Les effets secondaires des antibiotiques
Publié le 15 Janvier 2019 à 14h44 par Laurène Levy, journaliste santé

L’effet secondaire le plus connu : les troubles digestifs

Nausées, vomissements, diarrhées, maux de ventre et ballonnements sont le lot de beaucoup de personnes dès qu’elles prennent un traitement antibiotique.Car les antibiotiques perturbent l’équilibre du microbiote intestinal en détruisant certaines des "bonnes bactéries" qui le constituent. L’effet survient, selon les personnes et selon la famille d’antibiotiques, immédiatement ou quelques jours après le début du traitement.Même si ces effets sont gênants et inconfortables, n’arrêtez pas votre traitement. En effet, un traitement arrêté trop tôt risque d’entraîner une reprise plus sévère de l’infection et de participer à l’émergence de bactéries résistances aux médicaments. Vous pouvez prendre des probiotiques en prévention de ces troubles et pour apaiser les symptômes des médicaments contre les maux de ventre et les troubles intestinaux. Il s’agit de micro-organismes vivants (bactéries, levures…) qui exercent un effet bénéfique en reconstituant l’équilibre du microbiote intestinal.

Les mycoses

Qui dit antibiotiques dit destruction des bactéries. L’équilibre microbien de votre corps se retrouve alors perturbé et parmi les candidats à la reprise des places laissées vacantes par les bactéries tuées : les champignons et levures, des micro-organismes qui ne sont pas détruits par les antibiotiques.Dès lors qu’ils remplacent les bactéries éliminées par les traitements antibiotiques, ils se retrouvent en excès. Quand ils étaient modérément présents, ils ne généraient aucun symptôme mais la donne est changée lorsqu’ils se multiplient et peuvent alors être à l’origine de mycose : mycose génitale, qui affecte la vulve et le vagin chez les femmes et le pénis chez les hommes, ou candidose buccale, aussi appelée muguet.

N’arrêtez pas votre traitement pour autant. Des médicaments anti fongiques associés ou non à des probiotiques pourront vous aider à retrouver votre équilibre microbien.

Les réactions allergiques

Si vous prenez un antibiotique pour la première fois, impossible de savoir si vous y êtes ou non allergique. Comme avec tout médicament, votre corps risque d’identifier la substance active du traitement comme étranger et d’y réagir violemment par des symptômes allergiques. Ceux-ci peuvent revêtir différentes formes : des éruptions cutanées, des démangeaisons, des urticairesmais aussi la formation de cloques avec décollement de la peau (ou toxidermie bulleuse) et, plus grave, un œdème de Quincke. Ce dernier se manifeste par gonflement rapide de la peau et des muqueuses au niveau de la tête et du cou. Si, en plus du gonflement, des difficultés respiratoires, des malaises ou des troubles digestifs surviennent, une consultation aux urgences s’impose.En effet, ces différents symptômes associés peuvent être le signe d’un choc anaphylactique, une réaction allergique exacerbée qui peut engager le pronostic vital. Le seul traitement de ce choc est une injection intramusculaire d’adrénaline.Dans tous les cas, la survenue d’une réaction allergique nécessite l’arrêt du traitement antibiotique.

Une photosensibilisation

Si votre peau rougit ou prend l’aspect d’un eczéma après une exposition au soleil alors que vous prenez un traitement antibiotique, il peut s’agir d’une réaction de photosensibilisation. Deux familles d’antibiotiques, les cyclines (Doxycycline, Spanor®, Tétralysal® ou encore Mynocine®) et les quinolones (Ciflox®, Ciprofloxacine, Lévofloxacine, Norfloxacine ou encore Oflocet®) sont particulièrement susceptibles de provoquer ce genre de réactions cutanées. Il est donc préférable d’éviter toute exposition au soleil mais aussi aux lampes UV pendant la durée du traitement.

