Pâtes industrielles : 80 % des références testées contaminées au cadmium selon 60 Millions de Consommateurs
Les pâtes occupent une place importante dans l’alimentation des Français. Mais un banc d’essai publié dans le numéro de septembre 2026 de 60 Millions de consommateurs révèle la présence de cadmium dans une grande partie des produits analysés.
Le magazine a examiné 36 références de pâtes, réparties à parts égales entre spaghettis et penne rigate. Près de huit produits sur dix contenaient des traces de ce métal lourd. Un résultat préoccupant dans le contexte d’une exposition alimentaire déjà élevée, mais qui doit être interprété avec mesure : aucun échantillon ne dépassait la limite réglementaire mentionnée par le magazine.
Du cadmium détecté dans la majorité des paquets
Le cadmium est naturellement présent dans certains sols. Les activités industrielles et l’emploi d’engrais minéraux phosphatés peuvent également augmenter sa concentration dans les terres agricoles.
Les racines des plantes absorbent ensuite une partie de ce métal, qui se retrouve notamment dans les céréales. Le blé dur utilisé pour fabriquer les pâtes constitue ainsi l’une des sources possibles d’exposition alimentaire.
Selon le comparatif, les concentrations variaient fortement d’un produit à l’autre. Parmi les penne complètes, une référence présentait par exemple une teneur de 0,009 mg/kg, contre 0,066 mg/kg pour une autre. Du côté des spaghettis, la valeur la plus élevée rapportée atteignait 0,071 mg/kg.
Ces résultats restent inférieurs à la teneur maximale européenne de 0,18 mg/kg applicable au blé dur. La présence mesurable d’un contaminant ne signifie donc pas automatiquement qu’un paquet présente un danger immédiat pour le consommateur.
Les pâtes complètes sont-elles plus exposées ?
Le cadmium peut se concentrer dans les couches externes du grain. Celles-ci étant conservées dans les produits complets, certaines pâtes au blé complet peuvent afficher des teneurs supérieures à celles des pâtes blanches.
Cette tendance ne constitue cependant pas une règle absolue. Le comparatif relève des écarts importants entre les différentes références complètes. Certains produits semi-complets ou complets obtiennent même de bons résultats sur l’ensemble des contaminants recherchés.
Il serait donc excessif d’abandonner les pâtes complètes. Elles restent intéressantes pour leur teneur en fibres bénéfiques au transit, leur effet sur la satiété et leur apport en micronutriments. Le choix ne doit pas reposer sur la seule opposition entre pâtes blanches et complètes, mais sur la diversité globale de l’alimentation.
Pourquoi l’exposition chronique au cadmium inquiète-t-elle ?
Le Centre international de recherche sur le cancer classe le cadmium et ses composés dans le groupe 1 des agents cancérogènes pour l’être humain. Cette classification indique que la capacité de la substance à provoquer un cancer est établie. Elle ne permet pas, à elle seule, de mesurer le risque associé à une portion particulière de pâtes.
Le principal problème vient de l’accumulation du cadmium au fil du temps. Son élimination est très lente et sa demi-vie biologique peut atteindre plusieurs décennies. Une exposition chronique importante peut notamment affecter les reins, augmenter le risque d’insuffisance rénale et fragiliser les os.
L’étude française Esteban a montré que 47,6 % des adultes âgés de 18 à 60 ans dépassaient une concentration urinaire de cadmium considérée comme critique par l’Anses pour certains effets osseux. Ce chiffre ne signifie pas que près d’un adulte sur deux développera une maladie, mais il confirme la nécessité de réduire l’exposition générale de la population.
Chez les non-fumeurs, l’alimentation représente la principale source d’exposition. Le tabac demeure toutefois un facteur majeur d’imprégnation, car la plante absorbe très efficacement le cadmium présent dans le sol.
Des pesticides et des mycotoxines également recherchés
Le laboratoire a également recherché différents résidus de produits phytosanitaires, ainsi que des mycotoxines et d’autres métaux comme l’arsenic ou le mercure.
Les mycotoxines sont des substances produites par certaines moisissures susceptibles de se développer sur les céréales lorsque les conditions de culture ou de stockage sont trop humides.
Certaines traces ont été détectées, mais les teneurs rapportées restaient conformes aux limites en vigueur. Un seul échantillon acheté à un moment donné ne permet par ailleurs pas de conclure que tous les produits commercialisés sous une même marque présentent exactement le même profil.
Quant à « l’effet cocktail » entre plusieurs contaminants, ce comparatif ne permet pas de l’évaluer. Il nécessiterait des études toxicologiques spécifiques portant sur les associations de substances et leurs niveaux réels d’exposition.
Faut-il continuer à manger des pâtes ?
Ces résultats ne justifient pas de supprimer les pâtes de son alimentation. La meilleure stratégie consiste à éviter de dépendre quotidiennement d’un même produit, d’une même marque ou d’une seule céréale.
Quelques habitudes permettent de limiter l’exposition alimentaire :
- Varier les sources de féculents entre pâtes, pommes de terre, quinoa, riz et légumineuses.
- Alterner les marques, les origines et les types de céréales.
- Conserver des produits complets dans son alimentation sans en faire l’unique source de féculents.
- Éviter le tabagisme, qui constitue une source importante de cadmium.
- Maintenir une alimentation diversifiée, particulièrement chez les enfants.
Le dosage du cadmium dans l’organisme n’est pas nécessaire chez tout le monde. Il doit être envisagé avec un professionnel de santé lorsqu’une exposition particulière est suspectée. Les résultats de cette enquête appellent surtout à renforcer la surveillance des sols, des engrais et des matières premières utilisées par l’industrie alimentaire.
Sources : enquête relayée par TF1 Info, étude Esteban de Santé publique France, EFSA et CIRC