Les femmes, une douleur sous influence hormonale

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Hommes ou femmes, nous ne ressentons pas la douleur de la même façon selon notre sexe. La faute aux hormones féminines, confirment les recherches les plus récentes.

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Vis-à-vis de la douleur, la femme n’est pas un homme comme les autres

Face à la douleur, hommes et femmes ne sont pas sur un pied d’égalité. Dans la fibromyalgie par exemple, on trouve quatre à six femmes pour un homme. Elles sont aussi deux à trois fois plus nombreuses à ressentir la douleur en général (céphalées, douleurs abdominales, arthrite rhumatoïde, douleurs d'origine musculosquelettique etc.). Or les raisons ne sont pas uniquement anatomiques (présence de l’appareil reproducteur, douleurs menstruelles…) mais aussi –et surtout- hormonales. En effet, les hormones sexuelles n’agissent pas uniquement sur la reproduction et les caractères sexués chez l’Homme, mais aussi sur le système nerveux central, le siège de la douleur.

A ce stade des recherches, impossible d’accuser telle ou telle hormone d’accroître le ressenti douloureux chez la femme: l’équilibre entre testostérone-progestérone-estrogènes serait plutôt en cause, nuance l’un des spécialistes internationaux sur le sujet, le Pr Serge Marchand, neurophysiologiste au centre de recherche du Centre Hospitalier universitaire et à la Faculté de Médecine de Sherbrooke (Canada): « Ce qui est démontré aujourd’hui et ce que nous avons mis en évidence avec notre équipe, résume-t-il, c’est que la testostérone -chez la femme comme chez l’homme- permet de réduire l’effet de la douleur ».

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Douillettes les femmes ? Plutôt sous le joug de leurs hormones !

A l’inverse de la testostérone, sorte de "bouclier antidouleur" à des niveaux élevés, des taux importants d’oestrogènes et de progestérone réduiraient l’action positive de certains mécanismes endogènes (internes) de freinage chargés de limiter le ressenti de la douleur. Ces phénomènes dits de "contre-irritation" permettent de réduire la douleur sur l’ensemble du corps lorsque celle-ci est très forte à un endroit précis. « Cela expliquerait pourquoi, poursuit le chercheur, pendant les règles mais aussi juste avant et un peu après (période péri-menstruelle), les femmes ressentiraient plus fortement la douleur, du fait de taux supérieurs d’estrogènes et de progestérone ».

Autre découverte récente, les hormones sexuelles influencent les zones du cortex cérébral qui gèrent l’analgésie (la réduction de la sensation de douleur) via la délivrance d’endorphines. Ces taux d’endorphines vont de ce fait baisser au cours du cycle menstruel (notamment pendant phase folliculaire, la première partie du cycle menstruel lorsque les taux de progestérone sont au plus bas et qu’il y a un pic d’oestrogène) et s’avérer moins efficaces pour limiter le ressenti douloureux.

Mais plus les recherches progressent, plus les mécanismes se révèlent complexes. Par exemple, affirmer que la progestérone et surtout les oestrogènes accroissent la sensation douloureuse ne serait que partiellement vrai, car si certains sous-récepteurs aux estrogènes sont plutôt protecteurs, d’autres au contraire exacerbent la douleur. Par ailleurs, « une expérience menée chez des femmes sous contraceptif oestrogénique (apport d’œstrogènes pour bloquer l’ovulation) (2) a montré que l’efficacité des mécanismes de freinage de la douleur seraient liés aux taux de testostérone, développe le Pr Marchand. Donc, la testostérone est importante pour activer les mécanismes de freinage de la douleur chez la femme. Malheureusement, certains contraceptifs bloquent aussi les androgènes, donc inhibent potentiellement l’efficacité des ces mécanismes naturels de contrôle de la douleur ».

En pratique lors de la consultation médicale, il est utile de préciser au médecin si les douleurs sont augmentées pendant la période péri-menstruelle, ou à un moment du cycle ainsi que la prise de contraceptif et leurs effets sur la douleur ressentie. Cela le guidera dans la prise en charge. « Faire le lien entre les variations hormonales ou la prise de contraceptifs pourrait permettre au médecin de tenir compte des facteurs hormonaux et de tenter des ajustements pharmacologiques selon les symptômes de la patiente, ajoute-t-il, comme le changement de contraceptif, par exemple ».

Publié le 10 Juillet 2015 | Mis à jour le 29 Février 2016
Auteur(s) : Hélène Joubert, journaliste scientifique
Source : (1) Pain 154, 515-524, 2013 ; (2) Pain 2013;154(4):515-524 ; (3) Pain 152, 2065-2073, 2011
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