à ce qu’elles voient”, remarque le spécialiste. 

Alors que la nymphoplastie est de plus en plus populaire, comment s’assurer que la demande de la patiente est bien raisonnable ? “Si son discours n'est pas cohérent ou si l'examen ne correspond pas à la réalité, si elle souffre de dysmorphophobie, on sait très bien que la chirurgie ne va pas l’aider”, analyse le Dr Sarfati. “La chirurgie peut aussi ne pas être indiquée. Une patiente peut par exemple avoir des petites lèvres de taille normale et si on les réduit, ça reviendra à une amputation pure et simple, il n'en est pas question”, poursuit-il. Dans ce cas, il peut essayer d’amener la patiente à consulter un psychologue.

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Source : Merci au docteur Benjamin Sarfati. Vous pouvez le retrouver sur son site
Étude de la Société Internationale de Chirurgie Esthétique et Plastique (ISAPS), publiée le 1er novembre 2018