Des effets toxiques sur le foie ou les reins

Certains antibiotiques peuvent être toxiques pour le foie ou les reins. Dans le premier cas, les médecins parlent d’hépatotoxicité et dans le second cas de néphrotoxicité.Le foie et les reins participent en effet à l’élimination métabolique des médicaments. Leur substance active est alors susceptible d’altérer le fonctionnement de ces organes. L’hépatotoxicité des antibiotiques affecte une personne sur 10 000 ou sur 100 000 et les antibiotiques sont la cause la plus fréquente d’hépatite médicamenteuse, après le paracétamol.Certains facteurs individuels augmentent le risque de toxicité des antibiotiques sur ces deux organes. Pour le foie, le risque de toxicité est plus élevé si la personne sous antibiotiques souffre d’hépatite virale, de maladie du foie liée à l’alcoolisme, à l’obésité, à un jeûne ou à une dénutrition. Le risque de toxicité au niveau des reins augmente quant à lui si la personne sous traitement antibiotique est âgée de plus de 65 ans, si c’est une femme, si elle souffre de maladie rénale chronique ou d’une maladie qui représente un risque pour les reins comme un cancer, un VIH, un diabète, une cirrhose ou encore une cardiopathie.

Sur le long terme : les résistances aux antibiotiques

À force de consommer des antibiotiques, que ce soit sous forme de traitement ou dans les produits animaux (viande, poisson, produits laitiers) que nous ingérons - puisque les animaux d’élevage sont eux-mêmes traités aux antibiotiques de leur vivant - un phénomène a pris de l’ampleur au cours des dernières décennies : l’antibiorésistance ou résistance aux antibiotiques. Mais de quoi s’agit-il ? Une bactérie résistante est une bactérie qui a la capacité "de résister aux effets des antibiotiques ou des biocides qui sont censés les tuer ou les contrôler", selon le Comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux rattaché à la Commission Européenne. Les bactéries dites multi-résistantes sont quant à elles résistantes à plusieurs types d’antibiotiques.En effet, à chaque fois que nous prenons un antibiotique, nous détruisons les bactéries contre lesquelles il est efficace. Les bactéries résistantes insensibles aux effets de l’antibiotique n’ont alors plus de concurrence et se développent plus facilement. C’est notamment le cas de certaines souches résistantes de Clostridium difficile une bactérie responsable d’infections intestinales mortelles dans 10% des cas. La seule manière de lutter contre les résistances aux antibiotiques est de mieux utiliser ces traitements, de les limiter aux strictes nécessité et de ne jamais arrêter un traitement avant la fin, même si vous ne ressentez plus de symptôme infectieux. Sans quoi les conséquences sur la santé pourraient être lourdes, comme alerte l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) : "Cela signifie que si vous contractez une infection bactérienne résistante aux antibiotiques, les antibiotiques utilisés habituellement contre celle-ci ne seront plus efficaces. Un antibiotique moins accessible ou de dernier recours devra être utilisé et, dans certains cas, on pourrait se retrouver à court d’options en matière d’antibiotiques actifs potentiels." 

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Source : Les effets indésirables des antibiotiques, Vidal Eureka Santé, mis à jour le 25 février 2015 
Gestion des effets secondaires des antibiotiques, Xavier Lescure, Service de maladies infectieuses et tropicales, hôpital Xavier Bichat – Claude Bernard, Diplôme d'Etudes Spécialisées Complémentaires "Pathologie Infectieuse et Tropicale", Séminaire 6 octobre 2017 
Antibiotiques : quand les bactéries font de la résistance, Dossier de l’Institut Pasteur, 24 octobre 2018 
Assessment of the Antibiotic Resistance Effects of Biocides. Scientific Committee on Emerging and Newly Identified Health Risks (Comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux), 19 janvier 2009, Commission Européenne. 
Résistance aux antibiotiques, Organisation mondiale de la Santé (OMS), 5 février 2018