Zidane l'escalade excusée ? Ou quand le foot fait perdre la boule

Publié le 24 Juillet 2006 | Mis à jour le 02 Septembre 2010 par Dr Catherine Solano

Dans sa conférence de presse, Zidane a affirmé : « Un coup fait moins mal que des insultes ». Même si c'est souvent vrai, est-ce une raison pour justifier une escalade ?

PUB

Faut-il répondre à l'insulte ?

Certes non. Répondre à un coup ou à une insulte sur le même registre, c'est entrer dans le jeu de l'autre. C'est s'abaisser à son niveau. Et puis, même sans ces considérations, répondre à une insulte, c'est s'exposer à une riposte plus dure encore, et c'est donc l'entrée dans une escalade. On le constate ainsi dans les pays en guerre. Un proverbe chinois demande : « Si la haine répond à la haine, quand finira la haine ? »

Notre humanité est de ne pas entrer dans le jeu de la violence, de la riposte, de l'escalade. C'est au contraire d'être plus grand que l'autre. Comment faire ? L'idéal, quand quelqu'un nous agresse verbalement par une insulte, serait de « méta communiquer » comme disent les psy. Cela signifie ne pas répondre sur le même niveau, mais passer à un niveau supérieur. Cela donnerait par exemple : « tu ne dois pas être très bien dans ta peau pour dire des choses pareilles » ou simplement de penser « pauvre type »

Comment dévier l'insulte ?

Il s'agit d'apprendre à dévier le coup verbal et ne pas le prendre comme un révélateur de nos défauts. Si quelqu'un nous dit « tu es nul ou tu es lâche », c'est parce que nous avons peur que ce soit vrai que nous réagissons. Si nous savons que cette remarque est stupide parce que nous nous sentons courageux et intelligents, l'insulte nous fait plutôt sourire, et elle dévoile au grand jour la petitesse, l'étroitesse d'esprit de la personne qui nous insulte.

PUB

Alors, un coaching important, tant pour les footballeurs que pour nous tous, serait de nous apprendre à grandir, à laisser glisser les insultes, parce que nous savons qu'elles nous sont étrangères, qu'elles sont un témoignage des limites de l'autre et non un coup bien porté à un endroit sensible.

PUB

On peut espérer que le foot ne va pas dégénérer : s'il s'agit de trouver le point le plus sensible de l'adversaire pour l'insulter, le faire voir rouge, pour qu'il se fasse sortir par un carton de la même couleur, ce n'est plus une pratique sportive !

Peut-être verra-t-on des footballeurs entraîneurs apprendre aux joueurs à laisser glisser les insultes, à réagir dignement ou simplement en se surpassant pour montrer qu'ils sont bien au-dessus de tout cela. Et ce serait assez sympathique si c'était Zidane qui commençait une nouvelle carrière de coach non ?

Cet article a été écrit d'après une réaction de Jean Dean qui nous a écrit un très beau texte sur "l'escalade" dont nous avons gardé le titre !

Voici une partie de sa réaction :

« ... Après tout ce coup de boule, vu par ce milliard de téléspectateurs, et qui n'a pas fini d'être rediffusé, permet-il un autre regard et quelques questions. Ne suis-je pas, souvent dans ma vie, en proie avec mon émotion, participant à l'escalade de la violence ? Cette violence, au coeur de nos sociétés, n'est que la conséquence d'incommunication ou de relations de primates.

...Quand cesserons-nous les incantations, pour commencer à apprendre l'art de vivre avec nos semblables, de nous mettre en bonne intelligence, dans nos familles, en couple, entre amis ? Quand prendrons-nous en compte ce qui nous fait différents, concurrents ou ennemis ? La relation à l'autre demande à mettre une distance avec nos émotions, pour pouvoir écouter, entendre, et accessoirement comprendre, comprendre que l'attaque calomnieuse du rival, cache sa rage de vaincre ou dans d'autres cas, sa souffrance.

Albert Jacquard a raison d'affirmer que nous devrions éliminer la compétition, qui n'est qu'un réflexe animal. Elle est inscrite dans notre système de reproduction archaïque, c'est elle qui engendre la rivalité. Mais aujourd'hui, pour les peuples cultivés que nous devenons, ce n'est plus une fatalité. Décidément, merci Zizou, après nous avoir fait rêver, tu nous invites à réfléchir. »