Démence : boire trop souvent de l’alcool augmente le risque

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Les personnes qui boivent trop d'alcool, trop souvent, sont trois fois plus à risque de développer une démence précoce que les autres. Or, la prise en charge de ces troubles est trop tardive.

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Ça n'est pas un mystère : l'abus d'alcool  est mauvais pour le foie. Mais cet organe n'est pas le seul à pâtir de ces excès dionysiaques. Avoir un penchant pour la bouteille est aussi associé à un risque très élevé de développer une démence, d'après une étude parue dans le Lancet Public Health.

Ces travaux s'appuient sur le suivi, en France, de plus d'un million de personnes souffrant de ce déclin cognitif pathologique. Parmi cette large population, les scientifiques se sont intéressés aux patient ·e·s qui présentaient une forme précoce de démence  – c'est-à-dire qui survient avant l'âge de 60 ans.

Sur ces 57 000 personnes, plus de la moitié présentaient une consommation anormale d'alcool. Dans 39 % des cas, l'éthanol était la cause directe des troubles et chez 18 % des malades, une absorption excessive et chronique avait été enregistrée. Cela correspond à 4 verres par jour pour un homme, 3 pour une femme.

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Des dégâts qui sont évitables

Impossible, à la lumière de ces résultats, de conclure à un lien de causalité. Mais une solide association entre l'alcool et la démence apparaît tout de même. Le risque de souffrir d'une telle pathologie neurodégénérative est triplé chez les personnes qui boivent trop.

Ce lien est encore plus fort si le ou la patient ·e souffre d'une maladie du foie en stade terminal ou d'une cirrhose alcoolique. La probabilité d'observer une démence est alors multipliée par 27.

Toutes les formes de démence sont concernées par cette association. Mais les chercheurs notent que l'une d'entre elle est plus fréquente que les autres chez les personnes dépendantes à l'alcool : la démence vasculaire.

"Les dégâts de l'alcool sur le cerveau sont évitables, martèle le Dr Jürgen Rehm, qui co-signe cette étude. Ces résultats montrent que l'abus d'alcool, mais aussi l'alcoolisme, sont les facteurs de risque les plus importants de démence, et particulièrement des formes précoces."

Des effets indirects ne sont pas exclus

"En tant que psychiatre gériatre, j'observe souvent les effets de l'abus d'alcool sur la démence, et les stratégies thérapeutiques interviennent trop tard pour améliorer la cognition", estime le Dr Bruce Pollock, également co-auteur de ces travaux. Il plaide en faveur d'une prise en charge qui survienne plus tôt dans la vie d'un individu.

Car en moyenne, on estime que l'excès d'alcool réduit l'espérance de vie de 20 ans, et cause 3 millions de décès par an. La démence pèse, elle aussi, lourd dans la balance. Rien qu'en France, 1.7 million de personnes devraient en souffrir d'ici 2030.

Le lien entre ces troubles peut s'expliquer par plusieurs facteurs, avancent les signataires de cette étude. Tout d'abord, l'éthanol a un effet neurotoxique lorsqu'il est dégradé. Il est aussi connu pour favoriser d'autres pathologies, comme l'épilepsie ou les commotions cérébrales qui endommagent le cerveau.

De manière plus indirecte, l'abus d'alcool favorise AVC, hypertension et autres pathologies cardiovasculaires qui peuvent affecter le cerveau. De quoi convaincre de revoir sa consommation à la baisse. Voire l'éliminer.

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