Epilepsie : toujours spectaculaire, souvent bénigne

Publié le 08 Janvier 2001 à 1h00 par Dr Renaud Guichard, chirurgien
Phénomène électrique cérébral, l'épilepsie est une maladie très particulière qui ne ressemble à aucune autre. Sa manifestation la plus connue est la crise de grand mal, qui est spectaculaire, mais il existe également de nombreuses autres manifestations. Inquiétante à juste titre, l'épilepsie est toutefois le plus souvent bénigne, et bénéficie d'une large gamme de traitements médicamenteux.
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Un "orage" électrique

Le cerveau est constitué d'une multitude de neurones, qui sont tous reliés et communiquent entre eux et avec les différents éléments nerveux du corps humain par des impulsions électriques. Dans l'épilepsie, un groupe de neurones excités par une irritation locale ou par un phénomène plus général, se met brutalement à envoyer des décharges électriques sans aucune coordination. Les décharges se propagent le long des fibres nerveuses de l'organisme, provoquant ainsi des manifestations diverses.

La grande diversité des crises

Il existe des crises généralisées et des crises partielles. Les crises généralisées sont appelées "grand mal" et "petit mal". La crise de grand mal, très spectaculaire, se passe en trois étapes: la première phase qui débute par une perte de connaissance complète et brutale, se caractérise par une contracture généralisée des muscles avec blocage respiratoire. C'est à ce moment que l'on peut avoir une morsure de langue par contracture des mâchoires. Lors de la deuxième phase on observe des tremblements des membres et de la face, appelés "convulsions". Il y a souvent une perte d'urines associée. La troisième et dernière période est en quelque sorte une phase de "repos" où les muscles sont détendus et la respiration bruyante. La reprise de conscience est progressive.La crise de petit mal est caractérisée par des absences sans mouvements anormaux. Cette forme d'épilepsie se voit chez l'enfant. Il interrompe son activité en cours et ne réagit pas à son environnement.Les crises partielles touchent, inversement aux crises généralisées, un petit nombre de neurones et en fonction de leur localisation dans le cerveau, la manifestation de la crise sera différente, ce qui en fait la grande diversité: elles sont dites sensorielle, touchant un des cinq sens, motrice touchant un segment de membre ou les yeux, mnésique perturbant la mémoire, affective provoquant un sentiment de peur ou d'angoisse, végétative provoquant une modification du rythme cardiaque ou une hypersalivation ...Ce qui permet en fait de reconnaître les crises d'épilepsies, c'est qu'elles sont le plus souvent de début brutal et surtout elles sont stéréotypées, se répétant toujours de la même façon chez une même personne.

Quelles sont les causes de l'épilepsie ?

Dans la plupart des cas l'épilepsie n'a pas de cause connue. On dit qu'elle est "essentielle". Dans les autres cas l'épilepsie est causée par une maladie générale (hypoglycémie, baisse du sodium dans le sang, hypocalcémie, alcoolisme, etc.) ou une maladie localisée au cerveau (traumatisme crânien, tumeur cérébrale, accident vasculaire cérébral, méningite, etc.).

Quels examens ?

L'examen de base pour diagnostiquer une épilepsie est l'électroencéphalogramme (EEG). Il permet d'enregistrer l'activité électrique du cerveau. Lors des crises, cette activité est très perturbée. L'analyse des tracés permet de confirmer le diagnostic et parfois de déceler une cause locale. Entre les crises cet examen peut être normal, ou encore montrer une activité électrique de base perturbée.Les autres examens permettent surtout de rechercher une cause éventuelle à l'épilepsie. Le scanner ou la résonance magnétique nucléaire permet de rechercher une tumeur, un abcès ou une séquelle d'accident vasculaire, alors que le bilan sanguin peut mettre en évidence une cause générale.

Les traitements médicamenteux

Les médicaments actuellement sur le marché ne guérissent pas l'épilepsie. En revanche, ils sont très efficaces pour empêcher la survenue des crises. Le traitement débute par un seul médicament dont la dose optimale est ajustée progressivement afin d'être efficace sur les crises sans avoir trop d'effets secondaires (somnolence, irritabilité, nausées...). Il est bien sûr déconseillé d'absorber de l'alcool lors d'un traitement anti-épileptique. Il est également impératif de ne pas arrêter brutalement un traitement ou de ne pas oublier de le prendre. Si un seul médicament n'est pas efficace, on peut en ajouter un deuxième. Une prise en charge médicamenteuse ne se prend pas forcément à vie. En effet la maladie épileptique peut s'arrêter d'elle-même. On essaie donc souvent d'arrêter le traitement (progressivement bien sûr) au bout de quelques années (deux à quatre ans) pour voir si la maladie n'a pas disparue.Il existe quatre médicaments "classiques", le Gardénalâ, le Dihydanâ, le Tégretolâ, la Dépakineâ, mais de nouveaux médicaments sont apparus récemment sur le marché.

Les autres traitements

Lorsque les médicaments sont inefficaces, ils existe d'autres possibilités thérapeutiques: la chirurgie (intervention de neurochirurgie destinée aux cas graves), l'excitation du nerf vague par un stimulateur implanté dans le thorax, le régime cétogène.

Sachez-le bien

L'épilepsie n'est pas une maladie mortelle bien que certaines crises graves puissent parfois entraîner le décès, elle n'est pas contagieuse et ce n'est pas une maladie psychiatrique, mais neurologique. Les épileptiques ont une intelligence normale, ils peuvent mener une existence normale, aussi bien professionnelle que sportive si leur traitement est bien équilibré.

Source : Le Médecin Généraliste, N°2068, 10 novembre 2000.