Epilepsie : la grossesse est-elle possible ?

Publié le 26 Juillet 2005 à 2h00 par Rédaction E-sante.fr
L'épilepsie reste une maladie entourée de nombreux mythes à corriger. Elle est pourtant très fréquente : 50 millions de personnes dans le monde en souffrent, dont 500.000 Français. Peut-on mener une grossesse et peut-on allaiter son enfant lorsqu'on est une femme épileptique ?

« Les crises d'épilepsie constituent un handicap propre qui parfois se surajoute à des handicaps mentaux ou moteurs liés à certaines causes », indique le Pr Fabrice Bartolomei*, Chef du Service de Neurophysiologie Clinique et d’Epileptologie à l’Hôpital de la Timone et vice président de la Ligue française contre l’épilepsie (LFCE).

Leur caractère totalement imprévisible potentialise ce handicap et rend la vie des patients particulièrement difficile. Lorsque la maladie est mal contrôlée par un traitement, les crises représentent un lourd fardeau : stigmatisation sociale injustifiée, conséquences médicales et psychologiques, avec un taux de dépression, de suicide et de décès élevé. En revanche, lorsque les crises sont bien contrôlées grâce aux médicaments antiépileptiques ou à la chirurgie le cas échéant, et à une prise en charge globale, les patients présentent une bonne intégration socioprofessionnelle et peuvent mener une vie normale. Dans ce cas, une femme souffrant d'épilepsie peut-elle envisager d'avoir un enfant ? La réponse est oui, c'est parfaitement possible.

Pr Fabrice Bartolomei : « Une grossesse chez la jeune femme est (sauf cas particulier) envisageable sous couvert de certaines précautions. En particulier, cette grossesse doit être planifiée à l’avance afin que le neurologue puisse modifier si besoin le traitement. Par ailleurs, le neurologue doit être en lien avec une équipe obstétricale pour le suivi coordonné de la grossesse. »

Épilepsie : une maladie rarement transmissible de la mère à l'enfant

La grande majorité des différentes formes d'épilepsie ne sont génétiquement pas transmissibles. Lorsque c'est pourtant le cas, il s'agit le plus souvent des formes les plus bénignes. Aujourd'hui, une douzaine de gènes impliqués dans l'épilepsie ont été identifiés.

Mesure préventive et surveillance de l'épilepsie

Mener à bien une grossesse est tout à fait possible pour une femme épileptique, mais le respect de mesures préventives est nécessaire.

Avant la conception :adaptation du traitement.Pr Fabrice Bartolomei : « Le traitement doit être simplifié au maximum sans faire courir de trop grands risques à la patiente. Le valproate de sodium (Dépakine) est le médicament antiépileptique probablement le plus à risque étant à l’origine d’une augmentation du risque de malformation fœtale et de troubles neurodéveloppementaux chez l’enfant. Sa prescription est désormais réglementée chez les femmes en âge de procréer. Les registres de grossesse faits à travers le monde pour surveiller les grossesses des femmes avec épilepsie montrent que certains médicaments à l’inverse, n’augmentent que peu le risque tératogène (lamotrigine notamment) ». Pendant la grossesse :surveillance clinique associant neurologues et obstétriciens.Après l'accouchement :réadaptation du traitement afin d'obtenir le meilleur contrôle possible des crises pour prévenir les risques d'accident lors des soins à l'enfant.L'allaitement :les antiépileptiques (discutés) ne sont pas contre-indiqués pendant l'allaitement.La contraception :certains antiépileptiques peuvent réduire l'efficacité des contraceptifs oraux. En revanche, la plupart des molécules de nouvelle génération réduisent ou suppriment ce risque. La situation doit toujours être analysée au cas par cas avec un suivi médical adapté.Pr Fabrice Bartolomei : « Il y a beaucoup d’idées fausses sur la contraception orale. En effet si les anciens antiépileptiques (comme la carbamazépine ou le phénobarbital) diminuent l’efficacité de la pilule, ce n’est pas le cas de la majorité des médicaments plus récents. Dans tous les cas, cela doit être discuté avec le neurologue. »À savoir égalementIl existe différentes formes d'épilepsieDans beaucoup de cas, les crises d'épilepsie surviennent chez des personnes (enfants ou adultes) ne souffrant d'aucune autre pathologie neurologique. Ces épilepsies sont souvent dues à une prédisposition génétique. Dans certains cas l’épilepsie est due à une lésion du cortex cérébral dont l’origine peut être diverse (malformative, traumatique). Dans certains cas, l’épilepsie survient dans un contexte neurologique particulier, les crises d'épilepsie étant la manifestation d'autres pathologies du système nerveux de l'enfant et de l'adulte, comme la maladie d'Alzheimer, les accidents vasculaires cérébraux, les tumeurs cérébrales, l'autisme, etc. « C’est en fait souvent la seule manifestation ou la plus invalidante comme dans les malformations du développement cortical », précise le Pr Fabrice Bartolomei.Certaines crises dites « occasionnelles » surviennent dans des contextes aigus particuliers (toxique, médicaments, trouble métabolique) et ne sont pas alors des signes de pathologie épileptologique chronique. On estime qu’environ 5% de la population fait un jour une crise d’épilepsie « occasionnelle ».Dépression et anxiété chez les épileptiques

Les malades épileptiques peuvent également souffrir de troubles psychologiques : anxiété, dépression et troubles du comportement. Les causes sont multiples et souvent associées : vécu difficile des crises, crainte de la récidive, stigmatisation sociale, forme et localisation de l'épilepsie, prise de médicaments, etc.

Pr Fabrice Bartolomei : « Les médecins ont souvent peur de prescrire des antidépresseurs chez les patients avec épilepsie. Ceci est dû notamment au fait que l’épilepsie apparait sur la notice des antidépresseurs comme une contre-indication de ces traitements. En fait, les antidépresseurs les plus prescrits aujourd’hui ne sont pas associés à un risque de crise d’épilepsie. Ce sont les IRS (inhibiteurs de la recapture de sérotonine) qui peuvent donc être prescrits chez ces patients. »

« La dépression peut être dépistée rapidement par le neurologue grâce à un questionnaire court (la « NDDI ») qui a été validé en français (disponible sur le site de la LFCE) ».

La prise en charge ne doit donc pas se résumer à traiter les crises, mais consister en une approche globale et personnalisée.

Pour en savoir plus :

Ligue française contre l’épilepsie (LFCE), http://www.lfce.fr.

* Pr Fabrice Bartolomei, vice président de la Ligue française contre l’épilepsie (LFCE), en charge des affaires scientifiques de la LFCE, chef de service de Neurologie à Marseille, Fédération Hospitalo-Universitaire (FHU) « Epilepsies et troubles de l’Excitabilité Neuronale » UMR INSERM 1106. Institut de Neurosciences des Systèmes Faculté de Médecine, Marseille http://www.epinext.org.

Source : 26e congrès international de l'épilepsie, du 27 août au 1er septembre 2005, Paris.