Le cerveau menacé des footballeurs

Publié par Gilles Goetghebuer, journaliste santé le Mardi 12 Juillet 2005 : 02h00
Mis à jour le Jeudi 02 Septembre 2010 : 11h02

On doit se méfier des chocs répétés sur la tête. Cela vaut pour les boxeurs, bien sûr, mais aussi… pour les footballeurs !

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Chaque traumatisme crânien se solde par la perte de quelques milliers de neurones. En soi, cette hécatombe ne revêt aucun caractère excessif de gravité. Il faut seulement se méfier de ne pas répéter l'expérience trop souvent. Beaucoup de travaux scientifiques ont été consacrés aux boxeurs qui, à l'image de Muhammad Ali atteint de Parkinson, rencontrent souvent, après leur carrière, des difficultés. Mais le problème se pose également pour les footballeurs. En termes statistiques, l'impact de ces chocs répétés sur la tête serait même supérieur aux risques inhérents à la boxe, ne serait-ce qu'en raison des chiffres de la pratique. On considère en effet qu'il existe environ 200 millions de joueurs de foot de par le monde contre quelques dizaines de milliers de boxeurs seulement.

Combien j'ai de doigts ?

En 1999, le chercheur hollandais Erik Matser avait sélectionné un groupe de 33 footballeurs de niveau moyen qui s'entraînaient une ou deux fois par semaine et disputaient un match le week-end. Ils devaient se soumettre à 16 tests neuropsychologiques permettant d'évaluer toute une série de fonctions cérébrales : mémoire, attention, rapidité de réflexion, fluidité verbale, perception visuelle et capacité à planifier une succession de tâches. Ensuite, on comparait leurs résultats avec ceux d'un groupe témoin de 27 athlètes professionnels, composé essentiellement de coureurs de fond et de nageurs. Tous les sujets présentaient évidemment un profil comparable, même âge et mêmes niveaux social et intellectuel. Un épidémiologiste s'efforçait aussi de retracer l'histoire traumatique de chacun, de manière à bien établir qui avait subi quoi, et à quel degré de gravité.

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Attention, têtes dangereuses

Au moment d'analyser les résultats, le doute n'était plus permis : les sportifs qui n'avaient jamais subi de commotion cérébrale affichaient des scores aux tests tout à fait normaux.

En revanche, plus le sportif amateur avait subi de petits chocs - parfois simplement parce qu'il disposait d'un bon jeu de tête - plus les problèmes de concentration et de mémoire étaient évidents. Ainsi, près de 80% des sportifs qui avaient les plus gros problèmes cognitifs figuraient parmi les 50% de footballeurs amateurs ayant subi des chocs traumatiques à l'occasion de divers matchs. Dans l'échantillon, 39% des sportifs amateurs manifestaient un vrai problème de planification des tâches contre 13% pour les sportifs témoins. En outre, 27% d'entre eux éprouvaient de sérieux troubles de la mémoire, contre 7% seulement dans le groupe témoin. L'effet cumulé de l'âge et des coups à la tête assombrit encore ce tableau. Ainsi, l'examen scanner révélait que 30% des joueurs ayant subi des commotions dans leur jeunesse présentaient des anomalies cérébrales.

Pour éviter d'en arriver là, on doit absolument respecter quelques consignes de prudence. En cas de commotion cérébrale, il faut immédiatement se retirer de la partie et garder le repos pendant au moins trois semaines. Un évanouissement constitue évidemment un critère de gravité, mais d'autres signes doivent être pris très au sérieux: regard perdu, gestes désordonnés, déplacements bizarres, nausées.

D'après les travaux récents en neurologie, il semble que la simple répétition de mini-traumatismes, sans période de rémission entre chacun d'entre eux, suffit à la longue à entraîner des troubles neuropsychologiques irréversibles.

Publié par Gilles Goetghebuer, journaliste santé le Mardi 12 Juillet 2005 : 02h00
Mis à jour le Jeudi 02 Septembre 2010 : 11h02
Source : Head Injuries in Soccer associated with lower scores on some mental function tests, JAMA, 09/1999.
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