Médicaments contre l’acné : sont-ils vraiment dangereux ?
Publié le 04 Février 2011 à 10h00 par Rédaction E-sante.fr
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Quid des médicaments les plus puissants contre l’acné

Les propriétés de ces médicaments contre l’acné reposent sur une molécule, l’isotrétinoïne. Le premier médicament a été fabriqué par les laboratoires Roche sous le nom de Roaccutane®. Il a été commercialisé de 1986 à 2008, année de la fin du brevet. Depuis, le Roacutane® est uniquement disponible sous la forme de 3 génériques : Curacnée® (laboratoire Pierre Fabre), Procuta® (laboratoire Expascience) et Contracnée® (laboratoire Bailleul).

Ces médicaments contre l’acné augmentent-ils le risque de suicide ?

Le père d’un adolescent de 17 ans, qui s’est suicidé en juillet 2007, a déposé une plainte en justice fin janvier 2011, contre 3 laboratoires. Le suicide de son fils pourrait être lié à la prise d’un médicament contrel’acné.

Cette relation fait débat depuis des années. En effet, les médicaments contre l’acné sont depuis longtemps soupçonnés d’augmenter le risque de dépression et de suicide. Toutefois, les études qui ont été menées n’ont pas permis d’établir de manière formelle l’existence de ce risque suicidaire chez les personnes traitées (1). En effet, il est prouvé que les formes graves d'acné peuvent aussi entraîner d'importants problèmes psychologiques et des idées suicidaires. Il est donc très difficile de vérifier si le risque accru de tentative de suicide est lié à l’acné sévère ou au traitement.

Toujours est-il que les professionnels de santé et encore plus particulièrement les dermatologues, sont informés de ce risque potentiel et prescrivent ces médicaments contre l’acné avec beaucoup de précaution. L’état psychologique des adolescents est initialement soigneusement évalué, puis régulièrement surveillé. Et évidemment, ces médicaments sont contre-indiqués en cas de troubles psychologiques diagnostiqués.

Médicaments contre l’acné : attention, effet tératogène !

Mais il faut savoir que les précautions de prescription de ces médicaments vont bien au-delà, puisque ces médicaments comportent aussi un risque tératogène, bien démontré cette fois. C’est-à-dire que si une femme prend un de ces médicamentscontre l’acné durant sa grossesse, le risque de graves malformations cardiaques ou cérébrales pour l’enfant à naître est de l’ordre de 20% !

Autant dire que les conditions de délivrance sont particulièrement strictes : le médecin doit demander une autorisation de prescription, le patient signe un consentement éclairé sur les risques d’effets secondaires, et la patiente doit en plus fournir un test de grossesse négatif, initialement, puis tous les mois.

Mais alors pourquoi ces médicaments sont-ils encore prescrits ?

Parce qu’il n’existe aucun autre médicament capable de venir à bout de certaines acnés très sévères qui défigurent nos ados et les plongent dans la détresse et l’isolement.

Ces médicaments apportent donc beaucoup de bénéfices, en contrepartie de risques, certains connus et d’autres suspectés, à évaluer au cas par cas.

À savoir

Ces médicaments contre l’acné ne figurent pas sur la liste des médicaments sous surveillance renforcée de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Pourtant, l’Agence estime qu'une vingtaine de suicides d'adolescents seraient associés à la prise de ce médicament entre 1986 et 2009.

Une étude est actuellement en cours impliquant une centaine de dermatologues ayant pour consigne de repérer des symptômes de dépression chez leurs patients traités par l’isotrétinoïne. Les résultats sont attendus pour la fin de l’année.

Source : Le Point, 28 janvier 2011 ; La Croix, 30 janvier 2011 ; (1) British Medical Journal, novembre 2010.