Chirurgie de l'obésité : 20 fois plus d’opérations en 20 ans

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Opérer une personne obèse pour l'aider à perdre du poids est un geste de plus en plus courant. Depuis 1997, le nombre d'intervention s'est multiplié par 21. Mais les indications ne sont pas toujours respectées, d'après un récent rapport.

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Réduire la taille de l'estomac ou modifier la structure du système digestif : ces interventions sont de plus en plus fréquentes. On peut même parler d'explosion. En l'espace de 20 ans, le nombre de chirurgies de l'obésité a été multiplié par 21.

C'est ce que montre une étude menée par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees). Ainsi, en 2016, près de 60 000 personnes ont été hospitalisées pour bénéficier d'une chirurgie bariatrique. En 1997, elles n'étaient que 2 800.

Cette progression fulgurante s'explique en partie, selon la Drees, par l'arrivée des anneaux gastriques et la pratique de la cœlioscopie – qui permet de réaliser les interventions de manière moins invasive.

Mais l'institution souligne que cette évolution ne se produit pas forcément pour le mieux. Elle n'exclut pas que les recommandations officiellesne soient pas toujours suivies à la lettre.

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Des opérations trop tôt ou trop tard

En deux décennies, le profil des personnes admises à l'hôpital a peu varié. Les opéré.e.s sont massivement de sexe féminin (80 %) – même si la part d'hommes a légèrement augmenté. De même, les patient.e.s sont généralement âgés de 25 à 54 ans – avec un âge moyen de 40 ans au moment de l'intervention.

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Mais ce rapport souligne une double évolution notable sur le plan de l'âge. Les opérations pratiquées sur des personnes mineures sont plus fréquentes, bien que marginales. Et si elles se produisent surtout après 13 ans, elles ont motivé un rappel à l'ordre des autorités sanitaires. Car leur position est claire : ces chirurgies doivent rester exceptionnelles et les indications sont très restreintes.

De l'autre côté de l'échelle des âges, chez les seniors, une hausse du nombre d'hospitalisations se produit également. 1 500 personnes de plus de 64 ans ont été opérées en 2016 contre seulement 118 en 1997.

Là encore, cette pratique n'est pas sans risque, dans la mesure où cette population est plus fragile, et donc plus susceptible de mourir sur la table d'opération ou de présenter des complications.

Des étapes du parcours sont oubliées

Ça n'est pas la seule zone d'ombre mise en lumière par le rapport de la Drees. La chirurgie bariatrique doit, en théorie, être réservée aux patient.e.s en situation d'obésité morbide chez qui les autres stratégies d'amaigrissement ont échoué.

L'intervention est ainsi ouverte aux personnes dont l'IMC est supérieur à 40. Un seuil qui est abaissé à 35 en présence de pathologies associées qui pourraient être limitées grâce à l'opération (apnée du sommeil, diabète, hypertension, etc).

Mais dans les faits, 37 % des personnes opérées ont un IMC inférieur à 40. Et dans un dossier sur trois, les comorbidités qui justifieraient l'opération ne sont pas mentionnées.

Cela peut s'expliquer par un manque ans le parcours de soins. Dans deux cas sur dix, le bilan de ces pathologies n'est pas réalisé, selon un récent rapport de la Haute Autorité de Santé (HAS).

De même, l'évaluation psychologique n'est pas pratiquée dans 8 % des cas. "Ces éléments sont pourtant jugés indispensables pour poser une indication chirurgicale pertinente", souligne l'agence sanitaire. Qui a exigé des améliorations significatives de la part des soignants spécialisés dans cette prise en charge.

Améliorer le suivi post-opératoire

Mais le suivi post-opératoire fait aussi défaut, comme l'a montré un rapport de l'Académie nationale de médecine. Seul.e.s 12 % des patient.e.s bénéficient d'une prise en charge satisfaisante dans les 5 ans suivant l'opération.

Plusieurs facteurs ont été pointés du doigt par les experts du secteur : le manque d'incitation financière et de centres capables de réaliser ce suivi, mais aussi le défaut d'implication des opéré.e.s qui s'estiment guéri.e.s après une perte de poids suffisante.

L'Académie a donc suggéré plusieurs pistes pour améliorer cette prise en charge : une meilleure implication des médecins généralistes, un partage systématique du dossier médical entre les soignant.e.s et un remboursement des soins complémentaires – comme les compléments alimentaires ou les dosages biologiques.

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